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Pourquoi Le Pen ? Pourquoi La Haine ? Chacun est concerné.

Et si La Haine était un des Constituants de l’Humain ?

vendredi 31 mai 2002, par Martine Paulet

Le résultat du 1er tour des présidentielles 2002 est il réellement une surprise ? Quels sont les ressorts psychologiques qui ont poussé une part des Français à faire appel à M. Le Pen ? Il s’agit là de poser la question du refoulé.

Quel est le sens de ce “ retour du refoulé ” social. La théorie freudienne de la psychanalyse donne des outils conceptuels, permettant d’apporter un début de réponse à cette question.
La psychanalyse a pour propos de “ mettre du Moi, là ou il y avait du Ca ”, c’est à dire de canaliser les pulsions par le biais de la réflexion, et d’interpréter les actes et paroles en leur donnant du sens.

Le résultat du scrutin de dimanche 21 avril a été qualifié de “ choc ”, de “ séisme ”, ou de “ tremblement de terre ”, mots et locutions évocateurs d’une effraction, d’une mise à bas de ce qui existait par une secousse violente. Elle a sonné l’arrivée brutale à une place où on ne l’attendait pas d’un personnage présenté comme porteur d’une idéologie de haine.

Or la haine est un sentiment que les psychanalystes connaissent bien, puisqu’elle est un des piliers de la névrose. La haine n’est que l’autre face de l’amour. Elle n’a pas droit de parole dans le contexte social et elle est refoulée dans les bas fonds du psychisme. Cependant, la haine est un sentiment des plus humains, aussi commune que l’amour.

Comme l’amour, la haine s’origine dans la relation à “ l’ autre ”. Mais qui est en réalité cet “ autre ” ?

Les premières cibles de ce nœud de sentiments paradoxaux et ambivalents que forme le complexe haine /amour sont les parents, réels ou imaginés. Aimer ses parents est un devoir social. Il ne reste pas de place à la haine pour se dire.
Selon chaque histoire individuelle et selon ce que les parents auront eux même transmis à leurs enfants, un “ déplacement d’affect ” va s’effectuer. La haine va être dirigée vers d’autres cibles que celles de l’intouchable Famille. “ Puisque je ne peux pas dire à ma famille que je la hais, je vais la dire à d’autres, à “ l’étranger ”, cet “ autre ”, qui ne peut qu’être mauvais, puisque inconnu ”.
Ce processus prendra d’autant plus de puissance, que le discours familial aura été dans ce sens.
C’est bien connu, “ les étrangers ne sont pas comme nous ” ! Cette différence proclamée transforme l’étranger en une surface vide, sur laquelle peuvent être projetés tous les affects négatifs en quête de cible. L’étranger, ça commence par le voisin et ça peut aller crescendo jusqu’à l’immigré.

La psychanalyse à mis à jour deux processus sources d’angoisse chez le petit enfant : le complexe d’œdipe d’une part, et “ l’angoisse de l’étranger ”d’autre part.

Le premier cité, le complexe d’Œdipe, surgissement du Père, dans la dyade Mère-Enfant, est à l’origine de la structuration du psychisme et brise un “ paradis ” à deux en signifiant à l’enfant que La Loi lui interdit de désirer sa mère. C’est la première “ effraction ” d’un “ autre ” indésirable ! ” Il est à l’origine d’une haine ambivalente puisqu’en même temps il rassure et protège !

Le second l’Angoisse de l’Etranger, se manifeste vers les 8 mois, sous forme d’une peur devant tout étranger rencontré qui le fait se réfugier vers son parent. Ce processus psychique structure la notion de groupe familial, qui induira par la suite celle d’Illusion Groupale. C’est la seconde effraction d’un “ autre ” !

Il permet à l’enfant de restructurer ses motions de haine et d’angoisses, et de les projeter sur cet Inconnu. Pour se sécuriser, il fait alors appel au parent protecteur. Plus tard, dans la cour de l’école, il en appellera à son Père qui, bien plus fort que tous les autres, les punira s’on lui fait du mal !

Mais, que s’est il réellement passé ce 21 avril 2002 ?
Effrayée par une médiatisation qui parlait trop de violence, une part des Français a brutalement exprimé son angoisse à un aréopage politicien compréhensif, certes, mais impuissant. Se sentant abandonnés, ces Français se sont tournés vers celui qui a le verbe le plus haut et qui se présente à eux comme le Sauveur Incontournable, Le Père Symbolique, lui qui exprime fortement pour eux ce que d’autres n’osent même pas penser : la Haine : “ Père, vois leur Haine, Protège-Nous en leur disant la tienne qui est la Nôtre ! ”

Ce 21 Avril, une part des Français a laissé surgir son angoisse et sa haine. Or, L’angoisse est une peur diffuse dont l’objet n’est pas apparent mais ressenti comme réellement menaçant. Les média ont permis sa propagation et sa contagion par identification aux victimes. Cela lui a donné une consistance qu’elle n’avait pas. La violence, expression de la haine a trouvé sa cible de prédilection, dans “ l’autre, l’étranger ”, désigné coupable puisque différent !
Selon Didier ANZIEU, les groupes humains obéissent aux même lois de “ l’inconscient ” que chacun des individus qui les composent. L’humain oscille entre les pulsions contradictoires de ses désirs et haines intérieurs, et les déplace sans le savoir sur son groupe social.

Le second tour a rétabli une forme d’équilibre politique socialement plus acceptable, mais, et la Haine… ?…

P.-S.

Michel BRUNO, psychologue clinicien - mai 2002

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