Accueil du site > Humeur > Le silence nie, le silence tue

Le silence nie, le silence tue

lundi 31 mai 2004, par Anne

Ça a commencé par des images que l’on aurait dit tout droit sorties d’un site porno. Des photos qui montraient des soldats en train de violer ou d’abuser sexuellement de femmes qui pouvaient être des Irakiennes.C’était peu de temps après la révélation des tortures infligées aux prisonniers irakiens de la prison d’Abou Ghraïb. Les photos innommables que j’évoque n’étaient pas datées et ne comprenaient aucune indication de lieu, je supposai qu’elles venaient d’Irak et qu’à l’instar des odieux clichés d’Abou Ghraïb, on n’allait pas tarder à en entendre parler dans tous les médias. Erreur ! Ni ces clichés, ni d’autres faits concernant des femmes (viols d’Irakiennes et de soldates de la coalition, mauvais traitements, humiliations de prisonnières irakiennes) n’ont eu l’honneur de faire une quelconque « Une », pas même d’être relatés ailleurs que sur le net. Comme si tout ce qui concerne les femmes, ce qu’elles font ou ce qu’elles subissent, devait rester invisible et inaudible pour la bonne marche du monde patriarcal. Silence on viole, on maltraite… des femmes. C’est moins grave.

Ça a commencé par des images que l’on aurait dit tout droit sorties d’un site porno [1]. Des photos qui montraient des soldats en train de violer ou d’abuser sexuellement de femmes qui pouvaient être des Irakiennes. C’était peu de temps après la révélation des tortures infligées aux prisonniers irakiens de la prison d’Abou Ghraïb. Les photos innommables que j’évoque n’étaient pas datées et ne comprenaient aucune indication de lieu, je supposai qu’elles venaient d’Irak et qu’à l’instar des odieux clichés d’Abou Ghraïb, on n’allait pas tarder à en entendre parler dans tous les médias. Erreur ! Ni ces clichés, ni d’autres faits concernant des femmes (viols d’Irakiennes et de soldates de la coalition, mauvais traitements, humiliations de prisonnières irakiennes) n’ont eu l’honneur de faire une quelconque « Une », pas même d’être relatés ailleurs que sur le net. Silence on viole, on maltraite… des femmes. C’est moins grave. Chacun-e sait que les viols font partie de la guerre. Il est possible que de fausses informations aient circulé, que des photos aient été fabriquées à dessein, cela a aussi été le cas pour le cliché montrant un soldat britannique urinant sur un détenu. Mais quand des hommes sont concernés, au moins, on en parle, même si après vérification on constate qu’il s’agissait d’une mystification. Comme si tout ce qui concerne les femmes, ce qu’elles font ou ce qu’elles subissent, devait rester invisible et inaudible pour la bonne marche du monde patriarcal. Sauf…sauf quand elles se comportent mal, les vilaines, comme cette soldate qui tient un prisonnier irakien nu en laisse. Celle-là a eu droit aux honneurs de la presse parce qu’une femme capable de pareilles exactions est un monstre contre « nature », alors qu’il est dans la « nature » masculine de commettre des crimes, semble-t-il. En tout cas, c’est ce qu’on lit entre les lignes, ce qui découle de la façon dont les informations sont traitées. Des témoignages de détenues ou de leurs avocat-e-s (quand elles en ont) sont venus confirmer les soupçons de viols et de mauvais traitements. En outre, pour nombre d’entre elles, le simple fait qu’à leur retour de prison leur famille puisse penser qu’elles ont été abusées équivaut à une condamnation à mort puisqu’il faudra « laver » l’honneur perdu. Les conditions de vie des Irakiennes étaient déjà assez épouvantables avant le conflit actuel, les femmes qui ont été emprisonnées sont maintenant dans une situation désespérée.
Comment faut-il hurler, que faut-il faire pour que ne soient pas ignorées les soldates étasuniennes violées par leurs homologues masculins sans que la hiérarchie ne juge utile de s’en émouvoir ; n’y a-t-il de place que sur Internet pour les humiliations et sévices infligés aux Irakiennes emprisonnées ? Les médias « alternatifs » sont-ils les seuls à pouvoir rompre le silence quand les victimes de violences sont des femmes ?
C’est vrai, il n’y a pas que les femmes, d’autres groupes humains sont oppressés, maltraités, torturés, tués, sans retentissement international : les Tchétchènes, par exemple. Parce que l’on n’a pas le courage de se fâcher avec Poutine, ou au nom de la libre circulation du pétrole, de l’union sacrée contre les « terroristes », du le retour de la guerre sainte… entre autres. Ne pas avoir l’audace de préciser le sort spécifique réservé aux femmes est une façon de blesser profondément, de mettre à bas une culture, une ethnie, sans mot dire et pour longtemps !
Quelles sont les raisons profondes qui font que tant de sociétés, y compris la nôtre, encore et toujours, traitent les femmes comme quantité négligeable ? Je ne sais ce qui l’emporte en moi du dégoût, de l’exaspération, de la violente crise de misanthropie ou du nécessaire besoin de lutter. Lutter contre l’oppression et contre l’oubli, agir pour qu’au moins on commence à se poser publiquement la question de l’origine de ce honteux silence.

Celles et ceux qui, comme moi au début, auraient du mal à croire à l’existence de ces horreurs parce qu’il semble impossible qu’elles tombent tout simplement dans l’oubli médiatique et parce que certaines de ces sources et certains de ces faits sont controversés, peuvent utiliser les liens ci-dessous [2] pour s’informer. Plusieurs ont été transmis par GSN (Global Sisterhood Network).

P.-S.


Anne Toromanoff - 24 mai 2004

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0