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Sans blague !

jeudi 30 juin 2005, par Dominique Foufelle

Chères téléspectatrices, chers téléspectateurs, vous l’avez sans doute toutes et tous vue, cette aimable pub où une blonde pose à son mari des questions d’une idiotie prodigieuse au sujet d’une quelconque voiture (même si je me rappelais laquelle, je ne la citerais pas, na !) ? Elle exploite un filon de blagues à la mode jusque dans les collèges, où « la blonde » remplace l’antique Belge. Pour ma part, je propose qu’on adopte pour symbole de la bêtise un nouveau personnage : le créatif.

Chères téléspectatrices, chers téléspectateurs, vous l’avez sans doute toutes et tous vue, cette aimable pub où une blonde pose à son mari des questions d’une idiotie prodigieuse au sujet d’une quelconque voiture (même si je me rappelais laquelle, je ne la citerais pas, na !) ? Elle exploite un filon de blagues à la mode jusque dans les collèges, où « la blonde » remplace l’antique Belge. Pour ma part, je propose qu’on adopte pour symbole de la bêtise un nouveau personnage : le créatif.
Le « créatif », pour celles et ceux qui l’ignoreraient, créé du vent. Son intérêt en tant que personnage de blagues réside en ce que, tout bête qu’il soit, il se croit intelligent. D’où l’appellation qu’il s’est lui-même donnée. Il se croit drôle, alors qu’il use et abuse de clichés éculés. Il se croit malin parce qu’il fait semblant de les traiter au 75e degré, alors qu’il les légitimise. Il se croit provocateur, alors qu’il flatte les pires préjugés. Il se croit libre, alors qu’il est inféodé au grand Capital (n’ayons pas peur des mots !) qu’il sert. Quel fabuleux potentiel comique !
On en rirait volontiers, si le créatif ne possédait un pouvoir exorbitant. On en rira le jour où plus personne ne trouvera drôle l’accusation de bêtise congénitale faite aux blondes. Mais pour l’instant, pardonnez-nous, il est encore trop tôt. Car la blonde, c’est « la femme » par excellence. Demandez aux coiffeurs, et ils vous diront combien de brunes teintes en blondes pour des blondes teintes en brun. Une chevelure blonde, c’est l’emblème de la séduction, c’est la douceur personnifiée, la sensualité inoffensive. Relisez vos contes d’enfant : les gentilles y sont toujours blondes et les méchantes, toujours brunes. Disons-le, la blondeur, c’est la féminité – telle que la fantasment encore bon nombre d’individus.
Donc, si la blonde est stupide, j’en déduis que « la femme » est stupide. Si elle ne saisit pas le fonctionnement des sièges d’une vulgaire automobile, comment pourrait-on lui confier des responsabilités politiques ? Il vaut mieux pour l’intérêt commun qu’elle reste une mineure, exclue des affaires du monde, et qu’elle cède les commandes des choses sérieuses à des gens sérieux et compétents dont l’intelligence ne saurait être mise en doute : les hommes. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir le joli monde qu’ils nous ont construit.
Vous me direz, mon raisonnement ne tient pas pour les millions de femmes du Sud, qui ont une fâcheuse tendance à naître brunes. Et dans la foulée, je vous vois venir, vous objecterez qu’il est bien vain de s’offusquer pour une malheureuse pub, alors que sous d’autres cieux, des femmes subissent des maux autrement graves. Eh ! bien, non, Mesdames et Messieurs, je ne retire rien. Les inégalités, les discriminations et les violences n’existent que grâce à l’idéologie qui les soutient. Et toutes les manifestations de cette idéologie, y compris les plus futiles, sont bonnes à combattre.

P.-S.

Dominique Foufelle - 30 juin 2005

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