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Les expulsé-es de la République -suite

vendredi 14 novembre 2003, par Rachida Toubert

Souvenez-vous, huit familles ivoiriennes, dont deux femmes enceintes et douze très jeunes enfants ont été expulsés violemment par la police le 24 octobre dernier. Ils n’ont même pas eu le temps de prendre leurs affaires et leurs papiers. Malheureusement, les familles sont toujours à la rue. Mais, la situation bouge extraordinairement ! Les initiatives citoyennes se multiplient pour les soutenir.

Les gens du quartier, les parents d’élèves et d’autres se succèdent pour leur apporter matelas, nourriture, vêtements, couvertures... Un poêle à fioul est allumé et une bâche est étendue au-dessus d’eux. Seuls les parents vivent sous cet abri de fortune.
Une femme s’affaire et essaie de coordonner la mobilisation qui va être suivie d’une manifestation. Nathalie, c’est son nom. Une citoyenne alerte et humaine. "Je me baladais dans la rue et j’ai vu ces femmes assises sur des cartons dans l’indifférence générale. On a discuté et j’ai appris l’impensable. Je me suis débrouillée pour récupérer quelques cartons pour écrire les slogans".
"Moi, je viens de Corse pour participer au FSE. Et qu’est ce que je vois ? Des gens à la rue dans ce froid pendant le FSE", raconte Jean-Yves, remonté comme un ressort. « Avec des camarades de la Confédération Paysanne, on s’est mobilisés".
Pas le temps de discuter, il faut faire vite. La nuit va bientôt tomber et il est hors de question que ces gens passent une nuit supplémentaire dans la rue. Objectif : leur trouver un toit pour ce soir.

C’est ça, la France ?


A 16h30, le mouvement se durcit. Les tables sur lesquelles sont posées les pétitions (n’oubliez d’y apposer votre belle signature solidaire) sont déplacées afin de barrer l’accès, par l’Hôtel de Ville, de la rue de la République. Opération réussie : les badauds s’agglutinent autour de l’abri, beaucoup signent les fameuses pétitions. La police grouille. Des slogans sont scandés.
Conseillé par Nathalie, l’un des sans-logis prend la parole en montant sur la table. Il raconte la galère et appelle à la mobilisation. C’est au tour de M. Stéphane Peu, Adjoint au Maire de Saint-Denis de s’exprimer. Il confirme le soutien de la Mairie de Saint-Denis aux expulsés de la République. Derrière moi, des femmes rassemblées autour des familles et émues, pour certaines aux larmes, s’interrogent : "Est-ce qu’on doit le huer ?". L’une des mères enceintes demande : "C’est çà la France ! Je croyais que les Français aimaient et respectaient les femmes ?". Des participants au FSE se joignent au groupe. Enfin, le Forum devient social et solidaire !
Vers 18h, un groupe de personnes est entré dans l’hôtel de Ville de Saint-Denis accompagné d’une fanfare. "Solidarité !" et "Le Maire !" sont scandés à pleine gorge. Puis, les sans-logis sont reçus par le Maire.

Peu après 20h30, ils redescendent du bureau. Une des femmes raconte que le maire leur a proposé un hôtel pour trois jours, et une nouvelle discussion pour lundi. Ils n’acceptent pas, "sinon, d’hôtel en hôtel...", dit-elle.
Les sans-logis veilleront donc cette nuit dans la rue en compagnie de celles et ceux qui les soutiennent. Elles et ils envisagent de bloquer la rue.
A suivre... sur place pour ceux qui le peuvent !

P.-S.

Leïla Laouati - 14 novembre 2003

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