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Offensive de l’extrême droite du Conseil régional Ile-de-France - Contre offensive du FSE

jeudi 13 novembre 2003, par Dominique Foufelle

L’extrême droite a tenté et réussi un coup de force au Conseil régional Ile-de-France, qui a abouti au refus d’une subvention pour le FSE… Fidèles des Pénélopes, ça ne vous rappelle pas quelque chose ?

C’était en novembre 2001, alors que nous avions déposé notre projet Femmes en Réseau. Le MNR y avait opposé une motion de refus rédigée en des termes du sexisme le plus violent, risibles s’ils n’avaient eu d’aussi fâcheuses conséquences. Le FN avait enfoncé le clou, nous traitant de " pervers sexuels " (au masculin !). La droite s’était engouffrée dans la brèche ouverte, la gauche n’avait pas pipé mot [1].
Cette mésaventure s’est renouvelée, avec cette fois pour victime le FSE. Sans provoquer de tollé dans l’opinion publique, force est de le constater. Pourtant, pour silencieuse qu’elle soit dernièrement restée, l’extrême droite se prépare pour les prochaines élections, où pourraient, si on n’y prend pas garde, se nouer de dangereuses alliances. Il est temps d’organiser la riposte !

Le communiqué du Groupe d’Initiative Européen sur l’extrême droite et les populismes

Récemment le Comité d’Initiative Français pour la préparation du FSE (CIF) a dû faire face à la réduction brutale de ses prévisions budgétaires. La crise a pour origine le refus conjoint des conseillers régionaux de la droite et de l’extrême droite de voter la subvention négociée avec le Conseil Régional d’Ile de France.
Depuis plusieurs mois le CIF avait négocié une subvention de 300.000 Euros avec la majorité de gauche du conseil régional. A l’occasion du vote, un représentant de l’extrême droite, le conseiller MNR Le Gallou, a présenté une motion extravagante contenant une violente charge contre le FSE. La motion prétend dénoncer une opération politique"trotskiste" de subversion contre l’état et va jusqu’à évoquer une soit disant "Stratégie de la tension". Les arguments sont mensongers et nous rappellent ceux tenus en Italie par le gouvernement Berlusconi au lendemain de Gênes pour instaurer un climat de siège lors du premier FSE de Florence. Cette initiative est donc parfaitement cohérente avec la volonté de l’extrême droite européenne, qui craint par dessus tout l’expression des courants démocratiques, de criminaliser partout les activités revendicatives et le mouvement social. Dans son optique le FSE représente donc l’exemple même de l’initiative à abattre.
La motion n’a bien sûr pas obtenu les suffrages de la droite du Conseil régional, mais elle a ouvert la voie. A l’issue du vote de la "motion Le Gallou", qu’il avait eu la prudence de ne pas voter, Jean-François Copé, futur tête de liste UMP aux régionales de l’an prochain, s’est engouffré dans le chemin tracé. Il a entraîné avec lui l’ensemble des conseillers de toute la droite et ainsi le refus majoritaire d’attribuer la subvention.

Pour comprendre ce qui s’est joué là, le problème n’est pas de savoir si Le Gallou, auteur de la motion scandaleuse, est un vieux routier des estrades politiques qui dramatise et fabrique délibérément des amalgames mensongers, ou s’il délire et croit vraiment aux fables qu’il raconte. Ce n’est pas non plus la contradiction entre le vote de Copé conseiller régional qui refuse la subvention au FSE, et Copé porte parole d’un gouvernement qui subventionne le FSE. Ce n’est pas tant enfin de savoir si dans la perspective des régionales de 2004, Copé a utilisé ce vote pour marquer son territoire et son emprise sur la droite francilienne.
L’analyse de ce vote de refus doit plutôt partir de trois constatations… Il n’a été possible que parce que la fragile "majorité" relative francilienne de gauche n’est à la tête de la région que parce qu’en 1999, sous la pression de l’opinion, et des scrupules de certains conseillers, la droite n’a pas pu s’allier à l’extrême droite pour parvenir à la présidence du conseil régional. Il ne s’est réalisé concrètement aujourd’hui que parce cette situation est remise en cause par l’approche des élections. Au delà des calculs personnels des uns et des autres, l’évolution de la situation politique depuis 5 ans a mis à mal l’interdit des alliances droite / extrême droite en France. La droite régionale est impatiente de reprendre la main et pour cela fonde de grands espoirs sur les prochaines élections. Et on l’a vu cette fois-ci, elle pourra se permettre de ne plus avoir les scrupules de 1999.
Il faut donc surtout voir dans la motion Le Gallou et dans le vote exprimé ensuite au conseil régional, une évolution des rapports de la droite dite classique et de l’extrême droite. La droite depuis le 21 avril 2002 s’est décomplexée, tend à s’approprier les thèmes de l’extrême droite, et à se satisfaire de l’hégémonie idéologique de cette dernière. C’est d’ailleurs ce qui pousse aujourd’hui déjà la droite de gouvernement vers des dérives anti-démocratiques. Où en est cette tendance aujourd’hui ? Quel est son destin ?

Le mécanisme se rode et sera certainement utilisé de façon plus systématique à l’avenir. La future répartition des rôles se cherche, la droite aspire à la présidence des conseils régionaux et s’il le faut, elle est prête à sauter le pas. L’extrême droite espère bien peser sur la droite et servir de poisson pilote. Si cette organisation et cette division du travail devient possible à l’issue des élections, il n’y a aucun doute qu’elle se mettra immédiatement en place.
Et la droite aura d’autant moins de scrupules en 2004 que les protestations auront été plus faibles. Or dans l’affaire de la subvention, si la gauche régionale et les organisations du CIF ont répondu par des prises de position et des communiqués de presse, l’écho dans l’opinion publique n’a malheureusement été que passager et assez faible. Cette relative absence de réaction ne sera pas sans effets sur le renforcement des tendances que nous décrivons plus haut.

Pour toutes ces raisons le Groupe d’Initiative Européen contre l’extrême droite a proposé au CIF de répondre au refus de la subvention, par l’organisation d’une souscription publique en Ile de France en vue de tenter de mobiliser l’opinion et contrer l’effet désastreux de cette première victoire d’un rapprochement droite / extrême droite. Cette initiative qui n’a pas pu être mise en œuvre montre la difficulté de concevoir une riposte à l’extrême droite. Il n’en est que plus important d’élaborer des réponses pour mettre en œuvre la contre offensive et mobiliser les énergies aux niveaux locaux, nationaux, européens.
Les débats que le Groupe d’initiative européen sur l’extrême droite et les populismes organise ou soutient seront donc un moment privilégié pour aborder ces questions. Elles seront ensuite d’une importance capitale dans les prochains mois qui verront se dérouler une campagne à l’échelle du continent pour les prochaines élections européennes au printemps prochain.

Nous invitons tout ceux que l’activité de l’extrême droite européenne inquiète et qui ne se résignent pas, à participer aux débats sur ces problèmes :
Plénière :
Jeudi 13 Novembre 18h-21h, : Quelle contre-offensive à la montée des extrême droite et du populisme en Europe ? - Bobigny Gymnase Henri wallon - Salle 1.

Séminaires :
Vendredi 14 Novembre 14h-17h : Face à la montée des populismes et de l’extrême droite en Europe, quelle coopération entre journaux européens ? -Bobigny Henri Barbusse.
Vendredi 14 Novembre 18h-21h : Extrêmes droites et populismes en Europe : état des lieux - Saint-Denis Bourse de travail - Chapiteau.
Samedi 15 Novembre 9h-12h : Extrêmes droites et populismes en Europe : construire la riposte - Ivry sur Seine Quai de Seine - Salle 8.

Atelier :
Vendredi 14 Novembre 14h-17h : Création d’un réseau antifasciste européen - Saint-Denis Bourse du travail - Salle Cancun.

P.-S.

Groupe d’Initiative Européen sur l’extrême droite et les populismes - 3 Novembre 2003

Notes

[1] Pour se rafraîchir la mémoire : rubrique Archives, puis Humeur, humeurs spéciales de novembre 2001 et janvier 2002. Vous y trouverez aussi les messages de solidarité reçus à cette occasion.

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