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Qui a la parole ?

dimanche 30 novembre 2003, par Dominique Foufelle

Ça y est, le Forum Social Européen est terminé. Après quatre jours à cent à l’heure, on va pouvoir souffler un peu, récupérer des nuits trop courtes, faire le tri dans les dizaines de tracts, de journaux, de pétitions accumulés tout au long du Forum et repenser au calme à tout ce que l’on a pu voir et entendre dans les séminaires, les conférences, les ateliers, les stands, mais aussi dans le métro, qui en raison de la configuration du Forum, était un peu le cinquième espace de discussion entre militant(e)s.

Chacun(e) va pouvoir faire son propre bilan du forum, réfléchir à cette expérience, à ce qui était positif et à ce qui l’était moins. Pour ma part, je souhaiterais revenir sur l’accès à la parole au sein du Forum.
En effet, dans tout espace de discussion, on est amené à se poser toujours les mêmes questions sur les modalités de prise de parole : qui parle, au nom de qui, avec quelle légitimité et pour dire quoi ?
Et c’est surtout au niveau des séminaires et des conférences que ces questions se posent avec le plus d’insistance. Car si par définition, un forum se doit d’être un lieu ouvert de discussion, l’ouverture et la représentativité des intervenant(e)s ne semble pas forcément aller de soi. On s’aperçoit qu’entre expert(e)s et profanes, cette dernière catégorie semble avoir disparu des tables d’intervenant(e)s. Bien entendu, il est possible d’argumenter sur le fait que prendre la parole devant une assemblée de plusieurs centaines de personnes en séminaires et de plusieurs milliers en conférences, de synthétiser un grand nombre d’informations et de connaissances afin de présenter ses réflexions de façon claire et construite, est un exercice difficile et stressant et que tous les intervenant(e)s, nos "experts", maîtrisent parfaitement cet exercice. Mais doit-on pour autant exclure les profanes, qui constituent, quand même, le gros bataillon du mouvement. Le fait de ne pas posséder tous les codes de cet exercice doit-il vous réduire au silence ? Répondre par l’affirmative à une telle question ne serait-il pas un moyen de justifier par des raisons "techniques" une volonté politique ?
Plutôt que de parler "au nom de" ceux qui ne prennent jamais la parole, ne serait-il pas plutôt souhaitable de leur donner les moyens de s’exprimer eux-mêmes ?
Si plus haut, nous avons employé le terme d’"exercice difficile", ce n’était pas par hasard, mais bien pour souligner le fait que la faculté de s’exprimer publiquement n’est pas une qualité innée que certain(e)s posséderaient et d’autres non, mais bien plutôt le fruit d’un apprentissage auquel certain(e)s ont eu accès et d’autres non. Que les modalités pratique de cet apprentissage pose de nombreux problèmes est une évidence, mais qu’avec un minimum de volonté et de réflexion, on puisse les surmonter, en est une autre.
A ceux/celles qui en doutent, on ne peut que recommander la lecture d’un ouvrage passionnant de Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe, "Agir dans un monde incertain : essai sur la démocratie technique", où il est question d’associer au sein de ce qu’ils appellent des "forums hybrides" experts et profanes. Plusieurs expériences de ce type ont déjà eu lieu avec succès et "le monde des possibles" s’est trouvé, à chaque fois, enrichi de nombreuses possibilités qui restaient jusqu’alors inexplorées.
Ici réside, à notre avis, le principal défi des forums à venir : que la parole de tou(te)s puisse être entendue, sur un plan d’égalité, et c’est seulement à ce moment-là que l’on pourra qualifier, sans abus de langage, ce forum de social.

P.-S.

David Boutigny - novembre 2003

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