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Le Maroc, paradis des multinationales

jeudi 30 juin 2005, par Dominique Foufelle

Au premier Forum social méditerranéen, la question des délocalisations fut, bien sûr, abondamment débattue. Aouatif Amria y représentait Markez hkouk anasse (« Centre des droits des personnes »), un mouvement alternatif citoyen basé à Fez, au Maroc. Elle raconte les conditions de travail des femmes marocaines employées par les entreprises étrangères, totalement en désaccord avec le pourtant complaisant code du travail dont le Maroc s’est récemment doté.

Il y a un an, à la même époque où était votée une réforme de la Moudawana, le Code de la famille, le Maroc inaugurait le premier Code du travail de son histoire. « Ce Code est trop souple, trop complaisant envers les investisseurs étrangers, juge Aouatif Amria. Il leur apporte plus de garanties qu’aux travailleurs. Mais c’est tout de même mieux d’avoir un Code, ça fait une base de discussion. On sait précisément ce qu’on critique et ce qu’on veut changer. »

Le travail clandestin institutionnalisé


Ce Code comporte trois pages sur les droits spécifiques des travailleuses - une avancée non négligeable ! Mais aussi peu contraignant soit-il pour les employeurs, ces derniers ne l’appliquent même pas et ce, en toute impunité.
Les femmes, souvent soutiens de famille dans ce pays au fort taux de chômage, fournissent le gros d’une main d’œuvre surexploitée. Les horaires sont on ne peut plus flexibles : « Il arrive aux femmes de travailler trois jours d’affilée, sans sortir de l’usine, pour honorer les commandes", témoigne Aouatif Amria. Embauchées sous contrat renouvelable, elles n’osent protester. Toutefois, ces conditions de travail lamentables peuvent le devenir davantage encore…
« La plupart des sociétés qui investissent au Maroc sont espagnoles ou allemandes, explique Aouatif Amria. Elles ouvrent une usine, restent environ deux ans, puis la ferment. En réalité, après s’être implantées et avoir trouvé des clients, elles fonctionnent avec des ateliers clandestins. » Là, évidemment, plus de Code du travail qui tienne ! Les rémunérations n’atteignent même pas le SMIG marocain, pourtant très faible, surtout comparé aux bénéfices réalisés par ces entreprises.

S’engager au cœur du système


En parallèle d’une campagne nationale de sensibilisation et de pressions auprès des pouvoirs publics, Markez hkouk anasse travaille sur le terrain, en organisant des interventions dans les usines, des groupes de parole, des centres psycho-sociaux où les travailleuses peuvent trouver une écoute et une aide juridique.
« C’est difficile de lutter contre la nécessité économique », admet Aouatif Amria. Elle ne se sent pas le droit d’inciter les femmes à braver les menaces des employeurs, surtout sachant que « beaucoup de femmes prostituées sont d’ex-employées des entreprises étrangères ». Le combat pour l’application du Code du travail se révèle plus délicat que celui pour l’application du nouveau Code de la famille, sur lequel les Marocaines craignent moins de s’engager. Handicap supplémentaire : la connivence des syndicats avec le système.
Aouatif Amria estime que les féministes se sont réveillées trop tardivement sur les questions économiques : « Il y a eu peu de mobilisation pour la défense des droits économiques des femmes. » De même déplore-t-elle la faible présence des femmes en politique : « Au Maroc, la société civile s’est battue pour obtenir un quota de 30% de femmes parmi les candidats aux élections. Mais il n’y a presque pas de femmes dans les partis ! Résultat : ces 30% sont occupés par des femmes intégristes. » Elle en est convaincue, pour vaincre, il faut « rester au cœur des partis. »

P.-S.

Dominique Foufelle - 22 juin 2005

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