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Le forum est au peuple

jeudi 22 janvier 2004, par Laurence

Plus qu’à Porto Alegre, ce forum social de Mumbai aura réuni pendant ces six jours les plus exclus des travailleurs, les pauvres parmi les pauvres, les plus touchés par la mondialisation libérale. Et c’est déjà une belle bataille de gagnée.

Humble. On ne peut que rester humble face à ce 4e Forum social mondial qui se clôt à Bombay. Certains critiqueront la « faiblesse » - selon eux - des débats. D’autres, parfois les mêmes, se plaindront des gros problèmes de traduction. D’autres encore pesteront contre le temps perdu dans les transports. Mais, pour la première fois, un forum social mondial réunit une majorité de personnes qui sont en première ligne face au rouleau compresseur libéral, et de ses corollaires : les nationalismes et les fondamentalismes. Des communautés de pêcheurs de l’Orissa dont la survie est menacée par la pêche industrielle ; des paysans musulmans du Gujarat victimes de la terreur fondamentaliste hindou ; des vendeurs de rue de Bombay, Calcutta ou Delhi, ultra précarisés ; des dalits (les « écrasés ») prisonniers du système de castes, certes affaibli mais pas aboli. Et des femmes, peut-être même une majorité de femmes.

Un record de participation populaire

Imaginez un forum social européen majoritairement composé de chômeurs, de jeunes précaires, de sans papier, d’ouvriers, d’employés, de femmes des cités ou des zones rurales… Bref, constitués en priorité par ceux et celles qui ont besoin que le monde change, rapidement. Des gens qui ne sont pas salariés pour réfléchir à un autre monde. Des gens qui auront de moins en moins de choses à perdre. Peut-être l’individualisme, l’abrutissement consumériste, le perpétuel recours à un Etat, autrefois providence aujourd’hui déficient, ont trop imprégné une Europe qui a bâti ses richesses industrielle et sociale en colonisant l’autre partie de la planète. Porto Alegre se rapproche de Bombay grâce à la puissance des mouvements sociaux brésiliens, mouvement des sans terres et syndicats. Mais l’Inde bat tous les records. Et ceci est valable pour l’ensemble des « familles » qui participent au processus de construction d’un autre monde : des mouvements populaires à l’économie solidaire, des syndicats aux ONG.

Il ne s’agit pas de sombrer dans un populisme à la sauce altermondialiste. Bien sûr, le mouvement des mouvements a plus que jamais besoin de spécialistes, de chercheurs, de professionnels, capables de sensibiliser, de former, et de proposer des solutions techniques mais concrètes aux problèmes d’alimentation, d’éducation, de santé, d’environnement, d’habitat, d’économie alternative… Pour aider ceux dont les lendemains déchantent à ne pas s’enfermer dans une survie au jour le jour mais, petit à petit, à réfléchir sur le long terme. Sur ce sujet, nous, Européens, avons d’ailleurs peu de leçons à donner vu l’incapacité de nos partis politiques, voire de certaines composantes du mouvement, à penser au-delà de la prochaine échéance électorale ou des stricts intérêts matériels des corporations. Bien évidemment la préparation du forum de Bombay a comporté son lot de batailles d’appareils, de mesquines guerres d’épiciers pour savoir qui allait parler à quelle conférence. Classique. Les Indiens n’en sont pas exempts. Elles ont été balayées par la participation populaire.

Des échanges possibles malgré les différences

Bombay aura marqué nombre de militants, pas seulement Européens ou Nord-américains mais aussi Africains et Latino-américains, par le contraste entre richesses et misères. Cette misère visible partout, miroir permanent de la globalisation financière et commerciale. Cette misère qui s’infiltre entre chaque île de prospérité. Cette misère qui se voit et se sent. Cette misère qui nous regarde en face, nous qui, malgré notre participation au FSM, sommes synonymes de fric. Ce contraste, cette confrontation, s’est aussi vue dans l’enceinte du Forum. En tout cas pour ceux qui ont pris la peine de sortir de leurs hôtels de luxe et qui ont accepté de regarder ceux qui les accueillaient. Cette confrontation n’a pas pris les formes de la charité, de l’humiliation, de l’exploitation, du mépris ou de la haine. La confrontation s’est faite par des sourires, des regards, des échanges politiques et culturels, par le respect et la curiosité réciproque. C’est cela l’autre monde que nous voulons.

P.-S.

Benmalo - 22 janvier 2004

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