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Pacifiste nouvelle génération

jeudi 27 janvier 2005, par Dominique Foufelle

Une « autre façon de faire de la politique » est-elle possible ? Lin Chalozin-Dovrat, militante de la Coalition des femmes pour la paix (Israël), en est persuadée. Comme de l’efficacité de la résistance non-violente que ses camarades et elle expérimentent, là-bas et maintenant.

Lin Chalozin-Dovrat a fait ses débuts de militante de la paix au sein de Ta’ayush (qu’elle traduit par coexistence ou partenariat), un mouvement regroupant des citoyen-ne-s israélien-ne-s juif-ve-s ou palestinien-ne-s, créé au début de la deuxième Intifada. Ce mouvement, explique-t-elle, avait ceci de novateur qu’il privilégiait l’action et refusait la « dogmatisation », allant jusqu’à juger superflue l’élaboration d’une Charte de principes. D’où sa popularité, estime Lin Chalozin-Dovrat.
Cependant, elle constate que si le discours est séduisant, le partage du pouvoir au sein du mouvement rappelle étrangement celui en vigueur dans la société israélienne : en haut, les Juifs ; en bas, les Palestiniens… et les femmes confondues. « J’ai vu que ma voie n’était pas là », résume-t-elle.
En participant à la Coalition contre le mur, elle rencontre des membres de la Coalition des femmes pour la paix, qu’elle connaissait déjà de réputation, et les rejoint : « J’ai été rééduquée politiquement », plaisante-t-elle.

Balayer devant sa porte


La Coalition regroupe neuf organisations féministes israéliennes, regroupant elles-mêmes des Juives et des Palestiniennes, œuvrant pour une paix juste et durable (les plus connues : Bat Shalom et les Femmes en noir). Lin Chalozin-Dovrat en est une des membres non affiliées à un groupe.
« Il y aurait beaucoup de critiques à faire sur la Coalition, explique-t-elle. Mais les problèmes sont posés… Un peu trop, même ! » Ces quelque trois mille femmes (sans compter les sympathisantes) sont à la recherche d’une « autre façon de faire de la politique », qui commence au sein même des groupes, où l’on traque la hiérarchisation et favorise la participation. Lin Chalozin-Dovrat s’avoue particulièrement impressionnée par les Palestiniennes, très politisées en dépit des difficultés qu’elles rencontrent dans leurs communautés mêmes : « Elles me donnent de l’espoir. ». Elle trouve une autre raison d’espérer à constater que la pensée féministe a gagné ces dernières années en force et en ambition –« comme toute la pensée politique en Israël », ajoute-t-elle.

Au pied du Mur

Lin Chalozin-Dovrat participe à l’initiative Visite du Mur, portée par l’association « La Cinquième mère ». Pourquoi ce nom ? On peut y voir une allusion aux quatre mères de la tradition judaïque. Ou encore un clin d’œil à l’association « Quatre mères », dont on dit qu’on lui doit le retrait de l’armée israélienne du Liban. Interprétation probable, puisque de la dissolution de cette pionnière très efficace mais « pas très radicale », est née « La Cinquième mère ».
Cette association a développé une pratique, de plus en plus reconnue, de médiation visant à résoudre les conflits de façon pacifique. « Leur thèse, explique Lin Chalozin-Dovrat, c’est que les conflits ne sont jamais traités par des spécialistes. Il est temps de le faire ! Et les femmes sont des spécialistes. » Leur présence aux tables de négociation ne saurait suffire, s’il s’agit d’y aller muselées pour « ratifier un Etat hiérarchique ». Elles s’emploient donc à inventer leurs propres méthodes.
L’initiative Visite du Mur a débuté en mai 2004. Quelque 2000 Israélien-nes (dont une majorité se prononçant « pour » le mur, précise Lin Chalozin-Dovrat) ont déjà suivi sur les lieux leurs guides, qui se gardent bien de leur infliger une quelconque propagande : « Le terrain porte son propre discours. ». Cette visite « fait remonter des choses cachées, très profondes », qui ramènent à 1948. Lin Chalozin-Dovrat rapporte que le dialogue qui en naît reste dénué d’agressivité, même quand les positions de participante-es divergent de celles, assumées, des organisatrices. Les guides se réunissent tous les mois pour élaborer une méthode de travail. Il s’agit de « créer un espace pour parler du mur. Pour comprendre pourquoi tant de personnes approuvent sa construction. »
Lin Chalozin-Dovrat précise qu’il y a dans la Coalition de jeunes militantes – elle entend par là plus jeunes qu’elle, qui n’a pas la trentaine. « Très politisées, très fortes », ajoute-t-elle. Et qui, comme leurs aînées, entendent moins que jamais s’en laisser conter
« Nous avons dans la Coalition une femme très douée pour chercher des fonds, raconte Lin Chalozin-Dovrat. Nous avons du pouvoir par le nombre, et aussi par l’argent. Et nous en avons profité pour imposer la parité dans les prises de parole. Sinon, nous n’appelions pas aux manifestations. Et sans nous, rien ne peut se faire. » Voilà qui enterre définitivement l’image de pacifistes bêlantes !

Lin Chalozin-Dovrat interviendra, avec Anis Gandeel (sociologue et pédagogue de Gaza) et Hector Sepulveda et Emilson Palacio (Colombie), dans le séminaire « Expériences de résistance non-violente dans les pays en conflit », vendredi 28 janvier de 12h à 15h, salle G 601.

P.-S.

Dominique Foufelle - 26 janvier 2005

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