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L’ennemi-e de mon ennemi-e

dimanche 29 février 2004, par Joëlle Palmieri

Voilà. On est à S-3 semaines des élections régionales françaises. Paraîtrait qu’il faut pas louper le coche sinon ce serait pire que tout, rapport à Le Pen. Pire que maintenant ? Dans moins de quatre mois, c’est le tour des Européennes, le 13 juin 2004. Dans l’ambiance globale de « poussée brune », entre la Suisse, la Serbie et bientôt la Belgique, ou plus précisément la Flandre, aux élections législatives du 18 mai – j’en oublie – il serait peut-être temps de s’inquiéter de notre « opinion publique » et de ce qui l’anime non ?

Voilà. On est à S-3 semaines des élections régionales françaises. Paraîtrait qu’il faut pas louper le coche sinon ce serait pire que tout, rapport à Le Pen. Pire que maintenant ? Dans moins de quatre mois, c’est le tour des Européennes, le 13 juin 2004. Dans l’ambiance globale de « poussée brune », entre la Suisse, la Serbie et bientôt la Belgique, ou plus précisément la Flandre, aux élections législatives du 18 mai – j’en oublie – il serait peut-être temps de s’inquiéter de notre « opinion publique » et de ce qui l’anime non ? Cette année, c’est aussi les présidentielles aux Etats-Unis – ça s’annonce pas terrible dans tous les cas – mais également au Cameroun et en Tunisie, deux Etats connus pour leur largesse d’esprit et leur amour profond de l’espèce humaine… et de son opinion. Alors cette opinion qu’on chouchoute, qu’on bouscule, qu’on tripote, qu’on manipule, qu’on envie, qu’on soulève, qu’on exècre, vaudrait mieux la définir non ? plutôt que de l’associer à des exercices de gym… Qui fait l’opinion ? que fait l’opinion ? qui est l’opinion ? Ce gros fatras d’amalgames ne nous garantie guère de jours meilleurs. Et les lois qui sont votées, ça et là (en France, en Irak comme en Israël), pour soi-disant renforcer la démocratie et répondre à la demande populaire, me laissent pantoise sur au moins un aspect. Les lois sont votées par des personnes élues, censées « nous » représenter ou tout du moins représenter « nos » intérêts. Mais qui décide du « nous » ? La rédactrice en chef du Figaro Madame qui écrit que « nous sommes un drôle de pays » et que « nous » sommes « judéo-chrétiens et républicains-laïques » ? George Bush et Tony Blair qui ont déclaré : « Nous soutenons les aspirations de tous les Irakiens en ce qui concerne la formation d’un gouvernement représentatif uni qui respectera les droits de l’homme et l’État de droit en tant que principes fondamentaux de la démocratie » ? Ariel Sharon en recevant Mahmud Abbas : « Je l’ai dit et répété au moment de la formation de mon Gouvernement : je ferai tous les efforts possibles pour obtenir un règlement politique qui nous mènera au calme et, avec l’aide de Dieu, à la paix. Telle est la mission que je me suis attribuée. Tel est mon devoir »… Oussama Ben Laden, après la 11 septembre : "Ce que l’Amérique endure aujourd’hui ne constitue qu’une infime partie de ce que nous (les musulmans) endurons depuis des dizaines d’années. Notre nation subit depuis plus de 80 ans cette humiliation, ses fils sont tués, et son sang coule, ses lieux saints sont agressés sans raison. » Qu’est-ce qu’il se passe exactement ? Pourquoi un tel besoin d’identité (le « nous ») s’exprime-t-il plus avant ? Pour répondre au besoin de se différencier de l’« autre » (pas « nous »), pour écarter toute hypothèse de ralliement, de solidarité et mieux identifier celui ou celle à persécuter, à rendre responsable ou coupable de sa propre inconduite ou désespoir. L’ancrage de l’individualisme, du mythe de la représentation et de l’apparence. Le socle du « sauve qui peut ! ». Les bases du racisme, du sexisme et de l’homophobie, les miasmes du communautarisme, le début du nationalisme pour sûr, les bases du fascisme quelquefois. Le féminisme nous apprend au moins une chose. Il n’y a de salut et de libération que dans l’égalité. Alors, voter pour un parti d’extrême-droite, c’est garantir la division, de sexe, de race, de classe. C’est ouvrir encore plus grandes les portes d’une vision de la liberté, le libéralisme, qui n’en a que faire de l’égalité. C’est lui donner carte blanche pour mieux isoler, disloquer, déchirer, anéantir ce qu’il reste de la communauté de biens et du sens de l’utilité générale. Voter pour les nationalistes en croyant se débarrasser de celui ou celle qui prendrait sa place est une illusion. Décidément non, l’ennemi-e de « notre » ennemi-e, n’est pas « notre » ami-e. Il/elle trompe qui veut l’entendre. Et s’il était encore nécessaire d’insister, cette assertion est vraie dans tous les sens. Les ennemi-es de l’extrême-droite, des intégrismes de tout bord, ne sont pas fatalement nos ami-es, des libéraux massacreurs aux gauchistes convaincu-es. Alors, arrêtons cinq minutes avec le raisonnement binaire ! Cinq minutes…

P.-S.

Joelle Palmieri - 29/02/04

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