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La dette écologique sera promue par l’ENRED

samedi 31 janvier 2004, par Dominique Foufelle

Le "Réseau européen pour la reconnaissance de la dette écologique" (ENRED) est né le 13 novembre 2003 à Bobigny. C’était l’objectif de la rencontre qui a réuni, dans le cadre du FSE, des organisations comme Observatorio de la deuda en la globalizacion (Espagne), Jubilee-South Asia-Pacific (Inde), Legambiente (Italie), Oil Watch (Equateur-Pérou), A-Sud (Italie), Réseau Sortir du nucléaire (France), FoeScotland (Grande-Bretagne), Accion ecologica (Equateur), CADTM (France), Université autonome de Barcelone (Espagne), les Amis de la Terre (France).

Un tel réseau est susceptible de fédérer de nombreuses organisations dont l’action concerne les relations Nord/Sud, la dette extérieure des pays du tiers-monde, la protection de l’environnement, le rôle des multinationales ou encore le rôle des institutions financières internationales, ce qui devrait permettre de diffuser largement le concept de dette écologique. Depuis 2000, des campagnes Jubilé 2000 et Jubilé Sud contre la dette extérieure (due par les pays du Sud aux créanciers du Nord) ont défendu vigoureusement la revendication de la dette écologique, due par les pays riches du Nord aux pays appauvris du Sud.
De nombreuses questions se posent concernant les objectifs que doit poursuivre le réseau. S’agira-t-il d’un réseau d’information ? Aura-t-il simplement une fonction "pédagogique" ? Se contentera-t-il de se focaliser sur certaines composantes de la dette écologique ou bien servira-t-il à conduire une campagne de mobilisation ? Outre la reconnaissance de la dette écologique par les institutions internationales et les gouvernements, le réseau aura aussi pour but de réclamer la restitution de la dette écologique et sa prévention. Objectif tactique : il sera l’allié du SPEDCA (Alliance des peuples créanciers du Sud de la dette écologique) qui, au Sud, réunit toutes les organisations qui demandent la reconnaissance de la dette écologique et qui appelle de ses vœux la création en Europe (mais aussi en Afrique) d’un réseau pour soutenir son action. Des membres du SPEDCA présents à la rencontre de Bobigny (Accion ecologica, Jubilee South) annoncent qu’ils vont préparer un texte de référence pour qu’il soit discuté lors du prochain FSM. D’autre part, l’association Vodo a le projet d’organiser à Bruxelles un Tribunal de la dette écologique. La Fondation Charles Léopold Mayer a fait savoir qu’elle est prête à aider une campagne sur la dette écologique. Une prochaine réunion se tiendra à Barcelone en avril prochain pour constituer officiellement le réseau.

La dette écologique, c’est quoi ?


La dette écologique du Nord envers le Sud s’ajoute aux dettes historiques dues aux siècles de colonisation et d’exploitation. Elle est difficilement quantifiable. Comment évaluer par exemple le pillage des ressources naturelles depuis le XVIe siècle ou encore le coût de la catastrophe de Bhopal (22 000 victimes) survenue en 1984 avec l’explosion d’une usine de Union Carbide en Inde ? Pourtant, étant donné que la dette extérieure des pays du Sud est évaluée en termes monétaires, il est important d’essayer d’évaluer les dommages environnementaux et sociaux causés par les multinationales (par exemple les contaminations dues aux extractions minières et pétrolières que subissent les populations locales) ou la pollution de l’air (effet de serre) et de la mer (rejets, marées noires, etc.), résultant de la surconsommation des pays du Nord. Et ce d’autant que la dette écologique est de beaucoup supérieure à la dette financière du Sud envers le Nord.
Si les atteintes à l’environnement sont aujourd’hui reconnues, il n’est pas encore admis que la crise écologique est indissociable du système économique actuel.
La dette écologique, qui a pour origine l’ère coloniale, n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités. Selon Joàn Martinez Alier de l’Université autonome de Barcelone, elle prend essentiellement quatre formes :
- La "dette du carbone" découlant de la pollution atmosphérique et de l’effet de serre résultant des émissions de gaz par les pays industriels. Le changement climatique et ses innombrables conséquences à venir sur les pays du Sud occupent une place importante dans la dette écologique.
- La biopiraterie qui a permis l’appropriation des savoirs ancestraux notamment sur les semences et l’utilisation des plantes médicinales (ex : l’arbre Neem en Inde) par l’agro-industrie et les firmes pharmaceutiques qui aujourd’hui perçoivent des royalties sur ces connaissances à travers le système des brevets.
- Les "passifs environnementaux" : c’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles des pays du Sud : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines, génétiques. Les dégâts commis par Texaco au cours des 25 dernières années d’exploitation pétrolière en Amazonie équatorienne à l’encontre des peuples indigènes sont un exemple emblématique de la dette écologique due à l’Equateur. Elle est évaluée à 709 milliards de dollars, 51 fois la dette extérieure financière de ce pays !
- L’exportation vers les pays pauvres de déchets dangereux (industriels, nucléaires) produits dans les pays riches. Les anciens bateaux de guerre américains ou français, bourrés d’amiante et d’autres métaux dangereux dirigés vers des pays du Sud (Inde notamment) en sont d’éloquents exemples, tout comme les déchets toxiques exportés vers la Russie, nouvelle poubelle de l’Europe.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables


L’obligation de rembourser leur dette extérieure oblige les pays à accroître excessivement leurs exportations souvent au détriment de l’environnement. Si le paiement de la dette extérieure est exigé avec insistance (FMI, Club de Paris, etc.), la dette écologique n’est toujours pas reconnue. D’où la légitimité de la campagne initiée par la SPEDCA pour exiger la reconnaissance de la dette écologique par les pays du Nord sous la forme d’une interpellation : "Qui doit à qui ?".
Il est temps de "calculer et de payer" car la reconnaissance de la dette écologique devra être suivie par des réparations et il va falloir organiser sa prévention, demande Vinod Raina de Jubilee South. La question n’est pas seulement financière, mais éthique et politique, et engage l’avenir des pays du Sud.

Paru dans le Bulletin du CADTM France de janvier 2004
Contact : france@cadtm.org

P.-S.

Sylvie Bourinet – janvier 2004

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