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Deux jours de Dialogue Féministe

samedi 31 janvier 2004, par Dominique Foufelle

Les mouvements internationaux des femmes font face à de sérieuses questions et cet espace de dialogue précédant le Forum Social Mondial était important. Important, non seulement pour définir une stratégie pour mieux se faire entendre lors du forum les jours qui suivirent, mais aussi pour discuter entre nous des questions les plus urgentes et des stratégies que nous devons adopter pour résister à toute régression de la situation des femmes, surtout à une époque où nous vivons dans un environnement international plus qu’hostile.

Plus de 200 féministes à travers le monde ont participé au regroupement féministe pendant les deux jours qui ont précédé l’ouverture du Forum Social Mondial à Mumbai. Bien que la majorité des participantes représentaient différentes parties du mouvement indien des femmes, plusieurs féministes venues d’autres pays étaient présentes.
Les organisations ayant préparé le Forum avaient choisi de structurer la rencontre autour de thèmes pré-définis, dont les Droits des femmes, les Droits à la reproduction, les Droits sexuels, et Au-delà de la division mondial/local. Cette forme d’organisation a permis aux participantes de mieux s’informer sur différentes perspectives et questions présentes dans les orientations politiques du mouvement des femmes, tout en créant des ponts entre les deux. En revanche, il a été difficile selon certaines militantes d’intégrer leurs activités et actions dans les discussions pré-définies (et parfois légèrement scolaires). Le fait que les questions économiques n’ont pas du tout été intégrées dans le programme des deux jours, a également été source de questionnement.

Explorer les forces et les Limites d’une approche fondée sur les Droits humains


Le dialogue féministe a tenu compte d’une discussion critique sur l’utilité du cadre des Droits des Femmes. Bien que toutes admettaient l’importance de l’intégration des droits des femmes dans le cadre des droits humains, qui a mené à la reconnaissance de leur caractère non-négociable, des militantes du monde entier ont aussi témoigné de la difficulté de faire de réels progrès à l’aide de cette approche basée sur les droits. Beaucoup de questions relatives au problème de négociation entre les droits collectifs et les droits individuels ont également été soulevées, par exemple la question de la prostitution, ou l’avortement sélectif selon le sexe de l’enfant.
Dans ce contexte, et même plus généralement, la prédominance du choix individualiste discours/paradigme a été vivement critiquée, laquelle entrave souvent les processus collectifs et les actions, y compris au sein du mouvement des femmes.

Fondamentalisme sous différentes formes ?


Le concept de fondamentalisme a été avancé à plusieurs reprises lors du dialogue féministe - en référence au fondamentalisme économique, religieux, nationaliste et militaire, etc. A l’évidence, beaucoup de femmes sentent que le mot décrit bien la dynamique et les logiques des forces politiques auxquelles les féministes sont confrontées à travers le monde.
Cependant, toutes les forces présentes n’étaient pas d’accord pour maintenir ce concept sous cette forme indéfinie, voire de slogan ; elles ont insisté pour que ce concept de fondamentalisme doive être utilisé pour marquer l’opposition à "l’utilisation politique de la religion, de l’appartenance ethnique et de la culture", et que nous devrions tous être attentifs à ne pas affaiblir notre analyse et nos actions en brouillant notre discours dans ce contexte.

De la fragmentation à la recherche d’un terrain d’action commun


Le dialogue féministe, parallèlement au mouvement des femmes, a permis d’avancer de stratégies fragmentées et parfois dispersées, vers une recherche d’un terrain d’action commun. L’enthousiasme exprimé à la fermeture de la session en a été le parfait exemple, ainsi que la ferme volonté de continuer les discussions.
Cependant, plusieurs militantes, surtout du sud, ont réaffirmé qu’elles souhaitaient que ce processus soit solidement fondé sur l’action effective et l’analyse, aussi (ou pourquoi pas surtout ?) quand il est lié au Nord. L’action mondiale des féministes exige aussi un engagement pratique aux niveaux local et national de ces mêmes acteurs/actrices, afin de s’assurer que les orientations stratégiques mondiales ne flottent pas librement dans une espace incertain !

P.-S.

Malin Björk – 17 janvier 2004
Traduction : Rachida Toudert

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