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Une question de pouvoir et de contrôle par les hommes

mercredi 31 décembre 2003, par Dominique Foufelle

Ajli Bajramovic de l’Association des Femmes Medica Zenica, République de Bosnie-Herzégovine, a animé un atelier sur les femmes et la violence, lors du Forum Social Euripéen 2003. Elle a abordé le thème de la violence en parallèle avec les camps de concentration lors de la seconde Guerre Mondiale. Medica Zenica a aussi partagé ses expériences positives en matière de lutte contre la violence dans son approche multidisciplinaire de lutte contre la violence dirigée à l’encontre des femmes et des enfants ; son but étant d’établir une tolérance zéro de la violence masculine contre les femmes.

Le but de cette présentation est de faire mieux comprendre la nature de la violence et faire réfléchir les gens sur la similarité entre la violence en général et les camps de concentration, en tant qu’acte socialement inacceptable et criminel.

La dynamique de la violence


Quand nous parlons du problème de la violence contre les femmes (VCF), nous abordons un thème qui se manifeste dans la société de diverses façons et qui touche la vie à différents niveaux. La VCF se manifeste sous forme de violences domestiques, agressions sexuelles, trafic d’êtres humains, harcèlement sexuel, etc. Les formes se superposent en général, mais le dénominateur commun repose sur une structure sociale qui est un "terrain fertile" pour la violence et sa prolifération. Cette structure sociale est organisée de telle façon qu’un groupe a plus de pouvoir qu’un autre. Les groupes qui ont le pouvoir ont une identité se fondant tantôt sur la classe, la race, le genre, la nationalité ou la force physique. Pour ce qui concerne la violence et la structure sociale, il est important de noter que la violence est un instrument utilisé par les groupes puissants pour exercer, affirmer, maintenir ou développer leur contrôle sur les groupes plus faibles.
Mise à part la forme de la violence, le résultat et le mécanisme sont toujours les mêmes. La façon dont fonctionnaient les camps de concentration lors de la Seconde Guerre Mondiale illustre un microcosme de cette dynamique de contrôle.
L’armée qui contrôle un camp exerce un contrôle physique évident sur les prisonniers, notamment grâce aux armes que les prisonniers ne possèdent pas. Les fils de fer et les barbelés exercent un contrôle sur le mouvement des prisonniers, ce qui les isole de la société et crée des conditions de vie restreintes et contrôlées. De plus, l’isolement est intensifié par un ensemble de règles dans le camp, qui aboutit à un isolement extrême de chaque prisonnier dans cette micro-société. Il crée le silence et empêche les prisonniers de mettre en place un front uni. Des actes de violence aveugle, comme refuser de répondre à des besoins de base tels que l’eau, la nourriture et l’hygiène, maintiennent les prisonniers dans une peur constante. On les humilie ou on les oblige à humilier à leur tour, provoquant la culpabilité et le refus des survivants de parler de ce qui s’est passé. Au bout du compte, même quand la violence matérielle cesse, la violence invisible, à savoir l’expérience psychologique, continue à accabler les survivants et les poursuit jusque dans leur âme. Bien qu’ils aient survécu à cette situation, ils en souffrent encore.
C’est malheureusement ainsi que fonctionne la violence et j’ai volontairement choisi cette image. Nous avons tous condamné la violence dans les camps de concentration, c’est reconnu. Je pense que toute forme de violence exercée dans n’importe quelle société a le même but, cause les mêmes dégâts et devrait être condamné avec la même force que la violence exercée dans les camps de concentration.

Des données pour l’action


Medica Zenica a présenté des données statistiques sur le nombre de gens (femmes et enfants) qui ont sollicité l’aide du Centre de thérapie et foyer pour femmes, ayant besoin d’un soutien psychologique suite à des violences, puis a comparé ce chiffre avec le nombre total de personnes ayant sollicité les services de soutien psychologique dû à d’autres problèmes. Les données présentées ont mis en évidence qu’approximativement 49% des problèmes sont liés à des violences et des souffrances. Les statistiques présentées remontent aux trois dernières années, ce qui rend la perspective XXIe siècle très problématique.
Medica Zenica a intégré ses expériences positives de lutte contre la violence dans un projet intitulé L’approche Multidisciplinaire de lutte contre la violence à l’encontre des femmes et des enfants ; ce projet a été mené en Bosnie-Herzégovine par les professionnels et les formateurs de Medica Zenica.
Le concept se base sur le fait indéniable que la violence contre les femmes et les enfants est un problème social général et non pas seulement une question qui ne concerne que les femmes. Ce concept fonctionne comme une prise de conscience et une sensibilisation à la question de la violence. Il est destiné aux professionnels qui sont en contact quotidien avec les anciennes victimes de la violence, en particulier les agents de police, les fonctionnaires de la justice, les professionnels travaillant dans les services hospitaliers, traumatologiques ou gynécologiques, les assistants sociaux et les enseignants. Tous ces groupes représentent des institutions gouvernementales. Par ailleurs, ce concept s’adresse aux personnes travaillant dans les médias, ainsi que les professionnels du secteur non-gouvernemental.
Il présente une façon concrète de partager et de disséminer les connaissances et expériences, créer un réseau, s’engager dans des négociations politiques et développer des partenariats. Il permet à tous les secteurs clés de la société (enseignement, droit, militants associatifs et médias) de travailler en partenariat dans un même but et à partir de la même compréhension du problème de la violence.
Ce modèle est également important parce qu’il tient compte de la question de genre de manière égale et non exclusive, donc avec l’implication des deux sexes, afin de prouver que l’association des genres – et non leur opposition – peut être une réponse à la résolution des problèmes. Ainsi, ce modèle sensibilise les gens à la question de la violence et leur permet de la voir de manière personnelle, et les pousse à agir pour y remédier. Le projet a un effet multiplicateur à la base, car il permet à de nouveaux formateurs et militants actifs d’agir et soutenir la question de genre, et d’influencer les gens sur leurs lieux de travail à aborder et comprendre différemment la question de la violence.

Traduit de l’anglais par Rachida Toudert

P.-S.

Ajli Bajramovic, Medica Zenica, République de Bosnie-Herzégovine - novembre 2003

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