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La dernière séance

jeudi 22 janvier 2004, par Laurence

Mercredi 21 janvier, le forum social mondial a quitté l’immensité des terrains de Nesco au nord de Mumbaï pour faire entendre sa voix dans le centre-ville. Après une manifestation calme et discrète, c’est en dansant que les militant(e)s venu(e)s de tous les continents se sont enfin mélangé(e)s. En cinq jours, ce quatrième FSM a fait s’entrechoquer plusieurs mondes. Il les a fait aussi se rencontrer.

Après cinq jours de débats, d’échanges et de manifestations spontanées dans un parc d’exposition qui n’a peut-être jamais connu autant de visites, le forum social mondial a vu sa fin. Vers midi, si le rendez-vous était précis, les participant-es se faisaient attendre. La manifestation de clôture dont nous attendions tant s’est faite en petit nombre (environ 30 000 personnes), rapidement (un peu bousculée par les policiers soucieux de la circulation) et dans un calme presque ennuyeux. Les Indiens(e)s nous avaient habituées à des démonstrations plus festives… Pourtant, les chants étaient dans toutes les langues, les pancartes et revendications dans tous les styles. Le Jubilé du Sud, les Mères de la Place de Mai, défilaient après des collectifs coréens en lutte contre Coca-Cola ; les Français du CCFD suivaient des pancartes écologistes. Derrière eux un groupe peut-être indonésien réclamait l’homosexualité, la liberté et le respect. Pas de langue ni de cause particulière commune, mais une même volonté : construire un autre monde est urgent.
La journée a continué au parc Azad Maidan, où des groupes de musique pakistanais et indiens ont précédé les traditionnels discours de clôture appelant à plus de justice, paix et liberté. Blanca Chancoso de l’Equateur a été accompagnée par des personnalités de la région ; Inde, Pakistan, Vietnam aux micros.

Gilberto Gil en guest-star

Mais le discours qui a produit l’unique ovation de la soirée est celui du premier musicien invité : Gilberto Gil. La présence du ministre de la Culture brésilien est plus que symbolique. Cet icône de la musique du pays où ce processus est né a rappelé dans ses mots et ses chansons l’historique de quatre ans d’articulation internationale. Quelques chansons en langues diverses pour transmettre le même message : imaginer un monde sans frontière ni religion est difficile, mais nous ne sommes pas les seules à le rêver. Enfin, Indian Ocean, groupe de jazz moderne indien a produit un miracle que les ateliers et plénières avaient eu du mal à faire : mélanger nationalités, couleurs et langues. Un Indien danse avec une occidentale, un Africain avec une Japonaise, des Asiatiques du sud avec des locaux.
Cette dernière journée avait quand même un goût un peu tiède. Alors que tout au long du forum, les femmes étaient si nombreuses, elles étaient comme absentes de cette dernière soirée. Restent les cinq premiers jours et ses 145 plénières, séminaires et ateliers consacrés de près ou de loin au féminin, ces stands nombreux de coopératives de femmes venues, souvent de loin présenter leur production, ces militantes, dalits, syndicalistes, artisanes, croisées en si grand nombre.

Luttes de femmes

En venant en Inde, c’est à un autre monde que l’on s’est confronté. Un monde d’extrêmes, où se côtoient dans la même mégapole, les hôtels de luxe et les bidonvilles, les sièges de société, et des cortèges de mendiants. Un monde capable aussi de se mobiliser : 150 000 personnes ont rejoint ce forum, dont 75% d’Indiens(e)s. Tout au long de cette rencontre, nous avons essayé de comprendre leur vie et leurs luttes. Et d’en rendre compte. Et cela n’a pas été facile.
Nous avons rencontré de nombreuses Indiennes mobilisées pour qu’un autre monde soit possible. Un monde sans avortement sélectif, sans scolarisation aléatoire pour les petites filles, sans système de dot, sans violence domestique, sans mariage arrangé, sans castes irréversibles. Bref, un monde sans oppression des femmes. Reste à voir si le mouvement altermondialiste pourra s’approprier ces luttes locales, qui ne l’ont pas attendu pour se construire, afin de renforcer un processus qui se rêve global.

P.-S.

Joséfina Gamboa et Karine Portrait - 22 janvier 2004

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