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Déclaration du mouvement des peuples du monde pour l’eau

vendredi 30 avril 2004, par Anne

Des hommes et des femmes originaires de plus de 60 pays, se sont réunis à Delhi pour le 1er Forum des Peuples du monde pour l’eau en janvier 2004 et ont formé le Mouvement des peuples du monde pour l’eau afin de stopper le rapt de l’eau mondiale par les entreprises privées. Cette déclaration rappelle le lien entre l’eau et toute forme de vie et proclame l’accès à l’eau comme un droit humain et, au-delà, un bien indispensable au vivant en général. Elle insiste pour que les services d’eau soient publics et non privés, de sorte que l’accès à l’eau des individu-es soit indépendant de leur solvabilité.

New Delhi, Inde 14 Janvier 2004 (The Peoples World Water Movement) (PWWM)
Nous sommes clairement opposés à l’oligarchie du Conseil Mondial de l’Eau et nous nous engageons à un contrôle démocratique basé sur le contrôle des peuples sur les ressources mondiales en eau.
Nous nous engageons à travailler sur le terrain avec les femmes et les hommes des communautés, reconnaissant les effets spécifiques et aggravants de la crise mondiale de l’eau sur les femmes.

L’eau c’est la vie : perspectives indigènes

Reconnaissant que l’eau connecte et régule la Planète Terre comme élément sacré de la vie, que sont les océans, les sources qui nourrissent la terre et tous les organismes vivants incluant les êtres vivants.
L’eau circule dans l’espace et le temps. Nous devons respecter l’eau en tant que créatrice de toute vie.
Comme la terre mère, les femmes ont une responsabilité spéciale par rapport à l’eau.
L’eau est l’expression physique de l’esprit
L’eau circule dans l’espace et le temps Nous devons respecter l’eau en tant que créatrice de toute vie.
Les lois des peuples indigènes participeront et nous guideront à « Notre Vision Mondiale de l’Eau », ainsi qu’à son application.
L’éducation de chacun est nécessaire pour apprendre le caractère sacré de l’eau et de la paix.
Les communautés doivent déclarer toute source d’eau comme site sacré.
Les politiques et législations sur l’eau doivent protéger l’eau comme source de vie en reconnaissant, respectant et appliquant les lois naturelles et traditionnelles des indigènes.
Nous, les peuples du monde pour l’eau, nous engageons à travailler et soutenir la reconnaissance du caractère sacré de l’eau pour la vie dans sa globalité.
Les politiques de l’eau doivent protéger l’eau pour les générations futures, toutes les plantes et tous les animaux.

L’eau est un droit humain, plate forme d’action

Nous réaffirmons le droit à l’eau comme droit humain décrit dans l’article 15 du Pacte International relatif aux droits économiques sociaux et culturels des Nations Unies
Nous nous engageons à informer le public et ensemble de promouvoir la reconnaissance formelle et l’application effective de ce droit humain au niveau local, national et international.
Nous demandons une convention internationale sur l’eau sous les auspices des Nations Unies et nous soutenons les principes de la Déclaration de Rome comme un outil pour l’appliquer.

Privatisation de l’eau

Nous insistons pour que les services d’eau soient publics et non privés. Une fois que les services d’eau sont privatisés l’essence même de la vie est déterminée par le marché et la distribution par la solvabilité. Ceux qui peuvent payer les augmentations du prix de l’eau auront seuls accès à l’eau dont ils ont besoin. « Ceux qui n’en auront pas les moyens , auront l’eau coupée ».
Nous rejetons la main mise des transnationales sur les services de l’eau, car elles ont prouvé leur inefficacité dans les centres urbains comme Buenos Aires, Manille, Johannesburg ou Atlanta.
Pour ces raisons nous nous engageons à suivre un plan d’action portant sur plusieurs fronts :

Les transnationales de l’eau

Par de grandes campagnes permanentes, nous nous engageons à promouvoir des alternatives soutenables publiques et à lancer une offensive mondiale contre Suez et Coca Cola, qui sont les premiers exploiteurs des ressources mondiales d’eau.

La Banque Mondiale

Concernés par l’impact négatif des programmes et politiques d’eau de la Banque Mondiale, nous coordonnerons la résistance locale et mondiale aux solutions de libre marché comme la privatisation, et ferons pression sur la BM pour soutenir l’utilisation publique de l’eau, respectueuse du droit fondamental à l’eau de chacun d’entre nous, et ceci, grâce à des mécanismes de transparence, de responsabilité et de participation démocratique.

Les financements publics

Nous lancerons une campagne de promotion de l’eau comme bien public qui doit être financé par le public. Nous soutenons les financements publics des services d’eau, par l’annulation de la dette , par des prélèvements sur les dépenses militaires et par un système de taxation redistributive. Nous rejetons le système financier actuel préconisé par le rapport Camdessus et le pillage de l’argent public par les transnationales.
Nous déclarons notre engagement de solidarité avec les travailleurs de l’eau de New Delhi et avec leur lutte contre Suez et la privatisation des services d’eau, ici, en Inde. Nous soutenons la protection du fleuve Gange , héritage spirituel des peuples de l’Inde, menacé par le projet du barrage Tehri .. Nous nous engageons à porter nos revendications auprès de nos gouvernements, parlements et constitutions dans tous nos pays.

Nappes phréatiques et sources

Nous nous opposons à toute appropriation des nappes phréatiques et sources par les transnationales même par les accords commerciaux.
Nous sommes solidaires des campagnes Plachimada /Varanisi en Inde et Potisi au Chili contre le rapt de leur eau par les transnationales qui ont dévasté l’écosystème local des communautés indigènes et leur économie.
Nous encourageons les recherches et enquêtes sur les abus des transnationales sur les nappes phréatiques et les sources , et la création de réseaux pour faire connaître ces affaires qui affectent les communautés indigènes.

Barrages, Détournements d’eau

Le mouvement des peuples et de nombreuses études comme la Commission Mondiale sur les Barrages, ont démontré que les barrages et les détournements (appelés « linkage ») sont destructeurs et ont des effets dévastateurs irréversibles sur les écosystèmes et les peuples.
Privatiser l’eau est le moteur pour faire resurgir et répandre ce modèle obsolète, non soutenable, et anti démocratique qu’est la technologie d’utilisation et gestion de l’eau, telle que :
Le projet de détourner le cours des rivières en Inde
Le détournement du Brahmaputra appelé Psangpo au Tibet vers les grandes plaines chinoises
Le schéma « Grand Canal »de détournement des rivières canadiennes vers les grands lacs et plus au Sud des USA.
Le détournement de l’Ebre en Espagne, pour l’industrie touristique.
Les différents projets de détournements en Afrique, comme ceux qui concernent le fleuve Congo.
Nous, en tant que mouvement, continuerons à évaluer les impacts des projets et schémas destructeurs.
Nous allons nous organiser et résister en créant des parlements de l’eau, des écoutes et consultations publiques pour garantir l’intégrité de l’eau, des rivières, des lacs, des océans, des cultures et afin que notre droit fondamental à l’eau ne soit violé.
Nous allons mettre en place et promouvoir des alternatives durables d’utilisation de l’eau et de l’énergie, comme les micro-projets hydrauliques, solaires ou éoliens, la collecte , le stockage et la conservation de l’eau par des méthodes de recyclage et traitement d’eaux usées.

Gestion écologique et communautaire

Nous reconnaissons que le modèle dominant de développement, d’agriculture et de gestion de l’eau sont insoutenables et nous mènent à une crise mondiale de l’eau.
Nous reconnaissons aussi que la responsabilité des ressources en eau appartient aux autochtones et que les communautés ont le besoin, la responsabilité et le droit de mettre en place des pratiques de gestion soutenable.
Nous voulons que ce mouvement mondial renforce les communautés indigènes à employer des méthodes de gestion appropriées, et nous voulons que ce mouvement reconstruise une culture de régie, la seule solution réellement soutenable pour empêcher les crises.
Nous allons construire un réseau de communication local et mondial, qui servira d’échange d’information pour rendre possible la mise en place de régies de l’eau, décentralisées, à bas prix, écologiques.

P.-S.

Peoples World Water Movement - pwwf@pwwf.org - 14 01 2004

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