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Malgaches en mouvement ?

dimanche 29 février 2004, par Anne Sophie Faullimmel

Lantosoa Andrianjafitrimo est professeur de malgache à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris. Docteur en études africaines (INALCO, Paris), elle vient de publier aux éditions Karthala la thèse qu’elle a soutenue en 1991 sur la femme malgache en Imerina. Nous l’avons rencontrée à cette occasion.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à écrire un livre [1] sur la femme malgache ?
Dans la première moitié du XXe siècle, les féministes américaines ont commencé à se battre pour démontrer que la place qui était donnée aux femmes en Occident n’était pas fonction des compétences qu’elles pouvaient montrer, mais plutôt du rôle que leur laissaient les hommes.
Depuis quelques années en Europe et surtout en France, on envisage au niveau politique et parlementaire de créer une parité entre l’homme et la femme, proposition nullement admise par certains groupes politiques à ce jour, tant la femme a été enfermée pendant des siècles dans un rôle bien défini.
La Conférence mondiale sur la femme de 1995 (Pékin), à laquelle ont participé des délégations de toutes les nations, est un bel exemple de la prise de conscience mondiale du nouveau rôle que doit tenir la femme, en relation plus équilibrée avec l’homme.
J’ai décidé de faire cette recherche pour voir ce qu’il en est de la femme malgache, quelle position elle a adoptée, ce qu’elle est devenue aujourd’hui et en quoi elle a changé ; selon quel souhait, quel désir, ou en réponse à quelle nécessité. Toutes les femmes en Imerina empruntent-elles les mêmes chemins selon le milieu dont elles sont issues et selon l’approche culturelle et les moyens intellectuels qui sous-tendent leur pensée ?

Vous avez interrogé des femmes en Imerina uniquement, pourquoi ?
Le champ de mon travail a été limité à l’Imerina, région autour d’Antananarivo, la capitale malgache, car les Hautes-Terres sont un territoire touché depuis longtemps par la culture occidentale. Les pasteurs norvégiens puis britanniques y ont introduit le christianisme il y a bientôt deux siècles. Par ailleurs, c’est un lieu où se rencontrent des femmes de différents groupes ethniques malgaches, du fait que la capitale draine vers elle toutes les populations de l’île.

Qu’avez-vous donc pu dégager de cette étude ?
Après avoir fait une recherche mythologique et historique, après une enquête sociologique et une analyse anthropologique, j’ai remarqué que les femmes malgaches semblaient évoluer selon un double projet. Leur première intention est de conserver les fondements identitaires même si ceux-ci présentent des caractères d’affaiblissement au niveau du rituel dus aux problèmes géographiques et surtout économiques. Leur deuxième objectif est la volonté farouche de réaliser pour leur propre famille et selon leurs propres moyens une avancée économique. Elles ne se contentent plus de leurs rôles de bonnes mères et de bonnes épouses, ou plutôt considèrent que pour atteindre ce but il leur faut réaliser ces avancées.

D’où vient cette comparaison intéressante que vous établissez entre les femmes en Imerina et les femmes japonaises ? A l’issue de mes entretiens, je me suis rendue compte qu’une étude comparative entre la femme en Imerina et les femmes japonaises était envisageable. En effet, un bon nombre de mes informatrices ont évoqué des ressemblances avec les femmes japonaises. Par ailleurs, les chercheurs malgaches avaient déjà abordé cette comparaison qu’ils faisaient reposer sur des données géographiques (insularité), mais aussi sur des ressemblances au niveau des gouvernements au XIXe siècle. Il est aussi possible que cette volonté d’établir des parallèles entre les deux nations ait indiqué l’expression d’un désir de ressembler à une nation asiatique qui était sortie du Moyen-Age tout en conservant son authenticité : garder ses racines ou y revenir (mitady ny very : " rechercher ce qui est perdu ") tout en se développant sur le plan économique selon l’exemple occidental. Les femmes constituent à Madagascar un bon exemple de cette volonté.

En tant que femme malgache expatriée, vous êtes-vous reconnue dans certaines femmes que vous avez interrogées ou vous sentez-vous différentes d’elles ?
Je suis en France depuis plus de dix ans en effet. Ceci étant, si, de par ma propre nature, je sens bien que je me distingue de certaines d’entre elles, il ne fait pas de doute que j’appartiens à la même culture, ne serait-ce que par la langue qui est toujours pour moi ma langue maternelle. Il va de soi que, sans rejeter toutes les pratiques malgaches, je n’adhère pas systématiquement à chacune, mais c’est le cas de chacun dans sa propre culture. On connaît tous d’« authentiques Français » qui se distinguent des autres, tout aussi authentiques, dans leurs pratiques culturelles ou religieuses.

P.-S.

Propos recueillis par Anne Sophie Faullimmel - février 2004

Notes

[1] Lantosoa Andrianjafitrimo : La femme malgache en Imerina au début du XXIè siècle, Paris, Karthala, 2003, 477 p.
Vous pouvez vous procurer ce livre aux Editions Karthala, 22-24, Boulevard Arago à Paris ou le commander directement sur internet : www.karthala.com.

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