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La contraception en questions

vendredi 31 octobre 2003, par Dominique Foufelle

Alors que le recours à la contraception médicalisée s’est largement diffusé au cours de ces dernières décennies pour atteindre aujourd’hui un des niveaux les plus élevés au monde, la relative stabilité du recours à l’interruption volontaire de grossesse sur la même période conduit à s’interroger sur les conditions d’accès et de pratique régulière de la contraception en France.

Trois femmes sur quatre de 18-44 ans déclarent utiliser une méthode de contraception, dont 56 % la pilule et 15 % le stérilet, et moins de 3 % déclarent ne pas utiliser de contraception alors qu’elles ont des rapports sexuels et ne recherchent pas une grossesse. On estime par ailleurs qu’il y a environ 200 000 avortements par an et que près de 30 % des 760 000 naissances surviennent alors que les femmes déclarent qu’elles n’avaient pas prévu être enceinte à ce moment-là. Ces échecs de contraception ne sauraient résulter exclusivement des 3 % de femmes sans contraception. Des entretiens auprès de femmes s’étant trouvées face à une grossesse non prévue permettent de mieux comprendre ce qui se joue dans la survenue d’un " échec de contraception " et qui va bien au-delà d’un problème d’information.
Le passage d’une maternité subie à une maternité volontaire et totalement contrôlée correspond à la production d’une " norme contraceptive ", les femmes qui ne prennent pas de contraception alors même qu’elles ne désirent pas être enceintes sont alors considérées comme " déviantes ", ainsi d’ailleurs, dans une moindre mesure, que celles qui ont opté pour une contraception non médicale, présentée comme archaïque et dépassée. Toute relation sexuelle se doit de débuter avec le préservatif, auquel succède la pilule dès que la relation se stabilise, avant de passer au stérilet dès que le nombre d’enfants souhaités est atteint. La norme contraceptive renvoie aujourd’hui à la programmation des naissances dans un temps socialement prescrit. Les femmes qui se situent en dehors de ces schémas (jeune femme dont la sexualité est perçue trop précoce, femme nullipare souhaitant utiliser un stérilet, etc.) se trouvent dans des situations délicates à gérer. Dans le domaine de la sexualité, la priorité qui reste accordée, y compris par les femmes elles-mêmes, au plaisir masculin, qui atteste de la persistance de la domination masculine a une l’incidence sur les pratiques contraceptives. Parfois, le choix d’une méthode se fait en fonction des préférences du partenaire. Parfois même, l’absence de contraception résulte d’un refus de l’homme d’utiliser une ou la méthode de contraception proposée par la femme.
Certaines grossesses non prévues apparaissent clairement dues à l’inadéquation de la méthode utilisée à la vie sexuelle ou aux conditions de vie de la femme. La logique médicale de recherche de l’efficacité maximale, qui conduit souvent les médecins à prescrire la pilule dès lors qu’il n’existe pas de contre-indications médicales, se heurte ici à une limite psycho-sociologique que les médecins ne sont pas toujours capables de prendre en compte. Au-delà de la nécessaire amélioration de la formation des médecins concernés, c’est la nature même de la relation dans ce colloque singulier qui se trouve interrogée. Ainsi, la prescription d’une pilule chez une femme dont la vie sexuelle est épisodique peut s’avérer problématique et conduire la femme à une utilisation aléatoire. Le stérilet, qui, sans raison objective, reste prescrit aux femmes ne souhaitant plus d’enfant, aurait pu, par exemple être une méthode plus adaptée à une telle situation. De même, recommander à une femme d’utiliser des préservatifs alors que son partenaire refuse d’en utiliser peut la placer dans une situation d’autant plus difficile à gérer qu’elle dépend socialement et/ou affectivement de lui.
Toute mesure visant à permettre, aux femmes comme aux hommes, de choisir la méthode la plus adaptée à leurs conditions de vie et à leur sexualité, ne pourra que contribuer à une diminution des grossesses non prévues.

Article paru dans Pratiques – Les cahiers de la médecine utopique, n° 20, janvier 2003, " La santé des femmes : tout reste à faire ".

P.-S.

Nathalie Bajos [1] – janvier 2003

Notes

[1] Socio-démographe, Inerm-Ined U569. Co-auteure de De la contraception à l’avortement. Sociologie des grossesses non prévues, Nathalie Bajos, Michèle Ferrand et l’équipe GINE, Editions INSERM, 2002.

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