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Sommet mondial de la société de l’information

Un pas en avant, deux pas en arrière…

mercredi 31 décembre 2003, par Dominique Foufelle

C’est vraiment fascinant d’être à Palexpo, à Genève ces jours-ci… Etre témoin de notre avenir : Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) qui travaillent pour nous, la société de l’information pour tous, des ordinateurs et des télévisions dans tous les domiciles, Internet sans câble, tant de jolis portables luisants qui nous permettent de chatter avec n’importe qui n’importe où… Vraiment dommage que 3 à 4 milliards de filles et de garçons, femmes et hommes, n’arriveront jamais à posséder ces choses. En vérité, que se passerait-il si ce Palexpo si brillant et si coloré était téléporté, comme dans "Star Trek", au beau milieu de l’Ethiopie ou dans les campagnes indiennes ?

J’ai bien peur que le Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI) ait raté l’occasion de répondre aux questions les plus brûlantes (si d’aventure il avait eu l’intention d’y répondre !). Beaucoup de questions importantes ont été examinées, beaucoup de gens importants des gouvernements, du secteur privé, civil et des affaires ont participé, beaucoup de jolies recommandations (à qui ?) ont été faites. Les militants associatifs s’asseyaient avec les politiciens et discutaient des questions importantes. Mais il n’y a aucun signe d’un développement ou d’un pas fait en direction de la redistribution du pouvoir et de la richesse entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien, entre ceux qui décident et ceux qui n’ont aucune possibilité de décider. Les voix des femmes, des jeunes, des étrangers, des handicapés et d’autres catégories marginalisés étaient présentes au SMSI, mais cela fera-t-il la différence ? Quels seront les prochains pas en avant, de quelle nature sera le premier pas et qui le fera pour atteindre cet objectif si cher de monde "meilleur" et plus équitable ?

Est-ce que l’économie éco-sociale, la société de l’information, la justice sociale et l’égalité des sexes sont possibles si nous ne changeons pas le contexte où nous vivons ? La nécessité d’avoir des alternatives économiques mondiales devient de plus en plus évidente face à l’inégalité croissante entre les riches et les pauvres, le Nord et le Sud, les hommes et les femmes, et la baisse de la sécurité dans le monde, avec ses impacts négatifs sur les libertés civiles. Dans un monde où un seul homme, à savoir le propriétaire de Microsoft Company, a plus d’argent dans sa poche que des millions de gens du Sud, est-ce approprié de parler d’égalité et d’équité, de démocratie dans une société de l’information en construction ? Est-il possible de mettre en œuvre des principes de solidarité dans un contexte de domination mondiale de la macro-économie néolibérale où l’Argent est un Dieu ? Si nous continuons dans cette logique de l’OMC, orientée vers les principes de libre-échange, alors nous resterons dans un scénario qui profite seulement aux riches. Le "combat contre le terrorisme" sert de prétexte à un développement qui prend une direction fatale, où les nouvelles technologies peuvent facilement être utilisées pour limiter le droit à la vie privée et précisément de prendre le contrôle. À l’entrée de Palexpo, nous avons bien vu comment les nouvelles technologies pourraient être efficaces pour contrôler notre existence et nos informations personnelles.

Les inégalités ne pourront pas être éliminées sans changer le modèle macro-économique dominant dans le monde, basé sur le néolibéralisme, les marchés en quête de profits, l’exploitation, le libre-échange, et la privatisation des services. Ce modèle sert seulement aux grands riches (marchés, régions, pays, sociétés, individus…), alors que tous les autres (marchés, régions, pays, sociétés, individus,…) sont perdants. Si les êtres humains ne sont pas mis au centre du développement, la société de l’information universelle restera un joli rêve. Et dans ce contexte, les femmes seront seulement perdantes, qu’elles soient familières avec les télécommunications ou non.

Traduction de l’anglais par Rachida Toudert

P.-S.

Mirjana Dokmanovic - Palexpo, Genève, 11 décembre 2003

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