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Droits reproductifs

Bras de fer dans les Etats-Unis puritains de Bush

dimanche 30 novembre 2003, par Dominique Foufelle

Cette année marque un jalon dans l’histoire des femmes aux Etats-Unis : trente années d’accès à l’interruption légale et sûre de la grossesse, à la suite de la décision historique de la Cour Suprême, Roe contre Wade. Pour des millions de femmes, cette décision signifiait la libération des dangers horribles d’un avortement illégal et la possibilité de maîtriser leur propre corps et d’exiger le droit de construire leur vie. Pour beaucoup de femmes, la mise en œuvre de l’avortement légal signifiait que la liberté reproductive qui doit comprendre l’accès à l’éducation sexuelle et à la planification familiale était reconnue comme un droit humain de base. Ce droit humain est menacé aujourd’hui par des extrémistes contre le droit de choisir, petits en nombre mais puissants.

Ils ont passé les trente dernières années à investir des millions de dollars, à entretenir des relations publiques et promouvoir des politiques pour défaire Roe. Ils ont utilisé des groupes de recherche, des campagnes politiques, des émissions de radio et de télé et quelques fois, la violence. Ils ont ratissé large et leur but est presque atteint au moment où nous confrontons les attaques législative et judiciaire d’un Congrès et d’un Président anti-choix. Les droits à la liberté reproductive n’ont jamais été si menacés aux Etats-Unis et à l’échelle internationale qu’ils le sont sous ce gouvernement. Une des premières actions du président Bush à sa première journée au pouvoir a été de rétablir le "Global Gag Rule". Cette politique interdit à toutes les organisations non-gouvernementales étrangères qui reçoivent de l’USAID une assistance en matière de planification familiale, d’utiliser leurs propres fonds, d’origine non américaine, pour fournir des services d’avortements légaux, de faire pression auprès de leurs gouvernements pour réformer des lois sur l’avortement ou même d’offrir des conseils ou des recommandations exactes sur l’avortement. L’Amendement Helms de 1973 interdisait déjà l’utilisation de fonds américains à ces buts.

Le fœtus est une personne – et la femme ?


Cet agenda anti-choix aux Etats-Unis met en œuvre des politiques régulatrice et législative qui refusent des services aux femmes tout en fournissant des services et un état légal au fœtus. Cette stratégie fait d’un fœtus un être, séparé et "en dehors" de la femme. On voit comment elle fonctionne dans un grand nombre d’affaires de criminalisation des femmes enceintes pour "mauvais traitements aux enfants" parce qu’elles ont testé positives dans l’utilisation de drogues. Dans certains états et à Washington, D.C. (la capitale), on est en train de créer un délit criminel pour dommages aux fœtus des femmes enceintes.
De plus, le gouvernement Bush exerce ses prérogatives exécutives pour fournir des services de santé prénatale aux fœtus plutôt qu’aux femmes enceintes de bas revenus qui portent la grossesse. En recherchant des cas dans le droit où le fœtus a un statut indépendant légal, le mouvement anti-choix construit son argumentaire pour le "droit à la vie" légal d’un fœtus qui primera sur le droit de la femme à interrompre sa grossesse.

Vers une mobilisation générale ?


Ce gouvernement s’est aussi juré de promouvoir l’information sur l’abstinence sexuelle au détriment d’information sur les comportements dangereux et de la prévention du SIDA, et il exporte activement une politique internationale sur le SIDA qui encourage l’abstinence plutôt que l’éducation sexuelle et l’utilisation de préservatifs. Pour défaire Roe, l’agenda prévoit la nomination de juges conservateurs qui démantèleront non seulement Roe et la liberté reproductive mais aussi de nombreuses politiques progressives que nous, aux Etats-Unis, considèrons comme étant des valeurs de base telles que les droits civiques, la protection syndicale, la liberté d’expression et la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Le public américain n’accepte pas cet agenda. Nous mettons quelques fois en doute, en tant que corps politique, la taille et l’étendue du gouvernement et ses responsabilités, mais je pense que le public américain ne veut pas démanteler les droits des gens ou la liberté reproductive qui nous ont aidés à établir les bases sur lesquelles construire nos vies, élever nos familles et donner de la force à nos communautés.

Pour cette raison, je pense que la toute première interdiction fédérale des procédures d’interruption de grossesse, signées par le président Bush début novembre 2003, pourrait être le premier pas vers une mobilisation du mouvement pour les droits à la reproduction partout aux Etats-Unis. Non seulement cette interdiction d’avortement met en danger la santé des femmes et empêche les femmes et leurs médecins de prendre les meilleures décisions médicales, mais aussi elle rend les médecins attaquables légalement pour utiliser des procédures spécifiques médicales, quand bien même elles sont les plus sûres pour la femme. Nous espérons que cette interdiction servira comme exemple des dangers d’un agenda extrémiste. Et nous espérons également qu’elle obligera des femmes et des hommes aux Etats-Unis à protester contre la guerre ultra-conservatrice contre les femmes, aux Etats-Unis et à l’étranger.

Traduit de l’anglais par Sheila Malovany-Chevallier

P.-S.

Joan Malin, Planned Parenthood, New York – octobre 2003

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