Accueil du site > Actualités > Afrique > Congo : la terre où le viol est une horreur de tous les jours

Congo : la terre où le viol est une horreur de tous les jours

vendredi 31 mai 2002, par Josefina Gamboa

C’est lorsque Christine allait chercher le corps de sa belle sœur qu’on a essayé de la violer. Comme elle s’est battue, son agresseur a tiré deux fois sur son corps, à la hauteur du vagin. « Ceci a appris une leçon à tout le village, maintenant personne ne se bat ». Le nombre des femmes violées est en progression constante depuis l’année 2000 et celui des viols des enfants de moins de 13 ans atteint 45 % lors du dernier trimestre.
Avec le cessez-le-feu il y a plus d’un an, la guerre du Congo est presque finie. Restent seulement les groupes Rwandais et Zimbabwéens sur les 7 armées installées auparavant dans le pays. Pourtant, « les femmes sont violées tous les jours, publiquement, par tout le monde, et c’est l’aspect les plus horrifiant de la guerre » affirme un coordinateur de l’ONU. Plusieurs femmes, victimes de violences sexuelles pendant les guerres civiles survenues au Congo-Brazzaville entre 1997 et 1999, préparent une action en justice avec l’appui de Médecins sans frontière (MSF). Quelque 3.000 femmes ont été violées durant les guerres civiles à Brazzaville et dans les régions du sud-ouest du pays), dont 158 en ont subi une grossesse. Au total, 52 % des victimes étaient des enfants et des adolescentes.
La grande majorité des victimes interrogées ne déposent pas de plaintes, ni ne signifient les faits aux services de police. Il s’agit très souvent des femmes victimes de viol collectif par des hommes en armes. Selon MSF, cette attitude passive s’explique par le fait que 95,2 % des femmes violées ignorent la procédure de plainte. Faute d’information sur la procédure à suivre, par peur pour leur sécurité ou par gêne, la plupart de ces femmes ne veulent pas engager de poursuites judiciaires. Rebecca Oba, directrice des droits humains au ministère congolais de la Justice, les encourage les femmes à riposter.
La loi, sur l’amnistie des faits de guerre, promulguée en décembre 1999 par le président congolais Denis Sassou Nguesso ne couvre pas les auteurs de viols et violences exercées sur les femmes pendant les guerres civiles. Les poursuites judiciaires sont possibles lorsque la victime a identifié l’auteur, quoiqu’il faille à la plaignante la somme de 25.000 francs CFA (environ 35,7 dollars US) pour engager la procédure. L’action en justice pourrait éclabousser des agents de la police ou de l’armée, qui se seraient rendus coupables d’actes de viol lors des opérations militaires contre les miliciens ou pendant le rétablissement de l’ordre. La police est souvent accusée de complaisance avec les violeurs. La plupart des personnes reconnues coupables et écrouées dans les prisons ont été relâchées juste après. Le choc est bien grave lorsque les deux personnes (la victime et le coupable) se retrouvent dans le même quartier.
Le Congo est infecté de violence. « Quand la guerre finira vraiment, -disent certains groupes-, nous aurons besoin non seulement de reconstruire nos écoles, rues et maisons, mais surtout de soigner nos consciences. »

(D’après un rapport de Lyne Mikangou pour Inter Press Service (IPS), Agence de Presse du Tiers Monde)

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0