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La soeur des dalits

dimanche 18 janvier 2004, par Laurence

Très présents au FSM, les mouvements dalits, les intouchables, tentent de créer des ponts entre les victimes du fondamentalisme : les femmes et les musulmans progressistes.

Un sari bleu clair dessiné de fleurs, un bandeau bleu et blanc « cast out » (caste dehors, jeu de mots avec le fait que les dalits sont considérés comme hors castes ) autour de la tête, Urmilla, « sister urmilla », a 40 ans, est dalit et chrétienne. Urmilla est originaire de l’Etat du Bihar (Est) et est entré dans les ordres à l’âge de 24 ans.
Avec 1600 de ses compagnons, elle est arrivée après quarante jours d’une longue marche partie de Delhi, la capitale, rejointe par plusieurs militants français, mexicains ou anglais du collectif No Vox, qui regroupe chômeurs, précaires et sans papiers en Europe.
« J’ai subi la discrimination basée sur les castes. J’ai connu cela à l’école. Collégienne, lorsque j’allais chez mes amis, on me donnait un verre spécial pour boire, car je suis une intouchable. La ségrégation se voit aussi dans les villages. Tous les dalits sont regroupés dans un même quartier. Nous sommes traités de la même manière que les juifs autrefois en Europe, dans des ghettos. Si un dalit sert à manger à quelqu’un d’une caste supérieure, c’est bon à donner aux chiens. Mais bizarrement, nous ne sommes plus intouchables lorsqu’il s’agit de faire les basses œuvres ».

Des droits non respectés

La Constitution indienne, rédigée par un dalit, le docteur Ambedkar, enterré à Bombay, prévoit la défense des droits des intouchables Ils sont 22 millions plus les 55 millions d’adivasis, les communautés tribales. Mais le document fondateur de l’Inde indépendante n’a pas été respecté par les gouvernements successifs : ni par le Congrès (Gandhi était favorable au maintien du système des castes), encore moins par le BJP, l’extrême droite hindouiste actuellement au pouvoir. « Je ne connais pas de parti politique qui soit prêt à changer la situation. Certains élus, oui, mais pas les partis, même pas le BSP, le principal parti dalit qui parle beaucoup mais agit peu ».
Urmilla le reconnaît : une grande place a été accordée aux mouvements dalits au sein du forum. « Nous sommes visibles. Nous intervenons dans des conférences. Un représentant des dalits siège au comité d’organisation. Ici, je peux assumer mon identité ». Le forum est, pour elle une excellente chose. « Nous aurons besoin d’être très fort pour changer le monde. Nous ne devons pas rester des petits groupes, dans notre coin, si nous souhaitons créer une seule humanité ». Beaucoup de paysans des zones rurales, d’ouvriers, de marginalisés sont venus au Forum de Bombay, qui tranche par sa composition avec celui de Porto Alegre ou les Forums sociaux européens, très blancs et très classe moyenne.
La Campagne nationale pour les droits des dalits ne veut pas s’enfermer dans une défense communautaire. Pour preuve, une conférence est organisée avec des musulmans et des mouvements de femmes. « Certaines luttes sont les mêmes. Les musulmans souffrent du fondamentalisme hindou. Les femmes sont opprimées par les systèmes patriarcaux. Nous sommes les victimes d’un même système construit sur la religion. Nous devons créer un réseau des communautés qui en sont victimes. Grâce à cette initiative commune, les musulmans verront peut-être un autre chemin que l’intégrisme », assure Urmilla. « Les fondamentalistes hindous ont très peur de l’émergence des mouvements dalits. Ils craignent que le système des castes explose. La situation est déjà en train de changer. Et cela va prendre de l’ampleur », promet-elle.

P.-S.

Ivan du Roy - Témoignage Chrétien - 18/01/04

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