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Pour un islam citoyen

vendredi 14 novembre 2003, par Rachida Toubert

Les mots clés lors du débat parfois houleux sur "les dimensions de l’islam en Europe, défis et enjeux", ont été : justice, laïcité et citoyenneté.

Dans ce cadre, est-il antinomique de dire qu’un musulman ou une musulmane en Europe peut aussi défendre la justice, la citoyenneté et la laïcité ? Apparemment non, selon les orateurs présents de confession musulmane ou non, portant le foulard ou non.
Mais là où le bât blesse, c’est que c’est la notion même de "laïcité" est parfois perçue différemment, particulièrement quand il s’agit du port du foulard dans l’espace public. Pour les personnes comme Mme Chahla Chafiq Beski (sociologue, écrivain), peu importe si notre spiritualité tend à une quelconque croyance ou non, dans la mesure où elle n’est pas introduite dans la sphère sociale et politique, donc publique. Pour Mme Sihem Andalouci (membre du Collectif des musulmans de France), porter le foulard fait partie de la spiritualité qu’elle veut au contraire pouvoir montrer sans en faire un complexe.
Sans rentrer dans le débat passionné du port du foulard, il paraît essentiel de se baser sur quelques valeurs fondamentales défendues dans les textes universels de droits de l’homme rédigés au cours de ce siècle, à savoir les libertés de conscience et de culte et l’égalité de traitement des personnes, quelque soit la confession religieuse notamment ; cela sous-entend aussi le rejet de toute forme de discrimination basée sur le sexe, la race ou même la religion. Néanmoins, il faut insister sur le fait que cela ne doit pas permettre un quelconque prosélytisme ou fanatisme dans l’espace public.

Un Islam redouté


En Europe, on connaît plus de 16 millions de musulmans, ou de confession musulmane, installés sur ce territoire parfois depuis des siècles (à l’exemple des Balkans), parfois plusieurs années (à savoir, les immigrés installés et ayant fondé leurs familles en Europe).
A cet égard, il est triste de voir, comme le soulignait Mme Salma Yaqoob (Stop the War Coalition) que ces personnes doivent encore aujourd’hui se justifier ou expliquer leurs croyances et leurs tendances religieuses. Au Royaume Uni, ajoutait-elle, on demande encore à une personne rencontrée dans la rue si elle est Britannique ou bien musulmane, comme si être les deux n’était pas possible. De même, en France, il est encore possible de croiser des hommes musulmans qui demandent à une femme musulmane non voilée si elle fait vraiment le ramadhan.
Nous sommes effectivement sur une pente douce où la dérive au sein des deux parties de la société (majoritaire ou minoritaire) est fréquente.
Il est donc temps de reconnaître, comme le précise Mme Salma Yaqoob, que "les musulmans ne sont pas un bloc monolithique". Chaque musulman et chaque musulmane a une spiritualité propre, y compris de ne pas croire. La France comme l’Europe a une histoire judéo-chrétienne ancienne, il est grand temps qu’elle admette qu’elle peut intégrer une autre communauté religieuse, fût-elle musulmane, bouddhiste ou autre, sans être mise en péril.
Néanmoins, des droits et des devoirs sont à prendre en compte de chaque côté, et l’un de ces devoirs est de ne pas utiliser la religion comme un moyen de revendication politique ou de soumission à une volonté communautariste. La citoyenneté et la laïcité oui, l’exclusion et le fanatisme non !

P.-S.

Rachida Toudert-Benbekhti, United against Racism - 14 novembre 2003

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