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Rencontres en Equateur et en Colombie avec les acteurs du commerce équitable

dimanche 29 février 2004, par Joëlle Palmieri

Parti un mois en Amérique latine pour rencontrer ses partenaires équatoriens et colombiens, Michel Besson d’Andines nous livre ses impressions.

Arrivée le 3 décembre à minuit à l’aéroport de Quito, capitale de l’Equateur. L’accueil de Gonzalo Merchàn, Directeur de Camari - entreprise solidaire partenaire d’Andines en Equateur depuis 1996, est toujours aussi chaleureux ! De quoi me faire oublier la fatigue due aux 20 heures de voyage…
Nous nous connaissons depuis plusieurs années et déjà, cette nuit, nous finissons de programmer ce voyage de 10 jours en Equateur. De nombreuses rencontres avec les travailleurs des coopératives partenaires, des débats de fond avec eux : Quelle économie solidaire sommes-nous en train de construire ensemble ? Comment renforcer nos réseaux alternatifs et notre démarche collective et internationale de commerce équitable ? Comment renforcer notre coopération (choix des produits, prix le plus équitable pour tous, notamment les producteurs, transparence, délais, financements, etc) ? Un programme chargé, et déjà organisé !
Et c’est la première fois que j’ai une caméra dans les mains, la caméra de MINGA, association française pour le développement économique d’un commerce équitable. Cette organisation réunit des citoyens et des structures commerciales alternatives (37 pour l’instant) et nous permet de mutualiser quelques moyens…
Nous allons voir qu’ici aussi, en Equateur comme en Colombie, les gens du peuple s’organisent aussi de plus en plus de manière autonome ! Il s’agit maintenant de véritables réseaux locaux et internationaux de résistance économique, et donc politique, aux neo-libéralisme.

Camari

Dés le lendemain matin, une visite au siège de Camari s’impose. Rencontres avec nos ami(e)s qui créent et renforcent en permanence les filières (produits artisanaux et alimentaires), conseillent, achètent et distribuent les produits, en priorité en Equateur ( 80%, dans des boutiques populaires et solidaires du pays).
« Camari et ses partenaires, agriculteurs, artisans ou prestataires de services, ont toujours gardé comme objectif principal l’auto-suffisance économique des populations, alimentaire en premier lieu, et donc l’autonomie économique et politique », me dit une fois de plus Gonzalo. On est bien d’accord : le commerce, notamment le commerce international, n’est qu’un moyen parmi d’autres, et pas le principal, au service du développement local. Ce n’est pas le commerce international, fût-il « équitable » qui va faire reculer la misère et sauver la planète , loin de là !. Camari n’exporte que 20% de ses produits (Italie, Espagne, Allemagne, France) : 19 containers de 17 tonnes de produits alimentaires chacun en 2003 + 30 tonnes d’artisanat. Andines importe 2 containers par an.
Ici à Quito travaillent 20 personnes, sur les 60 qu’emploient Camari dans tout le pays. Organisés par secteurs d’activités, les gens prennent part aux décisions politiques et stratégiques de l’entreprise.
On m’explique que l’on travaille dur, car Camari, tout comme la coopérative Andines, doit s’autofinancer. Contrairement à d’autres structures de « commerce équitable » -terminologie qui recouvre des pratiques de plus en plus diverses, Camari et Andines ne reçoivent aucune subvention…mais comme toutes les PME (petites et moyennes entreprises) du monde entier, elles recherchent en permanence des emprunts pour se développer. Elles représentent 80% de l’économie mondiale, mais quand on ne fait pas partie des entreprises « à gros bénéfices pour leurs actionnaires », il est toujours difficile d’obtenir des prêts suffisants. Ceux qui détiennent les capitaux préfèrent de temps à autre lâcher quelques miettes à leurs associations bien pensantes pour se donner bonne conscience et une image humanitaire.
« Prêter aux pauvres, c’est prendre le risque qu’ils deviennent autonomes, dangereux pour les monopoles déjà en place », dira Bernardo. Je témoigne qu’en France il en est de même. Nous passons autant de temps à chercher de l’argent qu’à vendre les produits ! Ce manque de moyens est la raison première de la pauvreté. Il empêche de nombreuses initiatives de se développer, notamment un commerce équitable et solidaire.
Camari travaille directement avec plus de 150 coopératives ou associations de producteurs dans le pays. Elle privilégie, comme Andines en Europe, la distribution directe ou de proximité (boutiques populaires), créant ainsi un tissu social, humain, à l’opposé de la « grande distribution », spéculative, autoritaire, et anonyme. Mais il n’y a pas de capitaux pour ce type développement … « El desarrollo sostenible » (le développement durable), me dit encore Bernardo, est le nouveau discours à la mode. Ici, les serviteurs de l’état, fonctionnaires publics ou privés, et les grands patrons, n’ont que ces mots à la bouche. Ils utilisent beaucoup d’argent pour faire croire que ça va changer, c’est toujours la même chose, ils se réunissent entre eux, invitent quelques pauvres, font des discours, des colloques, des voyages et des congrès internationaux, de superbes revues, des cocktails au champagne, des festins, et même des pubs à la télé, tout cela coûte des millions de dollars… et rien n’est fait. C’est cela le crime organisé ! ». On me demande si c’est la même chose en Europe…

Trois coopératives dans le Nord

L’après-midi de ce même jour, nous partons, Gonzalo et moi, dans le Nord du pays, visiter 3 coopératives dans la région du Chotà, dans la province d’Imbaburra, à 100 km de la frontière colombienne. Au village d’Embuqui Eligio nous attend. C’est l’un des techniciens agricoles qui conseillent les agriculteurs des coopératives de la région avec lesquelles travaille Camari. Nous rencontrons tout d’abord les femmes de la Coopérative des productrices de confitures d’Ovo, dans le village même d’Embuqui (cf. Rapport de voyage de Décembre 2000). Elles « galèrent », ayant toujours les mêmes difficultés de trésorerie pour commercialiser les confitures, pourtant délicieuses, sur le marché national.
Nous visitons ensuite la Coopérative des femmes de Tumibamba (productrices de haricots) et une troisième coopérative (également des producteurs de haricots rouges, noirs et blancs). Camari arrive à commercialiser une bonne partie de ces productions, principalement en Equateur dans les boutiques solidaires, mais la diversification et la planification des cultures est à l’ordre du jour.
Retour dans la nuit. Le lendemain 5 Décembre, visite et discussions avec les équipes au bureau et à l’entrepôt de Camari (dans la banlieue de Quito). Nous nous retrouvons avec Ramiro, responsable de l’entrepôt,, et son équipe. La chance fait que nous assistons au chargement d’un container pour Andines : sucre de canne, champignons, quinoa et riz. 17 tonnes. Le bateau partira le 10 Décembre et arrivera un mois plus tard au Havre. C’est très tard car Andines est en rupture de ces produits en France, et nous perdons des ventes ! Nous n’avions pas pu avancer à temps les fonds necessaires, pour raison de trésorerie insuffisante…alors que nous avons des clients ! « Nous avons bien compris et nous avons fait pour le mieux, m’explique Gonzalo, mais nous aussi devons payer les producteurs…je ne sais pas comment nous pouvons casser ce cercle vicieux ».
Bernardo se met à nouveau en colère : « Quand je compare ce terrible manque de crédits pour le développement économique de la production et de la commercialisation solidaire aux millions de dollars et d’euros versés à certaines institutions et ONG dites de « développement », chez vous comme ici en Amérique du Sud, c’est scandaleux ! Ces gens achètent des bureaux, du matériel informatique et des véhicules dernier cri, et il faut voir leurs salaires ! Ils nous traitent de haut, nous donnent des leçons ! C’est la charité-business ! ». « Beaucoup de gens vivent ici sur le dos de notre pauvreté, c’est un détournement de l’argent du peuple », me dira plus tard Maria (membre d’une coopérative d’artisanat).

La coopérative de Villujobema (sucre de canne)

L’après-midi, nous partons sur les pistes des Andes avec Denis Laporta, un ami français qui vit en Equateur depuis 6 ans et qui a fait le choix, par plaisir et par conviction, de vivre dans un village retiré. Trois heures de route : Rencontre avec le président et des membres de la coopérative de Villujobema (Hameau d’Ingapi, prés du village de Pacto, Province du Pinchincha). C’est d’ici que vient l’excellent sucre roux que distribue Andines (un container par an). J’avais exprimé il y a 3 ans, dans un rapport de visite à cette coopérative (rapport toujours disponible chez Andines), le projet et la nécessité de la construction d’un véritable atelier de transformation (broyage de la canne, élaboration de la panela par chauffage progressif, tamisage, etc). Quel plaisir de voir que cette fabrique est en construction, presque terminée ! Elle devrait fonctionner en Février.

La « Corporacion de los Manduriacos », un exemple formidable

Puis c’est la descente pendant trois heures en camionnette jusqu’à la vallée de « los Manduriacos ». C’est ici que vit Denis et que s’est constituée il y a quelques années la « Corporacion del Gran Valle ». Il s’agit d’une association professionnelle qui regroupe à la fois de nombreux habitants des 12 hameaux (7000 personnes) et 6 entreprises solidaires de production : le « Taller de louffas », fabrique d’ustensiles pour le bain en louffa (fibre végétale), l’Unité « balaceando », mouture du maïs par un moulin électrique, l’Atelier d’artisanat (bois, fer, louffa, autres fibres végétales, bambou, etc.), la Fabrique de liqueurs, la Petite conserverie de poissons de rivière (en construction), et la Culture communautaire et commercialisation de cacahuètes et de haricots… Les gains de ces productions agricoles, artisanales ou semi-industrielles, sont mis en commun et redistribués à tous équitablement. 22 Personnes sont rémunérées sur ces activités, elles seront 30 fin 2004.
Par ailleurs les 103 familles d’agriculteurs membres de la « corporacion » ont une activité en premier lieu vivrière :
« Tout d’abord se nourrir par nous-mêmes, c’est le seul moyen de vivre dignement et de conserver notre autonomie économique et politique, me dit le président Don Marco. Nous avons aussi quelques cultures commerciales, café, haricots, bananes, fruits, que nous vendons sur des marchés de la région ou à Quito dans les magasins de Camari. C’est très important pour nous, ce commerce équitable et solidaire, pour vivre mieux mais c’est aussi une fenêtre sur le monde quand une partie de ces produit est exportée. Construire ensemble une autre société, égalitaire, respectueuse de tous les travailleurs et de notre environnement naturel, nous en sommes très heureux , et jamais nous reviendrons en arrière, jamais ! Votre visite, et tout ce que vous nous dites sur votre coopérative, Andines, et tout ce vous vivez vous-mêmes en Europe, nous donne encore plus d’espoir et de force pour lutter, tous ensemble… Nous ne supportons plus les discours et les donneurs de leçons. C’est comme vous dites chez vous : « les conseilleurs ne sont jamais les payeurs ». Ils nous utilisent et vivent de notre pauvreté. On n’a pas besoin de ces parasites ». Le discours est dur ici aussi : on a beaucoup souffert « de l’esclavage organisé par les grands propriétaires et des politiciens clientélistes (« on va faire construire une route mais à condition que vous votiez pour nous »). « Il y a aussi les paternalistes qui nous font sans cesse des promesses et s’accaparent les fonds qui normalement doivent améliorer nos conditions de vie ».
L’organisation économique est ici surprenante. Par exemple, pour la vente des produits agricoles, la « Corporacion » achète à chaque agriculteur le même volume de produits, quelque soit sa production. Toute commande est ainsi partagée à égalité. Cela permet de rééquilibrer peu à peu les inégalités locales (surfaces cultivées, pouvoir relationnel, niveau d’éducation, de santé, etc). Au fil des années, les bénéfices collectifs ont aussi permis de rénover le seul pont qui permet d’entrer dans la vallée, mais aussi de construire la « Maison de l’enfance », la « Cabine téléphonique », la « Maison de l’agriculteur », et d’acheter un camion, communautaire bien entendu ! Il y a aussi les « mingas », chaque semaine, c’est à dire les travaux collectifs : réparation du pont, création de routes (pistes), installation de canalisations d’eau potable, récoltes des cultures collectives, etc. C’est aussi l’occasion pour se rencontrer, de travailler et de déjeuner ensemble. Sans parler de l’entraide, qui est ici une tradition quotidienne.
Le 6 Décembre, je suis invité à la réunion du Conseil d’Administration de la Corporacion. Nous sommes une cinquantaine de personnes présentes et l’ordre du jour est chargé. Ce CA est composé de 1 à 3 personnes élues par village. Il se réunit tous les mois. Le 3éme point de cet ordre du jour est « la présence de cet ami français qui va nous parler de la coopérative Andines en France et de sa pratique de commerce solidaire… ». Le président me présente en précisant que ce « commerce équitable » n’a rien à voir avec des riches qui « aiderait » les pauvres en achetant leurs produits à un prix soit disant juste ». J’explique alors que pour nous l’équité est tout le contraire de la charité. Il n’est qu’un moyen parmi d’autres au service de notre meilleur-être à tous. Il s’agit que tout le monde puisse vivre de son activité, à égalité, en toute équité, de construire une société où il fait bon vivre.
J’explique aussi le projet qu’Andines partage avec l’organisation des salariés d’une grande entreprise française, un projet d’une véritable coopération directe entre travailleurs et auquel les agriculteurs d’ici pourraient participer s’ils le désirent. C’est l’enthousiasme ! Une lettre d’accord sera rédigée deux jours après.

La coopérative AACRI (café)

Le 9, nous partons pour Apuela, un autre village à 5 heures de camionnette. Là, nous attendent des membres de la coopérative AACRI, l’Association des Agriculteurs et des Caféiculteurs de la Région Intag : 350 membres. Toutes les « fincas » (fermes) -de 2 à 5 hectares - affiliées à l’AACRI sont « intégrales », c’est à dire que l’on y pratique l’agriculture biologique. La principale culture commerciale est le café « Rio Intag ». De grande qualité, car ici on est fier du travail bien fait.
Le café vert, dépulpé, lavé et séché, est acheté aux producteurs par la coopérative entre 0,55 et 0,65 dollars la livre (453 gr), selon la qualité. C’est à dire plus du double du prix du marché local (0,22 à 0,25 $ Us la livre). On ne se contente pas de vendre le café vert : la moitié des 30 tonnes produites chaque année est ici même torréfiée et mise en poche pour le marché régional et national ! Il est ainsi revendu 1,85 la livre aux magasins, qui le revendent à leurs clients à 2,20. Grosse activité commerciale. Ici aussi on ne veut pas dépendre du commerce international, fût-il équitable…L’autre moitié de la production est vendue depuis 4 ans au Japon, à un prix toujours supérieur au prix mondial. Mais la coopérative voudrait diversifier ses clients à l’export, et Andines est interpellée... Il s’agit donc de créer une nouvelle filière, non seulement pour le café mais aussi d’autres produits comme le sucre, les haricots, l’artisanat, etc.
Quatre femmes d’une autre coopérative (située à 3 heures de marche d’Apuela !) sont aussi venues à la réunion. Elles représentent la coopérative d’ EL ROSAL, productrice d’un Savon à l’Aloes (cactus). Je les avais rencontrées il y a deux ans et nous maintenons notre désir de surmonter toutes les difficultés, toujours d’ordre financier, qui nous empêchent encore de coopérer.

Cotacachi

Rencontre avec la présidente du Conseil de développement de l’ « Assemblea de unidad cantonal » de Cotacachi (démocratie participative) : Patricia Espinosa. Cette « assemblea » regroupe 50 organisations populaires et tous les secteurs d’activité. Des Comités d’action sont constitués pour suivre tous les projets des citoyens .20 % du budget cantonal est ainsi géré par les habitants eux-mêmes. Nous échangeons sur nos activités respectives et sur les perspectives de coopérations concrètes pour 2004.

Quito

Retour en bus à la capitale. Discussions sur le bilan de ces dernières années de collaboration Camari / Andines (points faibles, points forts, nouveaux projets de collaboration, etc.). Il est décidé d’établir, avec tous nos autres partenaires, un ensemble de règles plus précises de fonctionnement dans les relations économiques équitables entre les acteurs des filières concernées (charte et cahier des charges), notamment en ce qui concerne la régulation des productions d’exportation (planification à partir des besoins à la fois des producteurs et des clients) et des prix (exigence d’équité maximum tenant compte du marché), la transparence systématique et la garantie par cette même transparence.

Départ pour la province de Manabi, à 7 heures de route panaméricaine

Visite d’un entrepôt de Camari à Quevedo : : il y a ici un énorme potentiel de développement pour la distribution des produits régionaux mais il manque les fonds de départ…nous décidons (Camari et Andines) de collaborer à ce sujet, et notamment de chercher des prêts internationaux…
Visite d’un atelier artisanal de fabrication de matelas avec de la laine du « Ceibo » (qui est un arbre !).
Visite de la Coopérative de la CESA, à Daule, créée en 1977 : 70 familles productrices de riz ( 1,5 hectare en moyenne chacune, ce qui est très peu) et 8 salariés permanents. 3 récoltes et 30 000 tonnes par an. La coopérative vend aussi des semences de qualité. J’y apprends que le riz de la meilleure qualité doit être long, gros et transparent (ex : la variété « F50 »). Les contrôles de l’état sont rigoureux (variétés, qualités).
Visite de la Coopérative del Azarde, à Charapoto, née en 1977, 23 producteurs de riz. Réunions avec tous les membres : présentation de la coopérative et d’Andines. Echanges durant 2 heures. Capital insuffisant. Besoin d’une machine trieuse (« piladora ») plus performante. Cette coopérative travaille avec Camari depuis 10 ans.Visite des rizières. On utilise ici le moins d’engrais chimique possible, et jamais d’herbicide ni d’insecticide. Un projet de collaboration (coopérative / Camari / Andines) est mis sur pied.

Retour à Camari – Quito

Au retour on aperçoit l’Océan pacifique…et retour dans la nuit à Quito (8 heures). Le lendemain, réunions avec des membres de l’équipe Camari : mise en place de la « pagina » (site Internet) de 13 organisations de producteurs, site géré collectivement par ces organisations. Bilan et perspectives de la coopération Camari / Andines.

Direction Colombie

Dés mon arrivée à Bogotà, les rendez-vous se succèdent : C’est Pastor, de Despertar, qui vient me chercher à l’aéroport de Bogotà. Despertar est une association populaire spécialisée dans la formation et l’organisation économique et politique. Despertar Vegueno a joué un grand rôle depuis une vingtaine d’années dans la naissance de nombreuses organisations de base, au niveau des agriculteurs, mais aussi de la distribution solidaire de produits et de services. Nos collaborations antérieures nous encouragent à intensifier notre coopération sur tous les plans et à l’échelle internationale .
Nous sommes rejoints plus tard par Cristina, Ida et Alvaro. Ce dernier est le gérant d’Interexpress, entreprise solidaire et partenaire principal d’Andines en Colombie depuis 1987. Nous établissons tout un programme de visites et de réunions avec différents partenaires dans le pays.

ONU
Rencontre avec Thierry R., fonctionnaire à Bogotà des services de l’ONU dont l’action est le soutien des productions alternatives aux cultures illicites (coca, pavo).

Prodicom (corporacion para la produccion y la distribucion comunitaria)
C’est une « entreprise alternative » fondée sur des moyens économiques et sociaux collectifs et autogérés. Café, restaurant et magasin. Email : prodicom@007mundo.com

La « féria artesanal »
Rencontre sur la « foire de l’artisanat » avec des artisans partenaires d’Andines ou futurs partenaires (voir fiches Andines AVR et AKB).

La coopérative Cafexcoop (Valle del Cauca)
A Sévilla, à deux heures de Cali, la capitale de la salsa colombienne ! CAFEXCOOP est la coopérative qui torréfie et met en paquet le nouveau café « El Futuro » pour Andines. C’est une première, en cours d’expérimentation. L’objectif est de laisser le maximum de la plus value d’un produit dans le pays producteur (35% du prix détail final et non plus 15% en ce qui concerne le café Soberano). Cela permet aussi aux producteurs de distribuer directement leurs différents cafés en priorité sur le marché colombien.

La coopérative COSURCA (Café)
Cette coopérative vit depuis deux ans un véritablement bouleversement, après plusieurs années de mauvaise gestion (opacité sur tous les plans, corruption).
Les choix stratégiques actuels de COSURCA, de son nouveau Conseil d’Administration et de son nouveau gérant, sont délicats car la ligne directrice est très clairement l’autonomie, la démocratie directe et la transparence (tant par rapport aux membres de la coopérative, car ce sont eux qui doivent la diriger, qu’à l’extérieur) : cela implique la lutte contre le suivisme et dirigisme, le refus de toute corruption, de tout clientélisme et privilèges.
Ces choix engendrent des mécontentements, des menaces graves, notamment de la part de l’ancien gérant et de ses amis (et qui ont détournés des sommes importantes, bien que déjà à cette époque, COSURCA était une « coopérative agréée » par FLO international…). CA : 500 millions de pesos colombiens = 147 000 Euros. Plus de mille membres. Production de 400 tonnes de café ( bio, ou de types « excelso » et « consumo » ).
Maintenant, après 31 Assemblées locales de travail, tout a été mis sur la table et éclairci. Les nouvelles bases de fonctionnement (politique et économique) sont en place. J’en témoigne ici personnellement car j’ai suivi cette transformation en permanence depuis trois ans (3 voyages).
On discute beaucoup de la question de la « garantie » car le « comercio justo » (commerce équitable) risque de devenir ici aussi une idéologie imposée par une minorité….

Voyage au Municipio (Canton) de la Vega, au Sud du Cauca

Vereda d’Arbela (municipio de la Vega)
Réunion avec les personnes de l’association d’agriculteurs (7 membres lors de mon dernier passage en 2002, 32 aujourd’hui !). Tous ici aussi ont pu avoir dans les mains le paquet du café SOBERANO distribué en France, quelle fierté et quel plaisir partagé ! J’ai expliqué ce qu’est la coopérative Andines, son équipe, son travail et sa conception de ce que l’on appelle ici le « comercio justo » (l’équité pour tous, qui se concrétise par des réseaux où nous travaillons ensemble à égalité, de manière fraternelle et transparente, et non pas une démarche autoritaire et paternaliste). J’ai aussi répondu aux nombreuses questions sur les modes, prix et lieux de distribution en Europe (France principalement, mais aussi Suisse (Magasins du Monde), Italie (Commercio Alternativo) et Espagne (Sodepau). Nous avons ensuite parlé longuement de la situation d’ici, qui s’améliore peu à peu, bien que fort dépendante de la « guerre » (armée , guérillas, paramilitaires, narcotraficants, banditisme).
Les gens , hommes et femmes, ont ensuite chacun à leur tour chaudement remercié Andines pour sa collaboration. Je les ai moi-même remercié à au nom d’Andines et de sa gérante, Véronique Lacomme, car nous aussi vivons de leur production en assumant notre travail de distributeur. Ils m’ont aussi fait part de leur grande joie de voir que tout fonctionnait de manière fraternelle et transparente, et de leurs souhaits d’élargir l’exportation à d’autres produits, en particulier la « panela » (sucre roux) et des objets artisanaux (élaborés par des groupes de femmes). Nous décidons de travailler ces perspectives dés maintenant et nous parlons production, intégration à l’économie locale, recherche d’autonomie, souveraineté alimentaire, commercialisation en Colombie et à l’export (sans créer de dépendance), prix, marges, ensachage sur place, modes et lieux prioritaires de distribution, etc.
Cela me permet d’expliquer les différents modes de distribution des produits en général en Europe : 90% par la « grande distribution » en France (Carrefour est présent en Colombie avec une Vingtaine d’hyper-marchés réservés aux classes riches et moyennes avides de ce « progrés » que représenteraient ces grands temples de la (sur) consommation !).
Dans nos rencontres ici, j’exprime nos ébauches d’analyses à ce sujet et notre combat pour une distribution la plus équitable possible, tout simplement humaine, au travers de réseaux directs ou des magasins de proximité où les gens se rencontrent, des catalogues, syndicats, comités d’entreprises ou associations de consommateurs…la nécessité de combattre ensemble pour se réapproprier notre propre vie économique (production /distribution) dont on nous dépossède de plus en plus. Notre sort, et celui de nos enfants et des générations futures, est-il d’être des citoyens à part entière ou de devenir des « producteurs / consommateurs » obéissant aux seules incantations publicitaires inventées par une poignée de transnationales ? La liberté individuelle serait-elle devenue ringarde, une « tendance » archaïque ?
La discussion a duré 3 heures et nous nous sommes quittés à 9 heures du soir, car avec Tonio nous devions dormir chez un membre d ’Asprovega, une autre association de producteurs située dans une autre Véreda (commune), à 2 heures de camionnette… Là aussi j’ai été très heureux de constater que l’organisation s’est considérablement améliorée. Lors de ma première visite, en Décembre 2000, des membres de cette association m’avaient informés en catimini qu’ils ne recevaient aucune information de Cosurca, leur propre coopérative !, et que la direction de leur propre association était aussi corrompue que les dirigeants de la coopérative. Une partie des fonds provenant des ventes du café ou de l’Etat (pour l’auto construction des écoles et autres postes de santé) disparaissait dans les poches de quelques uns…La situation était grave et le défi tout aussi important, car ici il arrive que ceux qui veulent simplement un peu plus de justice soit simplement assassinés.
En 2002/2003, lors de la refondation démocratique de la coopérative, grâce à son nouveau Conseil d’Administration (élu par la base) et à son nouveau Gérant, il a fallu plusieurs mois pour reconstituer une véritable équipe de confiance, et une véritable comptabilité, contrôlée par les pouvoirs publics, et déterminer les sommes détournées…. Je témoigne ici de ce retour à un véritable fonctionnement démocratique tant des associations locales que de la coopérative Cosurca toute entière (à Popayan, siège de la coopérative, on me donnera un document de 200 pages de rapports et comptes, et de biens d’autres éléments que j’ai pu vérifier par moi-même !).

Vereda d’El Palmar (municipio de la Vega)
Réunions avec les membres de l’association d’agriculteurs xxx et la population (100 personnes) sur la place du village + chocolat + Bal Tous ici aussi ont pu avoir dans les mains le paquet du café SOBERANO distribué en France, quelle fierté et quel plaisir partagé ! J’ai expliqué ce qu’est la coopérative Andines, son équipe, son travail et sa conception de ce que l’on appelle ici le « commercio justo » (l’équité pour tous, qui se concrétise par des réseaux où nous travaillons ensemble à égalité, de manière fraternelle et transparente, et non pas une démarche paternaliste). J’ai aussi répondu aux nombreuses questions sur les modes, prix et lieux de distribution en Europe (France principalement, mais aussi Suisse (Magasins du Monde), Italie (Commercio Alternativo) et Espagne (Sodepau)

Vereda de la Loja
Grâce à Villa, un agriculteur convaincu qu’il faut « changer les choses », membre d’un « collectifdeproduction », nous allons participer toute une matinée au processus de fabrication de la « panela » (sucre roux) : broyage de la canne à sucre (moulin actionné par un cheval), évaporation par chauffage et à la transformation en poudre. Un grand savoir-faire. Un sucre de grande qualité. Tout a été filmé…

Perspectives de collaboration entre COSURCA et Andines
Il est tout d’abord décidé d’un soutien mutuel systématisé et d’une réflexion commune permanente.
COSURCA demande aussi à Andines de participer au montage et au capital d’une nouvelle entreprise pour l’exportation directe des produits cultivés ou élaborés par des producteurs colombiens. Cosurca décide aussi d’aider Andines à se mettre en réseau international avec ses autres clients et contacts : en Europe, au Japon et aux USA. Des rencontres aux USA et en Europe sont envisagées durant l’année 2004.
Nouveaux produits d’exportation : Cosurca exporte 50 % de sa production de café, le reste étant vendu en Colombie. L’achat du café par Andines ne représente pour l’instant que 5% de la production globale.
Nous décidons d’élargir dans la mesure du possible la gamme des produits proposés à l’exportation par les associations de producteurs. Cette action pourrait permettre également de participer au recul du « front de la coca » qui, en ce moment en Colombie, est loin de reculer : étant donnés les prix très bas des produits agricoles payés aux paysans colombiens, de plus en plus de ceux-ci se remettent à la culture de la coca. 150 familles membres de COSURCA (sur les mille actuelles) ont dû démissionner ou être expulsés de ce fait de la coopérative en 2003 puisque rompant avec leur promesse de ne plus cultiver cette « culture illicite ». Fort heureusement un nombre plus grand d’autres familles ont décider d’adhérer à ce principe et à la coopérative.
Le kilo de feuilles de coca cueillies et séchées (matière première de la cocaïne) est payé à l’agriculteur 1 euros. La production peut être en moyenne de 600 kg à l’hectare et il y a 4 récolte par an. Le gain pour un ha est donc de 1 X 400 X 4 = 16 00 euros. Si l’on soustrait les coûts (60%), le bénéfice net s’élève à 640 euros, c’est à dire 2 à 4 fois plus que le bénéfice réalisé sur les autres produits (café, sucre, bananes, légumes, céréales). On peut ici mesurer la motivation et l’engagement socio-politiques des agriculteurs membres de COSURCA et les risques qu’ils prennent dans des régions où les trafiquants font la loi…
Il est difficile de s’imaginer en Europe ou aux Etats Unis de telles situations précaires, sources de grandes violences, et c’est pourtant là-bas, dans ces pays « riches », que se font 85% des bénéfices sur les ventes des produits illicites appelés « drogue » (cocaïne, héroïne, et autres alcaloïdes) ! Ces bénéfices, en millions de dollars, qui en disent long sur la corruption dans les « pays développés » (quel développement !) et donneurs de leçons, sont récupérés par quelques familles qui ré-investissent dans les secteurs les plus « porteurs », c’est-à-dire les banques , les assurances et autres transnationales…Décidément , l’argent appelle l’argent et les travailleurs sont dans des situations de plus en plus alléatoires et excluantes.
Nous avons donc construits de nouveaux projets Cosurca / Andines, avec l’appui de Despertar Vegueno et d ’autres organisations connues en Colombie pour leur honnêteté et leur engagement.
Il est décidé que chacune de ce futures gammes de produits feront l’objet d’un document collectif (Cosurca, Despertar, Andines) comme nous l’avions fait pour le café SOBERANO, ceci afin d’avoir une politique générale commune et claire, et des stratégies cohérentes de production/ distribution : démarche équitable alternative, priorité à l’autonomie locale et régionale, à la souveraineté alimentaire, à l’agrobiologie, pas d’exportation de produits cultivés dans les pays importateurs, dialogue et transparence, régulation / planification, formalisations de réseaux, information mutuelle au sujet de nouvelles demandes de coopérations (ex : coordination en Europe des importations afin d’éviter des travaux ou concurrences inutiles) ,etc.

Retour à Bogotá, puis en France

Pour en savoir plus : Andines Scop, 6 rue Arnold Géraux, , F - 93450 l’Ile-Saint-Denis, France - Tel : 01 48 20 48 60 – andines@nnx.com - www.andines.com

P.-S.

Michel Besson, Andines - Bogotà, Colombie, 24 décembre 2003

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