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Crises et résistances : la voix des femmes

dimanche 1er septembre 2002, par Josefina Gamboa

Vendredi 23 août de 14 à 18 h de nombreuses femmes se sont rassemblées pour partager analyse, témoignages, émotion et perspectives de femmes. Dans une salle débordante d’enthousiasme de la Faculté de Sciences Economiques, des femmes de l’intérieur du pays, de la capitale et d’autres pays se sont retrouvées, convoquées par 12 groupes et réseaux de femmes.

En español

Liliana Casanovas, économiste, a ouvert l’atelier avec un exposé clair sur les racines économiques et politiques de la "chute" de l’Argentine. Laura Pautassi, avocate et sociologue, a fait ensuite une analyse brillante de la crise du système de représentation et a remarqué le besoin urgent d’une participation active des femmes pour reconstruire un état aujourd’hui perdu, fragmenté, sans ligne directrice précise. Selon elle, la tolérance aux politiques d’ajustement dont les effets ne peuvent pas être qualifiés d’ "inattendus", s’explique par l’existence d’un modèle hégémonique et d’une pensée unique. "Par le vote, on choisit, mais on ne décide pas", a-t-elle soutenu, ajoutant que "si nous récupérons la conscience de nos droits de citoyenneté, comme le droit à un travail et non à devenir assisté-es, nous passerons de l’état de société végétative à une société qui discute, participe et décide. L’immense mobilisation populaire de participation existante converge, selon Pautassi, avec la crise des partis politiques et la corruption de l’appareil syndical, et cela indique clairement une opportunité pour concevoir un nouveau modèle démocratique.

Les femmes dans la mobilisation populaire


Monique Altschul, de Mujeres en Igualdad, a présenté cinq témoignages de femmes engagées dans des domaines de participation populaire. Gladys Vargas, de la coopérative Femmes pour la Dignité, a expliqué que dans la récupération de déchets résidait une profonde collaboration à la vie citoyenne, d’une part à l’environnement, de l’autre à la municipalité, puisque ce travail réduit celui de la collecte de déchets. Laura de Gregorio du Club du Troc de San Fernando, a partagé son expérience affirmant que le troc « qualifie et dignifie les personnes lesquelles, souvent, particulièrement les femmes, croient ne pas savoir faire grand chose. Ainsi, un espace de joie à partager en famille est créé, puisqu’à partir de la transformation de matériaux dans le but d’ajouter une valeur, nous voyons aussi naître des qualifications personnelles. »
"C’est un outil concret et valable de résistance contre la mondialisation », a indiqué Alicia Ferreira, des Assemblées de Quartier [1], exposant la problématique d’insertion de la question de genre dans l’espace des assemblées, soulignant l’importance de ce mouvement dans une nouvelle construction sociale et politique. Norma Galeano, Piquetera [2] du quartier de La Matanza, signalait que dans le piquete il y a "de l’émotion, de la force et du sentiment ; les gens le font inconditionnellement, malgré la pluie ou la chaleur", et d’ajouter qu’ "on ne peut pas prévoir la résignation, car il n’y a pas de véritable manque mais un problème de distribution, le pouvoir étant aujourd’hui fondé sur la corruption et le crime." Cristina Juárez, du mouvement paysan El Sacrificio de Tucumán (nord du pays), nous a émues par sa persévérance dans la lutte, témoignant de la souffrance des femmes paysannes qui sont agricultrices, mères et épouses en même temps, le tout étant ignoré et jamais récompensé économiquement. "En tant que petites productrices, nous sommes non viables pour un pays non viable, et pour un gouvernement concentré sur des chiffres et des statistiques", s’est-t-elle exclamé, revendiquant la dignité des femmes rurales quine cherchent pas à « faire de la peine » mais simplement, à travailler. "Ils viennent nous offrir des sacs de nourriture pour acheter notre vote : ainsi, nous vivons deux jours et eux, ils vivent quatre ans", s’est-t-elle indigné, déclenchant des tonnerres d’applaudissements . Des participantes du Brésil, d’Uruguay et du Paraguay ont clos cette rencontre partageant leurs visions et exhortant à l’intégration des mouvements de femmes dans la zone du Mercosur. Ici et ailleurs, encore une fois, l’incomparable force des femmes a été démontrée et mise en lumière.

P.-S.

Josefina Gamboa - 23 août 2002

Notes

[1] Suite à la crise, plus de 200 assemblées de voisin-es se sont créées spontanément à Buenos Aires et ses alentours. Il s’agit de rassemblements hebdomadaires visant à devenir un espace de débat horizontal, sans récupération politique, où tous et toutes peuvent s’exprimer afin d’établir des priorités et faire des propositions pour résoudre des problèmes au niveau du quartier, puis au niveau national

[2] Mouvement de dénonciation sociale apparu en 2001 appelant à manifester pour bloquer les routes nationales, installant des feux et des campements. Les femmes ont adhéré à cette forme de réclamation audacieuse et souvent réprimée par la police, et y ont souvent participer avec leurs enfants.

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