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L’EAU, un enjeu majeur du développement durable

vendredi 31 mai 2002, par Manue

A l’échelle de la planète, l’eau, en quantité comme en qualité, est loin d’être une ressource accessible à tous les habitants. En 1998, L’Onu établissait que 1.4 milliards d’habitants sur 5.8 milliards au total n’avait pas accès à de l’eau potable, et que 35 % souffraient d’un « approvisionnement très faible ou catastrophiquement faible ».

Une étude récente (2001), de l’Onu également, a montré que si le taux de croissance démographique observé actuellement se stabilise, 45% de la population mondiale n’aura pas accès à la quantité minimale de 50 litres d’eau potable par jour en 2050. En même temps que l’abondance de la ressource montre des limites aux conséquences dramatiques, les pollutions de tous types (industrielle, urbaine, agricole) mettent en danger sa qualité aux quatre coins du globe, au nord comme au sud. Les enfants sont les plus vulnérables aux maladies dues à la pollution des eaux ; 5500 d’entre eux en meurent chaque jour (Onu, mai 2002).

L’or bleu, partie intégrante du patrimoine universel

L’eau n’est pas une denrée parmi d’autres. La plupart des systèmes de valeurs traditionnels admettent que l’eau est un bien universel sacré. Elle est nécessaire à la vie, que ce soit celle des humains ou celle des autres êtres vivants avec lesquels nous partageons la biosphère. Elle n’a pas de substitut, contrairement au riz voire au blé.
L’eau est hélas une ressource limitée et inégalement répartie à la surface de la Terre. Son absence ou son insuffisance, de même que sa surabondance (inondations), peuvent être mortelles, et sont dans de trop nombreux cas le résultat d’une utilisation irresponsable par les humains. C’est pourquoi elle constitue un enjeu fondamental pour le développement durable à l’échelle de la planète. Dans un récent discours (14 Mai 2002), le Secrétaire Général de l’ONU a cité l’eau au tout premier rang des priorités du prochain Sommet de Johannesburg.
Ses nombreux usages (eau potable, irrigation, industrie, barrages, milieux naturels) étant souvent conflictuels, l’eau appelle à une gestion à l’échelle du ménage et du voisinage mais aussi de la nappe phréatique, du petit bassin versant, et du grand bassin fluvial –souvent à cheval sur plusieurs états- et au bout du compte des mers et océans. Il n’est pas possible de déterminer un bon niveau de gestion, ils sont tous nécessaires et interdépendants. Pour cette raison et parce l’eau doit être distribuée à tous, la gestion de l’eau devrait systématiquement relever du domaine public. L’ONU et de nombreuses organisations plaident depuis plusieurs années pour accorder à l’eau le statut de bien public mondial, et pour faire reconnaître l’accès minimum vital à l’eau potable comme un droit fondamental et inaliénable pour tous les êtres humains de la planète. Ces revendications ne sont pas la panacée, elles représentent seulement le point de départ d’une gestion durable de l’eau au niveau mondial. Et pourtant, on en est encore bien loin. Pire : on s’en éloigne ! La « thèse économique », qui veut que l’eau soit un bien économique pour en assurer la « bonne gestion », prévaut largement sur celle du bien public. C’est cette thèse, relevant clairement de l’idéologie néolibérale, qui fait que l’eau, au même titre que l’éducation, la santé et bien d’autres secteurs traditionnels du domaine public sont sérieusement menacées de privatisation par les négociations sur l’AGCS (Accord Général sur le Commerce et les Services) à l’OMC.

Privatisation galopante, dégradation des services, inégalités aggravées

C’est aussi cette thèse qui fait rage au sud depuis plusieurs décennies, par l’entremise du FMI, de la Banque Mondiale et autres banques de « développement ». L’équation est grotesque de simplicité, et pourtant bien réelle : « vous privatisez vos services d’eau, on vous accorde un prêt au développement ou une aide financière ». La raison évoquée, dans tous les cas, est que le pays est trop pauvre pour subventionner un service d’eau public.
Ainsi la privatisation devint une priorité politique puis une réalité pour les usagers –non consultés- dans de très nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Vivendi et La Suez, nos championnes nationales, s’en frottent les mains. A elles deux, elles détiennent 40% des marchés actuels de l’eau dans le monde, présentes respectivement dans plus de 100 (Vivendi) et 130 (Suez) pays. En revanche, très rares sont les usagers concernés par ces privatisations qui ont vu l’amélioration de la gestion promise en guise de consultation, et tous, sans exception, ont subi une augmentation vertigineuse (souvent supérieure à 100%) des prix de l’eau. C’est que la « bonne gestion » a un coût, messieurs dames, voyez-vous !
Comme d’habitude, les couches les plus pauvres trinquent, et quand l’eau devient plus coûteuse et plus rare, ce sont d’abord les femmes et les enfants, à qui incombent l’essentiel des tâches domestiques, qui doivent alors se rendre de plus en plus loin et dépenser de plus en plus d’énergie et de temps pour s’approvisionner dans des sources non aménagées parfois insalubres.

Résistances

La plupart des pays et régions dont les services d’eau ont été privatisés de la sorte n’ont fait que subir ce tour de main politico-économique, comme bien d’autres avant et probablement après… Et les habitants n’ont eu que leurs yeux pour pleurer (des larmes privatisées) la flambée du prix de l’eau. Quelques communautés ont cependant su rassembler leurs forces pour résister au diktat des multinationales.
La ville de Cochabamba, en Bolivie, a réussi à obtenir la déprivatisation de la distribution de l’eau il y a 2 ans, après une vague de protestation tendue qui a coûté la vie à un adolescent de 17 ans. Au Brésil l’an dernier, une mobilisation importante de la société civile a eu raison du projet de loi 4147/47, qui mettait la privatisation des services d’eau et d’égout en avant de toute autre forme de gestion. Au Canada, l’organisation Water Watch (« Surveillons l’eau ») a barré la route à des projets de privatisation dans plusieurs régions.
En 1998, les habitants de la province de Tucumán, en Argentine, se sont accordés sur un acte de désobéissance civile en masse en refusant purement et simplement de payer les factures d’eau. Après moult procès et demandes de sanction, la Générale des Eaux (aujourd’hui Vivendi) a fini par se retirer. Pour la petite histoire, « les femmes ont joué un rôle très important dans la protestation », d’après le témoignage du président de l’association de défense des usagers de Tucumán. « Elles étaient au premier plan dans l’organisation des réunions. Elles ont persisté à maintenir le boycott des paiements, quand les représentants officiels qualifiaient cette action de ’folie’. Alors que les leaders provinciaux et les chefs de famille craignaient les poursuites juridiques, ce sont elles qui sont demeurées les plus fermes dans leur décision de s’opposer à la compagnie. »

3ème Forum Mondial de l’Eau à Kyoto, Mars 2003

Tous les 3 ans depuis 1997, un Forum Mondial de l’Eau est organisé pour faire le point sur les enjeux liés à l’eau et les défis que ceux-ci posent aux états, régions et collectivités locales quant à sa gestion, et pour proposer des actions. Il réunit autour d’une même table des représentants des gouvernements et de la communauté scientifique et des acteurs de terrain, mais n’a hélas, du point de vue décisionnel, qu’un pouvoir consultatif. La contrepartie positive est que l’événement est ouvert à tous, contrairement à de nombreuses conférences intergouvernementales. Sa préparation fonctionne déjà sur un mode très largement participatif. La « Conférence Genre et Eau » en offre un exemple intéressant. Tout individu peut également contribuer en se faisant messager du programme « Voix d’eau », contribution qui consiste à interviewer des usagers ou professionnels de l’eau et à rendre compte de ces interviews sur le site du Forum. Ne restez pas neutre, participez !


Quelques références sur l’eau et ses enjeux (liste non exhaustive !)

# L’eau à l’ONU :
http://www.unesco.org/water/index_f...
#Sur le concept des Biens Publics Mondiaux :
http://www.worldsummit2002.org/text... (anglais)
# Forum thématique sur l’Eau à Attac :
http://attac.org/fra/list/doc/forel...
# Programme Solidarité Eau : http://www.pseau.org/
# Atelier collectif « Programme Mobilisateur Eau » :
http://www.alliance21.org/fr/themes...
# Manifeste pour un Contrat Mondial de l’eau :
http://www.manifesteau.qc.ca/petiti...
# Forum Mondial de l’Eau :
http://www.worldwaterforum.org/ (en anglais)
# Alliance Genre et Eau :
http://www.genderandwateralliance.o...
# Privatisation
. Pour plus de détails sur un cas concret de privatisation, lire l’article du Monde Diplomatique « Et l’eau de la Paz fut privatisée », n° 578, Mai 2002.
Cas cités de résistance à la privatisation
. Cochabamba :
http://www.citizen.org/documents/Bo... (anglais)
. Brésil : http://www.corsan.com.br/ (portugais)
. Canada :
http://www.canadians.org/blueplanet... (anglais/français)
. Tucumán :
http://www.elvarapalo.com/actualida... (espagnol)

P.-S.

Emmanuelle Piron, 14 mai 2002

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