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Et ta religion, camarade ?

dimanche 30 novembre 2003, par Dominique Foufelle

Permets que je me présente : Dominique, citoyenne du monde… Bon, je sens que ça ne fait plus vraiment un passeport, ça. Tu veux savoir à quelle communauté humaine je me rattache ? Oui, je sais, c’est à la mode du jour. Jadis, cela m’aurait amusée de te répondre fièrement : aux féministes. Soit tu m’aurais tendu la main, soit tu l’aurais mise en coque devant ta braguette, pour le cas où je brandirais les ciseaux. Ça ne m’amuse plus maintenant, parce que je risquerais de te voir soupirer de soulagement : " Ah ! oui, celles qui discutent des problèmes de bonnes femmes ! Au fond du couloir, à gauche. "
La question du genre est devenue incontournable. Faut faire avec. Sauf que tout individu censé serait bien inspiré de venir écouter ce qu’elles (se) racontent, les meufs. On discute de choses qui nous concernent tous et toutes – par exemple, le retour en force de la religion.

Permets que je me présente : Dominique, citoyenne du monde… Bon, je sens que ça ne fait plus vraiment un passeport, ça. Tu veux savoir à quelle communauté humaine je me rattache ? Oui, je sais, c’est à la mode du jour. Jadis, cela m’aurait amusée de te répondre fièrement : aux féministes. Soit tu m’aurais tendu la main, soit tu l’aurais mise en coque devant ta braguette, pour le cas où je brandirais les ciseaux. Ça ne m’amuse plus maintenant, parce que je risquerais de te voir soupirer de soulagement : " Ah ! oui, celles qui discutent des problèmes de bonnes femmes ! Au fond du couloir, à gauche. "
La question du genre, comme on dit dans les appels d’offre européens, est devenue incontournable, comme on dit dans les débats télévisés. Faut faire avec, et on le fait très bien en parquant les intéressées. Sauf que tout individu censé serait bien inspiré de venir écouter ce qu’elles (se) racontent, les meufs. On discute de choses qui nous concernent tous et toutes – par exemple, au hasard, le retour en force de la religion. Quand les papistes font le forcing sur la Constitution européenne, les Polonaises identifient une conséquence immédiate plus que probable : on va les abandonner avec l’interdiction de l’avortement – elles pour commencer, et puis après, qui ? Les familles nombreuses à faire bouffer quand on n’a pas un rond, vous connaissez des gens que ça amuse ? Quand les altermondialistes eux-mêmes acceptent l’amalgame immigrés/musulmans et se résolvent à des compromis sur les droits des femmes, ça rappelle de mauvais souvenirs aux Algériennes ; l’intégrisme, voix des exclu(e)s, elles trouvent que ça sent mauvais. Elles n’ont pas la mémoire courte, les femmes ; elles se rappellent que partout où les religieux se sont mêlés de politique, ça a été et/ou ça reste une catastrophe, pour tout le monde.
Est-ce que ça veut dire que les féministes refusent le "dialogue des cultures" ? Pas du tout, juste la confusion entre culture et religion. Est-ce que par hasard, on soupçonnerait les femmes de vouloir se couler dans le moule de la mondialisation néolibérale ? D’être dupes des visées de certains programmes de développement qui voudraient se les concilier comme alliées ? Pas si bêtes, tout de même. Le dialogue, il existe de fait, sans que des "porte-parole" soient convoqués. Une partie consiste à s’avertir mutuellement : gare au communautarisme, répètent par exemple les citoyennes d’Europe centrale et orientale, qui savent de quoi elles parlent.
Diviser pour régner, ce n’est pas nouveau. Or, quand on catégorise, on divise plus qu’on unifie. Et qu’est-ce qu’on fait des millions de métissé(e)s de tous poils ? Impure produit de l’exode rural des années 30 et du cosmopolitisme parisien, j’étais fière (et le reste) de pouvoir citer des origines diverses. Métèque, sinon rien – c’était ça, l’avenir ! Athée, oui, dotée d’une conscience autonome qui ne m’interdisait pas de discuter avec celles et ceux qui pensaient sur d’autres bases. Est-ce qu’on va pouvoir encore longtemps porter ce genre de pedigree ? Dois-je, pour assurer l’épanouissement et la sécurité de mon fils, mener avec lui des discussions philosophiques ou l’inscrire au catéchisme ?
Non seulement un autre monde est possible, mais il est inévitable. Reste à savoir lequel. S’il s’agit d’en éradiquer les discriminations, pour permettre l’expression et l’épanouissement de tout(e) individu(e), alors, nous sommes d’accord. S’il s’agit de remplacer le modèle dominant par une multitude de modèles visant tout autant à la domination, nous ne le sommes plus.
Je ne te demanderai pas si tu "as" une religion, camarade, ni laquelle. S’il te plaît de m’inviter à partager les fruits de ta pensée, tu seras le(la) bienvenu(e). Mais en guise, de présentation, il me suffit de savoir que nous défendons la même exigence de base : pas de compromis sur les droits humains. Ce qui veut dire aussi, bien sûr, tant que cette communauté-là, internationale et polyculturelle, n’aura pas la liberté de se fondre dans la communauté humaine en général : pas de compromis sur les droits des femmes.

P.-S.

Dominique Foufelle - 28 novembre 2003

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