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« Politique Agricole Communaustère »

vendredi 30 avril 2004, par Dominique Foufelle

Deux agricultrices de l’ouest de la France, Françoise Reneaud-Roulleau, dans la région de Redon et Laetitia Morantin, du côté de Machecoul, parlent de leur métier, du fait d’être une femme en milieu agricole.

Françoise Reneaud-Roulleau, la cinquantaine, élève des vaches à viande (Blondes d’Aquitaine) et des vaches laitières. Mariée, mère de famille, elle a créé un gîte pour personnes handicapées qui est conçu comme un lieu d’échanges et d’accueil. Militante associative d’Echanges solidarités 44 (qui travaille avec le Nicaragua rural notamment), Françoise est en outre membre de l’APF (Association des Paralysés de France) et du réseau « Bienvenue à la ferme » (http://www.bienvenue-a-la-ferme.com) et trouve aussi le temps de faire du théâtre, même si elle dit ne pas vouloir faire trop pour faire bien ce qui lui tient à cœur.
Au départ, bien qu’issue d’une famille de paysans, Françoise ne se destinait pas à l’agriculture mais s’y trouve bien aujourd’hui. Pas plus que Laetitia Morantin qui se voyait assistante sociale et est maintenant cheffe d’exploitation au sein d’un GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) avec quatre autre personnes, dont son mari. Laetitia élève des volailles en agriculture biologique, se charge de la « paperasse » de l’exploitation et s’occupe de la vente directe de ses produits et de ceux de fermier-ière-s des environs dans un magasin sur place. Ce commerce est aussi un lieu d’échanges, où l’on parle d’agriculture, de la façon de consommer…produire bio, c’est tout un engagement. Jeune agricultrice, mère de deux enfants en bas âge, Laetitia ne trouve en ce moment plus le temps pour d’autres activités.

Toujours mineures, les agricultrices ?

Si les femmes des générations précédentes ont toujours largement fait leur part de travail dans l’agriculture, elles n’étaient pourtant pas reconnues en tant que telles. Aujourd’hui, ça va mieux, bien que les femmes soient toujours considérées comme « femme de » ou « fille de » (du père, bien sûr). Françoise s’entend souvent demander : « qui est le chef d’exploitation. ? » et Laetitia a droit à des : « il est pas là, l’patron ? » récurrents qui dénotent la difficulté des partenaires (coopératives, autre agriculteurs) à imaginer qu’une femme puisse être à la tête d’une exploitation agricole. Les agricultrices ont encore à se battre pour que leur statut soit reconnu. Cependant, quand la communauté souvent majoritairement masculine - avec ce que cela suppose de machisme- , constate qu’une femme fait du bon boulot, elle est adoptée. Pour Laetitia, installée depuis sept ans, qui travaille à « mi-temps » (soit 40 heures par semaine, tout de même) pour pouvoir tout concilier, la mise à l’épreuve a duré 3-4 ans.

Politique agricole communaustère

C’est comme ça que le groupe de théâtre auquel participe Françoise appelle la PAC. Parce qu’il est difficile de se projeter dans l’avenir même en sachant quelle agriculture on veut, quand on ignore ce qui sera décidé « en haut ». Il est difficile de faire des choix, surtout quand on refuse le productivisme. C’est le cas de Françoise comme de Laetitia, mais c’est loin d’être le cas de tout le monde. Dans la commune où vit Françoise, de nombreux agriculteurs partent à la retraite et des « vautours » attendent les fermes qui seront à vendre pour s’agrandir et pouvoir produire plus : plus de subventions, plus de bouffe dans les frigos de l’Union, plus de pollution… alors qu’il est possible de vivre correctement en produisant sainement et à une échelle humaine (dans le bon sens du terme car l’humanité, c’est aussi souvent la démesure…). Tout le monde y gagne, sans doute en qualité de vie plus qu’en argent !

Produire comment ?

Les poulets, pintades et canards de Laetitia Morantin sont élevés selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, les animaux sont installés dans des bâtiments mobiles qui peuvent être déplacés dans des champs où ils ont libre accès. Quatre-vingt pour cent de leur alimentation est produite sur place, les 20 % restant correspondent à l’alimentation des poussins de un jour à un mois. Les travaux qui doivent être fait à plusieurs sont effectués grâce à une banque de travail : le temps et les moyens que l’on prête aux autres sont rendus sous forme de temps et de moyens ou d’argent. Cette façon de s’organiser a aussi l’avantage de créer du lien social, c’est en outre une tradition dans la région.
Il n’y a que de l’herbe sur l’exploitation de Françoise Reneaud-Roulleau, pour nourrir les vaches. Mais oui, figurez-vous qu’il y a encore des vaches qui mangent de l’herbe plutôt que de l’ensilage de maïs ou des farines de poisson ! Celles dont il est question sont dehors autant que possible, c’est mieux pour elles et pour les élev-eurs-euses, car dans l’étable, il faut leur apporter à manger, apporter la paille, sortir le fumier, bref, plus de travail et moins de plaisir pour tout le monde. Les vaches sont donc dehors à partir de février, sauf quand il pleut car elles abîment les pâturages si le sol est détrempé.
L’agriculture, c’est un métier où l’on est très lié-e aux aléas du temps, mais où l’on peut vivre heureu-x-se.

P.-S.

Anne Toromanoff - 28 avril 2004
Photo : Corinne Provost

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