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Cachemire

Un paradis trop convoité...

dimanche 30 juin 2002, par Joëlle Palmieri

Des milliers de victimes, des ogives nucléaires, des intérêts financiers colossaux. Voilà comment on pourrait résumer les conflits qui se répètent dans cette région d’Asie. Comme d’habitude, il s’agit moins d’un conflit ethnique que d’un grand champ d’expérimentation militaires pour tous les pays voisins. Reste que les populations continuent de trinquer. Petit tour d’horizon.

Situé au nord du sous-continent indien, enclavé entre la Chine, le Pakistan, l’Inde et la Russie, le Cachemire s’étend sur une superficie de 222 236 km2 au total, pour une population estimée à 13,5 millions de personnes. Le Kashmiri restant la langue majoritairement parlée, l’urdu, le dogri, le gojri, le balti, le dardiro, le pahari, le ladhaki, l’hindko, le kohastani et l’anglais sont autant de dialectes représentatifs de sa diversité et de sa richesse culturelle.
Zone stratégique de par sa situation géographique, le Cachemire, région montagneuse enfouie au pied de l’Himalaya, a toujours été l’objet de rivalités et est ainsi devenue au fil des décennies, l’enjeu d’un conflit territorial et économique pour lequel se sont longtemps confrontés pakistanais, indiens, chinois, russes et anglais depuis 55 ans.
Après avoir été vendu par son colonisateur Britannique à un maharaja hindou, l’État du Cachemire, peuplé principalement de musulmans (80% de la population), a suscité la convoitise de l’Inde, du Pakistan et de la Chine qui se disputent sa souveraineté. L’ONU impose alors une ligne de cessez-le-feu, reconnue par aucun des belligérants.
Une partie importante du Cachemire - les régions de Gilgit et du Baltistan - se trouve depuis en territoire pakistanais. Aujourd’hui encore, la situation est conflictuelle et des Cachemiris essayent d’obtenir le rattachement au Pakistan.
Le prix du sang s’élève de plus en plus au fil des jours. Un scénario catastrophe qui coûterait la vie à 12 millions de personnes régulièrement massacrées et/ou torturées. Les droits de l’homme sont ignorés. Certains disent que ces violences vont "au-delà de la brutalité animale".
Aujourd’hui, bon nombre de Cachemiris revendiquent d’un Etat souverain, libéré de la tutelle de ses puissants et agressifs voisins.
Devenu symbole de la haine mutuelle que se livrent extrémistes hindous en Inde, et nationalistes arabes au Pakistan, ce coin du monde où s’entrechoquent la férocité des doctrines religieuses et les intérêts stratégiques, s’enfonce dans une crise sans précédant. La tension internationale est d’autant plus forte, que chacune des forces en présence possède l’arme nucléaire.

L’actualité du conflit

Deux tiers du Cachemire sont contrôlés par l’Inde, un tiers par le Pakistan. L’Inde estime que l’occupation par les Pakistanais est illégale, tandis que le Pakistan exige, conformément à une résolution de l’ONU de 1948, un référendum permettant aux Cachemiris de se prononcer pour un rattachement à Islamabad (acquis en raison de la majorité musulmane de la population).
" Ils se battent comme des brutes alors qu’ils ont cohabité pacifiquement pendant des siècles ", explique Michel Peyrard, grand reporter dans cette région. Malheureusement, année après année, les hommes politiques des deux pays ont joué avec les nationalismes. Tandis que les militants islamistes pro-pakistanais se radicalisent, la police et l’armée de New Delhi se comportaient au Cachemire comme en terrain conquis. Au fil du temps, les exactions des Forces spéciales se sont multipliées, ainsi que les disparitions de civils, provoquant des révoltes spontanées parmi la minorité non hindouiste. Les sécessionnistes, qui veulent le rattachement du Cachemire au Pakistan, seraient, d’après New Delhi, formés par Islamabad. Des dizaines, voire des centaines de combattants venus du Pakistan s’infiltreraient chaque mois au Cachemire. Tant que les autorités d’Islamabad ne mettront pas fin à ces mouvements de "terroristes", New Delhi refuse d’entamer la moindre négociation avec son frère ennemi.
La folie meurtrière est désormais le lot quotidien des habitants du Cachemire. Entre attentats et tirs d’artillerie, les civils sont toujours les premières victimes. Au moins 10 personnes périraient chaque jour dans des attentats mal ciblés ou lors d’échanges de tirs entre séparatistes et forces indiennes.
Ces derniers mois, une folie meurtrière s’est abattue sur l’Inde et le Pakistan qui optaient pour l’option nucléaire.

Des civils en perpétuel danger

La tension suscitée par l’attaque en décembre du Parlement indien s’est nettement accrue depuis l’attentat commis à la mi-mai contre un camp militaire indien de la province de Jammu-et-Cachemire par des activistes présumés basés au Pakistan, en lutte contre le régime indien dans cette partie du pays, que Delhi impute à des "terroristes" islamistes hostiles à la souveraineté indienne sur 45% du Cachemire.
Plusieurs dizaines de civils ont été tués et des milliers de Cachemiris ont été contraints de fuir la zone des combats. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, entre autres, ont entamé l’évacuation de leurs personnels diplomatiques en poste en Inde et au Pakistan et ont invité leurs ressortissants à quitter la région.
Malgré la dégradation de la situation, l’Inde a assuré qu’elle ne prendrait pas l’initiative d’un conflit nucléaire. Le président pakistanais, Pervez Musharraf, a jugé impensable l’option nucléaire dans le conflit qui oppose Islamabad à New Delhi, dont les troupes se font face de part et d’autre de ligne de contrôle qui sépare les deux pays. "Nous avons appelé à un pacte de non-agression (...) Nous avons appelé à la dénucléarisation du sud de l’Asie, ainsi qu’à la réduction des forces", a-t-il déclaré.
L’arsenal de l’Inde est évalué entre 100 et 150 ogives nucléaires. Celui du Pakistan se situe vraisemblablement entre 25 et 50. Le mois dernier, en pleine crise, Islamabad a procédé à une série de missiles balistiques, vecteurs potentiels de charges nucléaires susceptibles d’atteindre le territoire indien, suscitant ainsi la peur de voir déclarée une nouvelle confrontation nucléaire.
Vladimir Poutine, s’est lui, posé en tant que médiateur privilégié pour faire retomber la tension entre l’Inde et le Pakistan, mais également pour tenter de régler sur le fond le vieux conflit qui les oppose à propos du Cachemire. Il a notamment estimé que le différend entre les deux puissances rivales du sous-continent menaçait de déstabiliser la région tout entière et a affirmé avoir été chargé par les pays de l’Union européenne et de l’Otan de faire part aux deux parties de leurs "profondes inquiétudes". Le chef du Kremlin, dont le pays est un allié traditionnel de l’Inde alors que la Chine est plus proche du Pakistan, a pris l’initiative, tout comme son homologue chinois Jiang Zemin, de rencontrer séparément Musharraf et Valpayee.
Sur le terrain, les troupes indiennes et pakistanaises continuent d’échanger des tirs d’artillerie. Même si les deux parties qui s’affrontent ont affirmé le 3 juin dernier lors du sommet d’Almaty, qu’elles ne feraient pas usage de la puissance nucléaire pour régler leur différend sur le Cachemire, une certaine inquiétude plane toujours sur les cieux asiatiques.
Lors d’une conférence de presse, Nisar Memon, ministre pakistanais de l’information, a laissé entendre qu’un échange entre les deux pays, ou "un dialogue direct", pourrait avoir lieu. Il a précisé que le président Musharraf "etait venu au sommet avec l’intention de rechercher la paix et de dialoguer avec l’Inde".
De son côté, Birjesh Mishra, conseiller à la sécurité qui accompagna le premier Ministre Vajpayee à Almaty, affirme que l’Inde est prête à discuter avec le Pakistan "sur tous les sujets, y compris le Cachemire". Il a ajouté néanmoins qu’il n’y a pas de possibilité de dialogue direct entre Musharraf et Vapjayee, ni entre les ministres des deux délégations, "une rencontre improductive pouvant faire encore plus de mal". Mishra a aussi dénoncé le caractère passif du président russe qui selon lui, "ne fait pas de médiation entre les deux pays". Le Pakistan et l’Inde, sont une nouvelle fois renvoyés dos-à-dos.

P.-S.

Armanda Dos Santos

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