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L’éducation dans les griffes de l’OMC

samedi 30 août 2003, par Dominique Foufelle

Les accords du Gatt menacent l’éducation. Partout en Europe, le secteur se privatise, sous l’œil vigilant de l’OMC. Mais la résistance s’organise.

Y a-t-il un risque majeur que les initiatives de l’OMC détruisent les principes du système éducatif public de qualité ? Les protestataires le pensent : quelqu’un a peint sur une université française : " université de Nike ". A Berlin, une occupation de masse d’une université a été violemment réprimée par la police. Partout en Europe, les rues sont pleines d’étudiants manifestant contre la réduction des budgets universitaires. Ces assauts ont culminé en une démonstration de masse à Bruxelles fin décembre. A Prague, Gènes et Bruxelles, des scènes de colère continuent à remplir les écrans de télévision, décrites comme le fait de jeunes des classes moyennes cherchant à réitérer les refus des années 60 et à forger des liens très étroits avec une section de la société et des travailleurs.

Un business comme un autre

En quoi le GATT menace l’éducation ? Quel impact sur le quotidien des étudiants ? Pour répondre à ces questions, il faut savoir que le GATT a été, et est toujours via l’OMC, une composante clé dans la tendance générale vers une mondialisation de l’économie et vers la domination des multinationales. Le néo-libéralisme implique en effet la destruction de toutes les entraves au commerce. Dans ce cadre, les lobbyistes de cette école utilise l’argument suivant lequel "les écoles doivent être mieux adaptées aux demandes des consommateurs comme tout autre business". Ils dénoncent "la culture de fainéantise du système éducatif européen où les étudiants perdent du temps à prendre des sujets ne correspondant pas aux besoins du marché."
Et en effet les écoles privées sont un marché très lucratif avec un chiffre d’affaires de trois milliards de dollars par an.
Le résultat du raisonnement est donc simple : l’existence d’un monopole gouvernemental sur l’éducation et les subventions aux établissements locaux sont une barrière au commerce éducatif. Certes le secrétariat de l’OMC a dit et redit son intention de sauvegarder les services publics (article 1, section 3 B et C). Pourtant la section B établit que la privatisation des services doit toucher tous les services (sauf ceux relevant de l’autorité de l’Etat, c’est-à-dire armée et police et donc pas l’éducation). Or, si un service public est mis sur la liste de ceux à privatiser, un Etat a trois ans pour se mettre en conformité.

Des universités inféodées aux multinationales


La privatisation de l’éducation amène avec elle la vision d’un travail considéré comme un coût et non comme un investissement dans la société. Pour l’heure, aux USA, le système secondaire fait déjà l’objet d’un exode de masse de ses meilleurs professeurs vers d’autres professions, du fait de la faiblesse de leurs rémunérations. Ces dernières années, les professeurs ont vu leurs traitements baissé de façon significative. Parallèlement certaines universités opèrent des rapprochements avec des sociétés privées. A celle du Wisconsin, une clause de son contrat avec Reebok spécifie que "pendant un temps raisonnable après le terme du contrat, l’université ne fera aucune déclaration au détriment de Reebok. Par ailleurs, l’université fera toute remarque nécessaire à tout employé, agent ou représentant (…) qui désavantagerait Reebok." Un étudiant du collège de Greenbriar fut ainsi renvoyé pour avoir porté un tee-shirt à l’effigie de Pepsi lors d’une journée dédiée à Coca Cola. Des élèves ont ailleurs été obligés de regarder deux heures par jour des publicités pour Channel One introduites au milieu d’un documentaire pédagogique du fait d’un accord de cette école avec la chaîne. Fort heureusement, pour contrer cette privatisation rampante, la résistance s’organise...

Prochain rendez-vous
Les 18 et 19 septembre 2003 se tiendra à Berlin le premier Forum Européen de l’Education (EEF). Ce forum a pour but de réunir élèves, étudiants et enseignants, de discuter et de développer des alternatives à une éducation qui se réduit de plus en plus à une formation professionnelle dont le contenu et le but servent avant tout l’économie privée. Chaque groupe ou individu est invité à faire une proposition au programme de l’EEF.
Plus d’info : http://www.eef2003.org

P.-S.

Chrysssi Tsirogianni, mars 2002

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