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Forum Social Européen

Les femmes et le pouvoir

mercredi 31 décembre 2003, par Dominique Foufelle

Le pouvoir ? Au moment de l’annonce des ateliers, j’ai immédiatement été attirée par ce sujet. Est-ce que cela signifie que j’aimerais détenir le pouvoir ?

Eh bien, même si j’en ai le potentiel, … j’ai trop peur de …
ne pas mâcher mes mots
faire des erreurs
paraître stupide
être trop grosse
ou bien trop maigre
ne pas être capable de répondre à une question qui m’est posée
être "scrutée" par les hommes
être vue comme un simple objet sexuel
être perçue comme une femme au comportement trop masculin
être accusée de féminisme

être moi-même !

Ce que nous savons tous, c’est que les hommes possèdent presque tous les postes de prise de décision. Qu’a-t-il été fait pour augmenter le nombre de femmes dans cette arène ? C’est avec cette question qu’a démarré l’atelier sur les femmes et le pouvoir …
La prétendue "législation pour la participation" est une façon d’assurer aux femmes une plus grande place dans la prise de décision, par le biais du droit.
Une des initiatives de cette législation pour la participation a eu une issue très intéressante dans un des pays européens. Beaucoup de femmes sont entrées au parlement. Cela a finalement donné, je cite, "un Parlement sexy", tout simplement parce qu’on y trouvait beaucoup de jeunes et belles femmes. Je cite encore l’oratrice : "ce qui me gêne le plus, c’est qu’on pose des questions idiotes à ces femmes comme : avez-vous changé votre armoire depuis que vous travaillez ici ? Et ce qui m’ennuie davantage, c’est qu’elles répondent à ces questions stupides."
Hormis la présence des femmes au niveau législatif, l’introduction de ce qu’on appelle communément la parité, a constitué une autre étape pour les femmes. La parité signifie l’égalité de participation, autrement dit ramenée à 50-50. Ainsi, la moitié de ceux qui participent au processus de prise de décision sont des femmes.

À un certain point de l’atelier, j’ai essayé de faire un voyage dans le temps. J’ai essayé de voir où menaient ces initiatives d’égalité de participation, et d’imaginer ce qui adviendrait si ces initiatives avaient du succès. Le tableau qui se dressait devant mes yeux reflétait plusieurs femmes actives et beaucoup d’autres qui ne prennent pas position. Elles sont physiquement présentes, mais ne prennent pas l’espace qui leur est potentiellement accordé. Pourquoi donc ? Même dans mon imagination ?! Parce que les femmes prennent soin de sa maison et de ses enfants ? Elles lavent, cuisinent, nettoient… Non ! Si je suis effectivement dans le futur, ces choses sont dépassées ! Elles ne sont plus des obstacles ni des axiomes qu’on utilise pour démontrer un théorème. Les femmes ne font plus autant de choses seules. Les tâches sont divisées de manière égale entre les hommes et les femmes ; ces dernières ont désormais le soutien voulu de leur famille et de la société. Alors, je crains que ma tête ne soit remplie d’une vision de femmes incapables de faire des efforts pour être plus visibles. Elles sont bien présentes dans ces 50% des cas, car l’espace et la loi le leur permettent ; les femmes ont bien tout le soutien dont elles ont besoin, mais dans leur tête, elles n’ont pas le pouvoir, ni le droit, ni les connaissances, ni les nerfs, ni l’instinct, ni la patience, ni le courage pour y arriver.
Ainsi, lorsque, dans mon voyage cahoteux dans le temps, je réalise que la parité à elle seule n’est pas suffisante (pas seulement parce que les sociétés sont loin de permettre aux femmes de ne pas faire le double travail - à la fois les 8h de travail puis à la maison), j’essaye ensuite de trouver une réponse instantanée à la question : que devrait-on faire pour impliquer davantage les femmes ? J’en conclus qu’elles ont besoin d’être responsabilisées ! Et même quand je pense ça, je me sens trop petite et insignifiante pour prendre ma place au milieu de l’auditoire composé que de femmes (!) et le dire tout haut. Pourquoi ? Parce qu’elles le savent probablement déjà. Et la conclusion pourrait être fausse … Mais, là encore, peut-être ! Alors, j’ajoute un petit peu de piment à ma conclusion : les femmes ont besoin de prendre leur place et la prendre maintenant ! Pourtant, je ne prends pas ma place ça et là, mais je me satisfais de ma conclusion et respire plus facilement.

Cette contribution peut paraître légère et insignifiante. Peut-être même fausse. Mais, c’est la mienne, et j’ai décidé de prendre ma place pour le dire haut et fort. L’écrire pour l’instant, c’est déjà ça ! C’est plus facile, plus sûr, mais c’est tout de même prendre position, et me/vous rendre virtuellement visible. Et me permettre d’être responsabilisée : grâce à mes propres réflexions, et parce que je les ai partagées avec d’autres. Les choses les plus étranges émergent de la communication et de l’échange. Vous devez tout simplement OSER. Et oser le faire MAINTENANT !

J’ai entendu quelqu’un émettre la conclusion que les femmes au Forum Social Européen se racontaient ce que tout le monde savait déjà, et n’avaient établi aucune action stratégique. Pourtant, il y a celles qui n’avaient jamais entendu parler de ce sujet, et qui se sentent encouragées en écoutant les histoires les plus simples. Les autres, plus informées de toutes ces questions brûlantes sur les femmes dans le monde, se rencontreront, et trouveront un moyen, au milieu de cette ère technologique, pour faire avancer leur communication et leurs actions.

Je ne veux plus ne plus être moi-même !
Être féministe, c’est se sentir heureuse d’être une femme, et d’être moi-même !

Traduit de l’anglais par Rachida Toudert

P.-S.

Natasa Stevanic – novembre 2003

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