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Paroles de femmes

Françoise, 74 ans

vendredi 31 mai 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation " Clichés de femmes, Clichés sur les femmes "

Françoise, 74 ans s’exprime sur les menaces de régression des droits, le partage des rôles au sein de la famille et la représentation des femmes dans les sphères professionnelle et politique.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Pour moi, la journée des femmes c’est tous les jours. Pour certaines femmes, je me rends compte que c’est important : c’est l’occasion de se poser des questions sur leur vie quotidienne ou sur la condition des femmes dans le monde, telles les Afghanes. Mais comme je me les pose 365 jours par an, cette journée seule ne représente pas grand chose à mes yeux.
Il reste des combats à mener, mais ça a tout de même évolué en Europe. Aujourd’hui, ce que je crains c’est que nous perdions une partie de ce que nous avons conquis. Nos mères ne pouvaient ou ne voulaient pas se battre. Nous avons obtenu notamment les droits à l’avortement et à la contraception sans vraiment en profiter. Aujourd’hui, les femmes naissent avec leurs droits. Les femmes de ma génération n’étaient pas toutes conscientes des enjeux des luttes pour les femmes mais, ma crainte est que les femmes d’aujourd’hui profitent de ces droits sans se rendre compte que notre situation peut régresser, qu’il reste des combats à mener. Par exemple, les hôpitaux installent des crèches pour les enfants des salariés. A la radio, le commentateur disait : " Ces crèches permettent d’allier leur vie de travail et leur vie de femme ". Les crèches, c’est très bien. Mais une fois de plus, la responsabilité de l’enfant tombe sur le dos de la femme. Ils n’ont pas parlé des hommes/pères qui devraient, eux aussi, " allier leur vie professionnelle et leur vie de père ". J’ai réagi à cette annonce, mais, une jeune femme d’aujourd’hui comprend-elle que l’éducation est toujours considérée comme relevant de sa quasi seule responsabilité, qu’il faut continuer à lutter pour que cela change enfin ?
Au niveau de la vie de famille, il faut que les pères prennent aussi en charge l’éducation de leurs enfants, et pas qu’ils participent accessoirement, mais qu’ils fassent vraiment des choses à la maison. On leur accorde 15 jours de congés pour qu’ils puissent s’occuper de leur bébé à la naissance. C’est bien, mais ce qui aurait été mieux, c’est qu’ils prouvent en acte qu’ils sont capables de prendre leur responsabilité. J’ai l’impression que ces 15 jours sont une sorte de cadeau en avance puisque leurs comportements ne méritent pas souvent cette récompense : c’est un peu comme si on essayait de les forcer à participer à la vie familiale. Si cela peut leur faire prendre conscience que leur participation à la vie de famille est importante, c’est toujours ça de gagné.
Il reste un autre problème de taille : celui de la féminisation des noms de métiers. Par exemple, la semaine dernière dans le journal de la Ville de Paris, j’ai relevé que certaines femmes ne féminisaient pas leur titre d’élue. Dans ces cas-là, je leur écris pour leur signaler : quelquefois elles me répondent et m’accordent raison. La féminisation des noms est très importante. Prenons l’exemple des enfants : si une petite fille entend que sa grand-mère est sénatrice ce n’est pas pareil que d’entendre sénateur ; dans le deuxième cas, cela sous-entend qu’elle exerce un métier d’homme alors que c’est aussi un métier de femme. Demeure aussi le problème de la parité dans les élections. Si les femmes ont été présentes sur les listes électorales, ce n’était pas sur des positions égales à celle des hommes. La parité c’est bien, mais cela reste à développer. De la même manière qu’en politique, il faut aussi mettre en place des actions pour que les femmes aient plus normalement accès aux postes à responsabilités en entreprise.

A propos de la représentation des femmes dans les médias


Je pense surtout à la publicité. Elle est horrible parce que les femmes y sont trop souvent représentées comme des objets. A la télévision, la femme est plus souvent représentée comme une ménagère. De toute façon, quel que soit le support, ce qui me dérange c’est que les femmes sont rabaissées : elles paraissent toujours un peu idiotes, elles sont souvent mises dans des situations ridicules, le tout de préférence dénudées. J’aimerais que les femmes ne passent plus pour des godiches. Dans leur majorité, les femmes d’aujourd’hui travaillent et sont souvent responsables de l’éducation de leurs enfants : il serait temps de nous présenter à l’image de ce que nous sommes vraiment.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel – mars 2002

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