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FSM4 : un succès... infernal

dimanche 18 janvier 2004, par Laurence

Un défi pour le mouvement altermondialiste, certes. Mais aussi pour nous, les Occidentaux sur place, qui avons du mal à suivre et à survivre. Mais la population locale est au rendez-vous et elle commence, tout doucement, à s’intéresser à nous.

Très loin sont les souvenirs de la Puc (Université catholique pontifice, lieu où se déroulaient les débats) de Porto Alegre, ses beaux arbres et ses déjeuners sur l’herbe... ou à table. La 4e édition à teint indien nous offre un environnement complètement différent, qui est loin d’être facile pour nous, les exotiques présents-es. "Etes-vous venue pour le FSM ?", me demande un Français au petit-déjeuner. "C’est un enfer merveilleux, vous ne trouvez pas ?" Eh oui, c’est fascinant et énervant. C’est encourageant et décourageant. Tout dépend de l’humeur du jour.
Si le lieu est très vaste, la foule a tout envahi et avancer n’est pas une tâche très simple. Arriver à l’heure aux débats que l’on veut suivre ? Dans les rues du FSM4, contrairement à l’extérieur, il ne faut pas être pressée. Car toutes les ruelles reliant les activités sont envahies par des petits groupes de manifestant-es, souvent indiens mais aussi tibétains, népalais, qui ajoutés à la foule présente, ne rendent pas le déplacement facile. Leurs chants et tambours sont omniprésents, parfois plus que les voix des intervenant-es dans les salles sans microphones, ni traducteurs disponibles.

S’adapter au quotidien indien : un défi


Trouver les salles d’atelier ? Voilà un autre défi auquel nous faisons face avec patience. Une heure d’aller-retours entre décharges, murs et coins sans issue pour comprendre qu’il faut sortir, puis rentrer par une autre porte. Allons déjeuner pour faire une pause. Vérifions bien que ce ne soit pas trop épicé, car ce type de feu est difficile à éteindre pour nos petites bouches sophistiquées. Bon, ce n’est pas la peine de préciser cela. Ils ne nous comprendront pas, et puis de toutes façons, cela n’existe pas comme choix. Maintenant, ce serait bien de s’asseoir, mais où ? Là-bas ! Deux centimètres sur un banc entre deux personnes, ou bien par terre, sur la poussière rougeâtre, comme les femmes dalits.
Puis, logiquement après une longue journée le départ est souhaité... Il nous faut du courage pour partir. Un trajet court, avec les camions et embouteillages du soir, nous obligera à nous protéger de la pollution et de respirer à l’intérieur de nos t-shirts et sacs. Oui, effectivement, nos mondes sont différents et nous ne sommes pas adaptables à tout.

Une présence locale importante


Néanmoins, lorsque nous mesurons le nombre de locaux, cela nous remonte le moral et nous encourage. Les plus exclu-es sont dans les rues avec leurs protestations, les plus privilégié-es aux tribunes, à leur nom. Certes. Mais rien de nouveau jusque là.
Voir des Indien-es qui n’affichent aucun drapeau, des vieilles dames, des jeunes filles découvrir ce lieu nous fait croire que cet événement aura une influence sur ce peuple, sur ces femmes qui, à nos yeux, adoptent souvent sans d’autre choix une attitude de résignation face à l’adversité, justifiée par le système religieux et de castes. Le mouvement social indien est en soi donc un défi, car se rebeller et protester n’est pas d’usage courant.
Mais si les discours indiens et occidentaux attiraient ces derniers jours un public plutôt homologue (les problèmes de langues ne sont pas négligeables), nous assistons à un progressif rapprochement des groupes, et pas seulement dans les salles. Dans les rues, nous serons surprises d’être sollicitées pour faire des photos avec de nouvelles ami-es inconnu-es, avec lesquelles, souvent, on aboutira à une communication par signes, qui restera marquée dans leurs pellicules et dans notre mémoire.

P.-S.

Josefina Gamboa - Les Pénélopes - 18 janvier 2004

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