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Les groupes féministes élaborent des stratégies d’organisation

vendredi 30 janvier 2004, par Dominique Foufelle

On a trouvé plus de questions que de réponses ! Cependant, les participant(e)s de la dernière session du Dialogue féministe intitulée "Au-delà de la division local/mondial : résistances face à la géopolitique actuelle" ne semblaient pas s’en inquiéter. En réalité, elles ont souligné qu’il était nécessaire de se poser des questions cruciales en même temps que le mouvement des femmes examinait les différentes facettes de l’organisation féministe.

Les participant(e)s à cette session ont analysé la façon dont l’organisation féministe est actuellement façonnée et mise sous pression par les forces économiques, politiques, et culturelles mondiales, et particulièrement la mondialisation. Elles ont aussi identifié des stratégies pour bâtir le mouvement à différents niveaux. Une telle stratégie sert à s’assurer que les orientations féministes soient bien entendues et discutées par les autres acteurs de la société civile, tels que les syndicats, les organisations paysannes et les mouvements de la jeunesse.
Par exemple, pendant le Forum Social Mondial, il a été proposé que les féministes ne devaient pas uniquement assister aux manifestations sur les femmes. Au contraire, elles doivent participer aussi aux évènements organisés par d’autres organisations de la société civile comme les syndicats, les mouvements de la jeunesse et les organisations paysannes. Il a également été suggéré de ne plus organiser le Forum Social Mondial chaque année, mais tous les quatre ans et permettre ainsi, entre chaque forum, de s’organiser et se consolider localement, comme c’est déjà le cas des organisations de femmes.

Parlons argent


A également été soulevée la question des sources de financements. Quelques participant(e)s ont souligné que les financements ou les stratégies développées par rapport aux sources de financements ont causé beaucoup de tensions au sein des groupes de femmes. Autres questions soulevées : comment les groupes des femmes militantes peuvent-ils maintenir leur indépendance politique en recevant des financements et en s’engageant avec des institutions dominantes ? Quel succès ces groupes ont-ils obtenu en ayant accès à ces fonds tout en maintenant leur propre politique ou perspectives de travail ? Quelles sont nos stratégies pour répondre aux questions et dilemmes relatifs aux financements des organisations internationales comme la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, les banques de développement régional, et les Nations Unies, dont nous critiquons vivement le travail, les systèmes et les structures ? Sous quelles conditions pouvons-nous accepter de négocier avec le secteur privé mondial et les sociétés transnationales comme Body Shop, Nike, et CISCO, qui offrent des financements ou autres formes de soutien aux ONG ?

Mettre nos priorités sur le devant de la scène


Au cours de cette rencontre, les organisatrices des Dialogues Féministes ont rencontré les membres du Réseau des Femmes dans les Médias, Inde, pour expliquer la participation d’organisations féministes dans les processus de FSM. Josefa " Gigi " Francisco de DAWN a retracé son histoire au deuxième FSM à Porto Alegre en 2002, où les femmes qui assistaient au Forum avaient organisé un "rassemblement choc" (un rassemblement organisé à la hâte par un petit groupe de contestataires) pour attirer l’attention sur la Règle du Baillon Mondial (Global Gag Rule). Ce rassemblement choc a soulevé en priorité la question de l’avortement, que beaucoup de membres (principalement des hommes) du Comité d’Organisation du FSM n’ont pas considérée comme une priorité.
Le Global Gag Rule est un règlement qui impose des restrictions aux financements américains aux programmes internationaux de planification familiale, interdisant aux organisations non gouvernementales étrangères de recevoir ces financements si, quant bien même sur leurs fonds propres et en conformité avec lois de leurs pays, elles "pratiquent" ou "promeuvent activement l’avortement comme méthode de planification familiale".Il avait été créé par l’ancien Président américain Ronald Reagan en 1984. En 1993, le Président Bill Clinton a adopté un règlement exécutif y mettant fin. Cependant, le Président George W. Bush a rétabli ces restrictions à tous les programmes américains pour le développement international (USAID) le premier jour de son investiture le 22 janvier 2001.
Cette initiative pendant le FSM 2002 a inspiré beaucoup d’autres lobbys de femmes pour ajouter d’autres sujets relatifs aux femmes dans le champs de travail du FSM. Comme il apparaît dans le nombre d’évènements féminins ou féministes pendant le FSM cette année, ainsi que dans la grande variété des sujets traités, les orientations féministes sont clairement reconnues au sein des mouvements sociaux en général.

P.-S.

Mavic Cabrera-Balleza - ’Feminist Dialogues’ - 16 janvier 2004
Traduction : Rachida Toudert

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