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Antigone
au pays des mille mensonges

vendredi 30 avril 2004, par Josefina Gamboa

Antigone, caissière dans un supermarché de Barcelone, est confrontée chaque jour à des précarités grandissantes. L’injustice l’agresse et elle ne comprend pas ce que ce monde devient. Sa résistance se confronte aux frondes du pouvoir mais la tragédie n’est plus ce qu’elle était...

Antigone est caissière dans un supermarché et habite dans un appartement loué, affecté par des plans d’aménagement d’un quartier de la périphérie de Barcelone. Ces dernières semaines du mois de mars, la vie a été rare. De retour à la maison, Antigone parcourt des précarités quotidiennes dans son esprit et saute les flaques que la pluie a laissées.
Un graffiti l’interpelle à la sortie du métro : "La loi est un crime". La loi est un crime ? Antigone se rappelle son prof de philo lorsqu’il parlait de "valeurs" et à leurs applications au gouvernement de la citoyenneté. Ce qui pouvait constituer le crime ou l’injustice ce n’était pas le fait d’établir des lois, mais de les modifier ou de les imposer selon ses convenances. L’injustice prend forme quand ceux qui nous gouvernent établissent des lois ou les ignorent à volonté. Et ces dernières années, et de forme flagrante les derniers jours, la volonté avait pris des sentiers de manipulation, d’exploitation et d’imposition des critères de certains sur l’opinion des plus nombreux. Et elle se souvient de la loi de qualité de l’éducation. Et de la loi de l’immigration. Et de la loi sur l’avortement. Et de l’illégalité des partis et... des médias.

Sortir dans la rue

Antigone ne veut plus être une héroïne tragique. Son destin est lié, en partie, à celui de millions de femmes et d’hommes qui se sont mobilisé-es, qui ont envoyé des messages, qui ont montré leur désaccord avec l’absurdité et avec la manipulation.
Antigone, comme dans le mythe grec, est sortie dans la rue pour exiger une voix solidaire à la mémoire de son frère. Ils veulent la soumettre à la désobéissance, par opposition à l’injustice, elle s’est levée contre cela pour réclamer ce qu’elle considère légitime... mais la comparaison avec le mythe grec finit maintenant, car nous ne pouvons pas laisser qu’Antigone se suicider dans la caverne, elle ne peut pas mourir...

Solidarité contre injustice

Cette fois la tragédie ne rime pas avec Antigone. La tragédie est tout ce qui s’est passé sauf elle, qui est l’espoir et l’illusion. La bulle de la solitude et de l’incommunication est cassée. Le contrôle des médias commence à se fendre, face aux moins de 160 caractères d’un message envoyé d’un téléphone mobile. L’Antigone qui arrive chez elle après la cinquième manifestation des deux dernières semaines a déjà beaucoup de disciples.
Antigone est le symbole de la solidarité face à l’injustice et à l’illégitimité. Cette valeur doit perdurer, toutes et tous, nous devons nous construire en Antigones et devenir des protagonistes actives des décisions publiques, sortir pour exiger la justice perdue, pour pouvoir arriver à la fin du mois sans surprises économiques dans nos misérables économies, avoir une maison digne, la commande sur nos corps et nous sentir en sécurité dans les rues. Ne pas hésiter au moment d’exiger nos droits et de respecter la dignité des autres...
Antigone aura à nouveau un sourire complice quand elle recollera dans son quartier des affiches appelant à la mobilisation, quand la voisine d’au-dessus lui dira "comment j’étais contente de te voir à la télé, celle-là est également ma voix ! !"... Elle aimerait ne pas avoir à se rebeller ; cela veut dire que quelque chose va mal. Elle voudrait ne pas exister entant que mythe, mais dans ces temps-ci il semble nécessaire...
Soyons toutes Antigone et réussissons à l’enterrer quand le juste et le légitime nous aura atteint. La force d’Antigone est celle que craint n’importe quel (dé) gouvernement car c’est la force de la vérité en MAJUSCULES. Plus de mensonges : la vérité est cruelle, mais elle est réalité et cela veut dire capacité d’agir face à elle.

P.-S.

Sonia Ruiz, Eva Cruells, Kontxi Odriozola, Mónica Madrigal, Aída López - Les Penélopes, mars 2004

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