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Est de la RD Congo : le règne des violeurs

mercredi 31 décembre 2003, par Dominique Foufelle

A l’est de la Rdc, des femmes et même des fillettes de 7 ans subissent la bestialité des hommes en armes de toutes factions. On les viole en public, on les enlève, on les tue. Par milliers. Jusqu’à quand ces criminels feront-ils la loi en toute impunité dans cette région ?

Jeunes ou vieilles, et même fillettes à peine nubiles, aucune femme du Kivu, à l’est du Congo démocratique, n’est à l’abri des viols, violences, tortures physiques et morales. Depuis le début de la guerre en 1998, les hommes en armes de tous bords, s’en prennent systématiquement aux femmes. Selon Human Rights Watch qui a publié un rapport sur ce sujet en juin 2002, c’est une "guerre dans la guerre" dont sont victimes des milliers et des milliers de femmes. Le départ des soldats rwandais et ougandais, hier accusés de se servir du viol comme d’une arme de guerre, n’y a rien changé. Depuis leur départ en octobre 2002, les viols continuent à se multiplier au Kivu.
Dans les territoires de Walungu et de Kabare (au nord et au sud de Bukavu), ce sont les "résistants patriotes", les Maï-Maï, qui investissent villages et agglomérations, souvent à la nuit à peine tombée. Ils emportent tout ce qu’ils peuvent (nourriture, objets…) et violent tout être de sexe féminin âgé de plus de 6 ou 7 ans. Puis ils se retirent, en emmenant souvent avec eux dans les profondeurs de la forêt quelques jeunes femmes qui agrémenteront des mois durant leur "repos du guerrier".

575 viols en 2 mois à Uvira


En territoire d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi, au bord du lac Tanganyika, ce sont les militaires du Rcd (le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, qui tient la région) qui sont responsables de ces crimes. A la Maison des Femmes Congolaises, à Uvira, créée par plusieurs associations féminines, 575 femmes et jeunes filles violées ont été suivies médicalement et psychologiquement de mi-décembre 2002 au 20 février 2003. 421 ont reconnu dans leurs bourreaux des soldats du Rcd.
Presque toutes disent avoir été agressées en allant aux champs, à quelques kilomètres du centre d’Uvira. C’est le cas de la petite Siku, 12 ans, élève d’une école primaire de la place. Elle a été violée dans son quartier, le 12 janvier dernier, par cinq soldats, à 17 heures, devant ses parents et tous les habitants du quartier. "Je les vois presque tous les jours en allant à l’école ou en rentrant. L’un d’eux a toujours la serviette de mon grand frère autour des épaules et un autre trimbale partout l’appareil radio de mon père", raconte-t-elle.
Mathilde Muhindo, directrice du Centre Olame de Bukavu (qui s’occupe entre autres des traumatismes des femmes violées) explique, les larmes aux yeux : "Ce n’est que dans quelques années malheureusement que le Congo pleurera les milliers de femmes mortes du sida des suites des viols. Le pire, c’est que beaucoup d’entre elles auront largement eu le temps de contaminer des milliers d’hommes qui à leur tour auront passé le virus à leurs épouses et concubines, et ainsi de suite".

Des " salopards " qui répandent le sida


Venancie Bisimwa Nabintu, du Réseau des Femmes pour la Défense et la Protection des droits de la femme, complète : "Il n’y a pas que le spectre du VIH. Il y a aussi les enfants sans père, donc sans avenir ni éducation. Sans parler des traumatismes subis ou à subir leur vie durant par ces femmes suppliciées devant leurs maris et parents, en présence de leurs enfants ou de leurs frères". Des faits très fréquents comme le raconte Jean-Chrisostome Mirindi, 58 ans et père de 12 enfants, qui exprime sa rancœur : "Je suis chrétien pratiquant mais rien ne m’empêcherait de tuer de mes mains ces sept salopards qui ont violé à tour de rôle ma fille de 14 ans sur la place du village, en pleine journée, devant tout le monde un dimanche à la sortie de l’église. Elle est morte cinq jours plus tard des suites de ses blessures".
Les victimes n’ont aucun recours. "Se plaindre ? Auprès de qui ? Et d’abord cela changerait quoi ?, demande, résigné, un habitant d’Uvira. Les officiers du Rcd ont tous deux ou trois femmes dans leurs maisons, qu’ils ont ravies de force à leurs maris. J’en connais qui ont fait déguerpir le maître de maison puis ont occupé les lieux en gardant la femme en prime. Ni l’homme ni la femme ne disent rien de peur que toute la famille ne soit décimée". Et la petite Siku le confirme : "Papa nous a défendu de réagir. Il est convaincu que ces salauds pourraient revenir, cette fois pour nous tuer tous".

Vendues à des pédophiles pour un maigre repas


Ces deux ou trois dernières années, la prostitution des toutes petites filles a pris de l’ampleur à Bukavu. Dans plusieurs quartiers, des maisons closes font des affaires sur le dos de fillettes de 10 à 15 ans, pour le plus grand plaisir d’adultes, amateurs de chair fraîche. Ceux-ci ont été surnommés "Les enfants d’abord", en rapport, ironie du sort, avec la devise de l’Unicef, l’organisme des Nations unies qui s’occupe des enfants.
D’après le lieutenant Honorine Munyole Sikujua, de la Police spéciale pour la protection de l’enfance, "ces pauvres enfants sont victimes de la misère, de la faim et de l’oisiveté car leurs parents ne sont pas payés et ne peuvent donc ni les nourrir ni payer leurs études". De fait, elles "travaillent" pour rien, les matrones qui les exploitent se contentant de leur offrir un piteux repas par jour et de temps en temps quelques fripes usagées. Une activité somme toute lucrative, si l’on considère que la passe coûte de 2 à 5 dollars (ou euros) et que chacune de ces maquerelles emploie en moyenne 10 à 17 fillettes, qu’elle rejette à la rue dès qu’elles ont fait leur temps, c’est-à-dire dès l’âge de 15 ou 16 ans. "Trop vieilles donc très peu rentables", se contentent-elles d’expliquer à qui leur pose la question.

Cet article est offert par l’agence Syfia

P.-S.

Déo Namujimbo, Syfia RD Congo – avril 2003

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