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Paroles de femmes

Claire, 25 ans

vendredi 31 mai 2002, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation " Clichés de femmes, Clichés sur les femmes "

Claire, 25 ans s’exprime sur la place des femmes dans la sphère du public et les clichés véhiculés par les médias.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Comme toutes les journées commémoratives, la journée des femmes permet, à un moment donné, de forcer notre attention sur le fait que, tout au long de l’année, il y a des problèmes qui se posent par rapport au positionnement de la femme dans notre société. Spontanément, je pense à leur représentation en politique : c’est une question qui a été très présente ces dernières années. En ce qui me concerne, la question ne s’est pas posée. Ce n’est pas parce que je suis une femme que l’on me choisit ou que l’on me met de côté : la première chose que les autres regardent c’est le travail que je réalise, ce sont mes compétences. Je n’ai pas l’impression d’avoir souffert d’une quelconque discrimination que ce soit dans mes études ou dans mon travail. Mais je sais que cela existe. Par exemple, ça me fait penser aux réunions où je me retrouve : je regarde toujours s’il y a une proportion à peu près égale de femmes et d’hommes. Quand je suis avec des gens de mon âge, c’est une réalité. Par contre, quand l’assemblée est plus âgée, je sens que les femmes ne sont pas encore bien en place, je sens qu’il y a quelque chose qui bloque. Il me paraît évident que ce n’est pas parce qu’il y a peu de femmes présentes qu’elles ne s’intéressent pas au sujet traité : c’est parce que les hommes en place ont préféré un système de cooptation bête et méchant, c’est parce qu’ils n’ont même pas pensé qu’une fille pouvait être intéressée. Ce système peut se changer : c’est une question de volonté.
Bien sûr, il existe des hommes machos qui ont l’impression que la présence d’une femme équivaut à une place piquée. Mais je pense que la majorité des hommes ne se pose même pas la question. Nombreux sont ceux qui ne voient même pas que choisir unilatéralement suit une logique discriminante. Je pense que si nous leur montrons du doigt qu’il y a un problème, ils changeront.
Il me paraît important de parler de cette journée des femmes, parce que, d’une manière générale, cette moitié de l’humanité n’est pas suffisamment légitime. Cette journée commémorative me fait penser au tout début du " Monologue du vagin " où l’auteure dit : " Je suis très inquiète à propos des vagins parce qu’ils souffrent énormément dans le monde. ". Quand je réfléchis à cette phrase, je me dis qu’effectivement il y a de quoi être inquiète, qu’il y a encore des choses à changer. Si je suis assez confiante vis-à-vis de certaines sociétés, ce n’est pas du tout vrai pour le monde entier. Mais du fait que ça change ici, il n’y a pas de raison pour que ça ne bouge pas ailleurs : après tout, on revient de loin nous aussi !

A propos de la représentation des femmes dans les médias


Entre ma vie quotidienne et la représentation des femmes dans les médias, il y a un décalage. Au quotidien, que ce soit dans mon travail ou dans mes relations, je n’ai pas l’impression qu’il y ait des barrières entre ce que je peux faire et ce que peut faire un homme. Alors que dans les médias, c’est comme s’il y avait une ligne caricaturale entre ce que doit être l’homme et ce que doit être la femme : la femme doit être belle, faire la cuisine et s’occuper des enfants ; l’homme doit bricoler, réfléchir et lire le journal. Je schématise mais, globalement, c’est ce que je retrouve. La société évolue plus vite que la publicité qui est pourtant censée montrer le monde de demain. On nous montre des objets, des techniques très en avance en utilisant les schémas d’une société qui était celle de nos parents, voire de nos grands-parents !
Je pense à la publicité, à l’utilisation du corps des femmes, le plus nu possible pour attirer l’œil et puis, éventuellement, pour vendre un produit. Je trouve qu’à ce sujet, nous n’avons pas bougé depuis quarante ans : c’est toujours la même chose et nous avons beau le dénoncer, ça en reste là. Je me demande si les publicitaires ont réfléchi sur ce genre de problème : en quoi est-ce utile de ramener systématiquement les femmes au rang d’objet ? On met une voiture à côté d’une femme nue, et je ne vois vraiment pas du tout où est le lien ! Je parle de la publicité mais ces remarques valent aussi pour la presse, la télé : c’est similaire.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel – mars 2002

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