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Vingt ans après, les femmes de Bhopal continuent le combat

jeudi 22 janvier 2004, par Emmanuelle Piron

En 1984, le gaz s’échappe de l’usine Union Cabride en Inde et provoque l’une des catastrophes industrielles les plus atroces de ces dernières années. Rasheeda Bi, l’une des survivantes, représentante des femmes de "Bhopal International Workers" témoignait lors d’une plénière consacrée aux crimes commis par les entreprises. Extraits.

"Le 2 décembre 1984, la nuit où le gaz s’est échappé de l’usine de l’Union Carbide à Bhopal, les gens ont senti l’intérieur de leur corps brûler. Ils avaient l’impression d’avoir des flammes dans leurs intestins et se demandaient si ce n’était pas un feu de piments rouges qui propageait cette fumée. Cette nuit-là, la douleur était tellement intense que beaucoup auraient préféré mourir sans attendre. Cette nuit-là, leurs yeux étaient tellement gonflés qu’ils devaient mettre leurs doigts à l’intérieur pour écarquiller leurs paupières. Et ne voir que des cadavres autour. A 5 heures du matin, une information a circulé : la fuite de gaz était arrêtée. C’est ainsi que les gens ont appris que la catastrophe était due au gaz. Et lorsque les services médicaux ont autopsié les cadavres, ils ont diagnostiqué une mort équivalente à la noyade. Les trois premiers jours, 3000 personnes sont mortes, puis encore 5000 les jours suivants, mais les effets de la fuite de gaz perdurent jusqu’à ce jour. Toujours aujourd’hui, les habitants de la région continuent de subir les conséquences de ce poison. Les femmes sont particulièrement touchées. Celles qui étaient des enfants au moment du drame ont des problèmes de fertilité, de règles multiples et même leurs propres enfants, nés après le drame ont des séquelles. La plupart des personnes qui ont survécu ont perdu leur emploi et n’ont reçu aucune compensation. Le gouvernement indien s’est comporté de manière particulièrement honteuse. Le directeur de la compagnie a pu quitter l’Inde sans être aucunement inquiété, il a même été accompagné à l’aéroport. En 1989, le gouvernement indien a passé un accord avec Union Carbide, sans prendre l’avis des victimes et a négocié des réparations financières équivalentes au 1/7 de celles estimées. Les gens se sont retrouvés avec 500 dollars dont la moitié est partie en frais d’avocats et frais administratifs. En 2002, Dow Chemical a racheté l’entreprise pour créer un immense empire industriel et la direction a immédiatement précisé qu’elle n’était pas responsable du drame de Bhopal et qu’elle ne paierait rien pour ça. Les femmes se sont alors mobilisées. Nous avons lancé une campagne "Avec un balai". C’est très symbolique car en Inde quand une femme brandit son balai, c’est qu’elle est vraiment très en colère. Nous avons établi une liste de revendications très précises : que l’ancien PDG soit poursuivi en justice, que Dow Chemical assume les frais d’indemnisation, que le site soit nettoyé, et qu’une pension soit versée aux personnes trop malades pour travailler à nouveau. La campagne vise les Etats-Unis, le gouvernement indien qui ne veut prendre aucune responsabilité et Dow Chemical. Cette lutte, nous la menons pour que les responsables soient lourdement condamnés et que cela ne puisse jamais se reproduire."

Plus d’infos sur Bhopal.net

P.-S.

Témoignage recueilli par Karine Portrait - Les Pénélopes, 21 Janvier 2004

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