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Révolte contre l’inégalité dans l’état de Borno, Nigeria

samedi 31 août 2002, par Josefina Gamboa

A l’approche des primaires pour les élections aux postes de gouverneurs, qui auront lieu en 2003, de nombreuses femmes s’avancent pour faire entendre leur voix. Ainsi dans l’état de Borno, situé dans le nord-est du Nigeria, deux femmes s’affrontent pacifiquement pour tenter de briser le monopole masculin sur les fonctions électives. Selon Maryam Maiwada et Hauwa Hammam, seules des femmes, conscientes des réelles difficultés de leurs semblables, sont à même d’améliorer le sort des plus démunis et parmi eux des femmes. En se portant candidates dans un état majoritairement musulman ou la sharia est en vigueur elles entendent amener sur le devant de la scène des problèmes connus de tous mais cependant totalement absents de l’agenda politique local. Une de leurs priorités est notamment de lutter contre le mariage de jeunes adolescentes que les familles cherchent à faire convoler le plus tôt possible pour s’épargner un coût souvent difficile à supporter. Les filles sont de surcroît largement défavorisées dans le système scolaire local puisque selon l’UNICEF, alors que le taux d’alphabétisation atteint 72% au niveau national pour les garçons, les filles plafonnent à 56%. Dans certains états musulmans du nord comme Sokoto (connu désormais dans le monde entier suite à l’affaire Safia Huseyni condamné à la lapidation puis graciée) ce taux descend même à 15%. Les causes de ces phénomènes sont multiples et complexes : la pauvreté d’abord, avec 70% de la population vivant en dessous du seuil de 1$/jour, les filles sont généralement dispensées d’école pour pouvoir travailler aux champs ou vendre la production familiale au marché. Bien entendu les jeunes filles étant enceintes avant 18 ans (30% des adolescentes quittent l’école parce qu’elle sont mères avant 18 ans) sont un facteur aggravant. De même, le système scolaire largement déficient, avec des classes atteignant 100 élèves dans certaines zones, offre plus de possibilités de réussite aux garçons encouragés à participer et à s’impliquer d’avantage. Il convient de noter enfin que dans les régions musulmanes, une mauvaise interprétation de certains principes religieux amènent des familles sous-éduquées à cloîtrer leurs fillettes si bien que la plupart arrivent au moment de se marier complètement ignorantes du monde extérieur. Pour lutter contre ces problèmes ces deux novices en politique entendent concurrencer d’avantage les hommes, notamment pour tenter de les sensibiliser à ces thèmes, et prévoient en outre de toujours laisser à celle qui sera le plus en vue toutes les chances de réussir. Concernant la sharia, Maryam Maiwada et Hauwa Hammam déclarent prudemment ne pas être contre la loi islamique qui est désormais appliquée, à des degrés divers, dans 12 états de la fédération, mais elles veulent que cette loi punissent également les hommes et les femmes. Se référant au cas de Safiya elles notent que l’on punit une mère célibataire pour être enceinte mais que son violeur supposé n’a même pas été inquiété. Maintenant que la tempête médiatique est passée elles nous rappellent qu’une autre femme, Amina Lawal, est sous le coup d’une condamnation identique et que ses chances de survie sont directement liées à la capacité qu’auront les femmes à défendre leurs semblables et à s’exprimer sur la scène politique locale et nationale.

P.-S.

Tow, Nigeria, août 2002

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