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Paroles de femmes

Eugenia, 38 ans

vendredi 31 mai 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation " Clichés de femmes, Clichés sur les femmes "

Eugenia, 38 ans, s’exprime sur la lutte pour l’égalité au quotidien et le rôle de l’éducation.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


La journée des femmes représente quelque chose de très concret. J’ai toujours fait partie de mouvements de femmes où les actions à mener sont d’ordre pratique. Par exemple, en Espagne, l’avortement était illégal. Donc j’accompagnais des femmes en France, je préparais leur voyage en Angleterre ou en Hollande. Cette exposition, ce 8 mars 2002, pour moi, c’est une forme de reconnaissance pour toutes ces années de lutte que j’ai vécues dans l’ombre. Je n’ai jamais voulu prendre un drapeau et dire : " Je suis là ! Je fais la révolution ! ". Mais cette manifestation me fait plaisir. Je me dis : " Quelqu’un a vu ! ". Si je me bats, c’est parce qu’il y a encore peu de femmes qui osent mener des luttes de front pour défendre leurs droits.
Quoi qu’il en soit, pour moi, la lutte de femmes c’est tous les jours qu’il faut la mener. Par exemple, je suis la présidente du syndic de mon immeuble. Il y avait, et il y a toujours, beaucoup de travaux à réaliser. Au début, les ouvriers n’acceptaient pas de recevoir des ordres venant d’une femme, d’une étrangère en plus ! Aujourd’hui, il existe un grand respect entre eux et moi : quand je vois tous ces maçons avec des années d’expériences qui me disent à propos d’une suggestion que je leur fais : " Ah oui ! Vous avez raison ! ", je me dis : " Là, c’est une bataille de gagnée ! "
Au quotidien, avec mon compagnon c’est la même chose. Je ne lui dis même pas " Fais les courses " : s’il n’y a rien dans le frigo, il peut y penser tout seul. En ce qui concerne la vie de famille, nous avons un enfant et je considère que ce n’est pas à moi seule de m’en occuper. Mais c’est tous les jours qu’il faut revendiquer, qu’il faut dire : " Je ne suis pas que la bonne ou que la maman. Je suis Eugenia. Moi aussi, j’ai envie de vivre d’autres choses ". Les enfants c’est un investissement à deux, et la femme ne doit pas toujours être avec le gamin. Donc tous les jours, par des petits gestes, des petites réflexions, il faut sans cesse s’expliquer, faire comprendre à mon fils ou à mon compagnon que j’ai d’autres choses à faire, et qu’ils peuvent faire telle ou telle tâche eux aussi.
Cette lutte au quotidien est nécessaire parce que nous avons été élevés dans un système machiste : la plupart des hommes viennent d’une éducation où maman faisait tout à la maison. Au quotidien, j’essaie de montrer à mon fils qu’un papa qui prépare à manger, ce n’est pas une tare : c’est normal ! Si les garçons voient tous les jours maman à la cuisine, maman au ménage, maman à l’école, nous transmettons tout ce que nous ne voulons pas.
Il faut marquer le terrain : les droits des femmes, il faut les pratiquer tous les jours et pas seulement une fois par an dans une manifestation.

A propos de la représentation des femmes dans les médias


Ça me fait penser aux histoires de manifestations contre les publicités : je trouve cela un peu bête. Il y a des problèmes beaucoup plus graves. Dans ces images, je regarde plutôt le côté artistique. Et puis, pour ces femmes, c’est une façon comme une autre de gagner leur croûte ! Bien sûr, ils nous posent dans les pubs comme si les femmes étaient des connes. Mais le but, c’est de vendre. Ils ont toujours utilisé les femmes. Maintenant ils utilisent aussi les enfants et les hommes : le système de consommation est prêt à tout pour vendre.
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas mon combat. Je pense qu’il y a des luttes plus urgentes à mener, comme celles des femmes maltraitées, de l’information sur les moyens de contraception, de l’alphabétisation. Il y a des combats plus urgents que ces histoires autour de la publicité.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel – mars 2002

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