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Les grands rendez-vous internationaux du développement durable

vendredi 31 mai 2002, par Manue

Sommet de Rio, Agenda 21, Johannesburg 2002… Voici un pense-bête pour vous familiariser avec le jargon et les enjeux des grand rendez-vous mondiaux du développement durable.

Sommet de Rio 1992, ou « CNUED » (Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement), ou « Sommet de la Terre » ou « Rio 1992 ».
Du 3 au 14 Juin 1992, à l’invitation de l’ONU, des représentants officiels de 178 pays (dont 108 chefs d’état ou de gouvernement) et 2400 représentants d’organisations non gouvernementales se rassemblaient à Rio de Janeiro pour plancher sur l’avenir physique, humain et économique de la Terre.
Le sommet était motivé par le constat unanime et documenté que la pauvreté tout comme la surconsommation nuisent à l’environnement, et que l’aggravation des disparités entre et à l’intérieur des nations accentue cet impact. De ces constats a émergé la nécessité impérieuse d’infléchir les décisions économiques nationales et internationales vers la prise en considération et la réduction de cet impact, en accord avec le principe fondateur selon lequel « le développement doit répondre aux besoins des générations actuelles sans compromettre la possibilité de répondre à ceux des générations à venir ».
Le document final signé par les participants du sommet, intitulé « Agenda 21 », constitue depuis Rio 1992 une référence constitutive internationale en matière de principes et de mise en œuvre de développement « économiquement viable, écologiquement durable et socialement équitable ». Le sommet de Rio lui-même et l’Agenda 21 consacraient ainsi le concept et posaient les fondements du développement durable à l’échelle de la planète.

Plus d’infos sur :
http://www.un.org/geninfo/bp/enviro.html

Agenda 21, ou « Déclaration de Rio sur l’Environnement et le Développement »
L’Agenda 21, document final du Premier Sommet de la Terre, c’est donc comme vous pouvez l’imaginer un énorme pavé, adressé à la fois aux gouvernements et élus locaux qui planifient le développement et aux acteurs de terrain qui le mettent en œuvre.
Comme le développement durable est un concept « systémique » qui englobe l’environnement, l’économie et la société, le spectre des actions proposées est extrêmement vaste. Il n’est pas question que d’environnement, de démographie et de coopération internationale, loin s’en faut ! Les 40 chapitres qui composent l’Agenda 21 brassent directement ou indirectement la plupart des champs de décisions politiques.
Chaque chapitre correspond à une orientation politique allant dans le sens du développement durable et décrit les actions à engager en détaillant pour chacune les quatre aspects suivants : principes, objectifs, activités, moyens.
Les 40 chapitres sont organisés selon 4 sections, dont voici quelques détails sur le contenu.
1. Dimensions sociales et économiques Cette première section rappelle les grands objectifs de société à l’échelle mondiale, conditions nécessaires sans lesquelles un développement durable n’est pas envisageable. C’est : lutter contre la pauvreté, maîtriser la croissance démographique, protéger et promouvoir la santé et un habitat pour tous, modifier nos modes de consommation, etc. Le tout en intégrant les contraintes environnementales dans les décisions et planifications.
2. Conservation et gestion des ressources aux fins de développement La deuxième section détaille toutes les composantes de l’environnement affectées voire menacées par les activités humaines (air, eaux douces, mer et zones côtières, sols, forêts, écosystèmes fragiles, etc.) et les mesures proposées pour réduire ces agressions (lutte contre la pollution, l’érosion des sols, la désertification, le déboisement, protection de la biodiversité, gestion écologiquement rationnelle des déchets toxiques, etc.).
3. Renforcement du rôle des principaux groupes Cette partie s’adresse spécifiquement à chacun des groupes d’intérêt représentés à Rio 1992 et aux gouvernements qui doivent créer les dispositifs permettant de prendre en compte tous ces groupes de façon équitable. Les minorités occupent la première place dans le document : les femmes d’abord, suivies par les enfants et les jeunes, et par les populations autochtones. Viennent ensuite les traditionnelles « parties concernées » : les ONG, les collectivités locales, les travailleurs et syndicats, le commerce et l’industrie, la communauté scientifique et technique, les agriculteurs.
4. Moyens d’exécution La dernière section explicite, comme son titre l’indique, les moyens qui existent et qu’il faut renforcer pour le développement durable de la planète : les ressources et mécanismes financiers, les dispositifs institutionnels internationaux, les instruments juridiques, l’information, l’éducation, la formation et la sensibilisation des publics, la science comme ressource, le transfert de technologies rationnelles et efficientes.

Pour plus de détails sur l’un autre des différents thèmes développés dans l’Agenda 21, voici l’adresse du texte complet en français sur le site de l’ONU :
http://www.un.org/french/ga/special...

Sommet de Johannesburg 2002, ou « Rio+10 », « Deuxième Sommet de la Terre », « Sommet Mondial pour le Développement Durable », ou « Jo’burg 2002 ».
Comme le Sommet de Rio en 1992, le Sommet de Johannesburg rassemblera, du 26 août au 4 septembre 2002, des représentants des gouvernements (dont certains premiers ministres ou chefs d’états), de l’ONU, des ONG, de la société civile, des institutions financières internationales, des grandes entreprises, etc. Le programme officiel du sommet est de faire le bilan des accomplissements effectués depuis le Sommet de Rio, au regard des propositions et recommandations de l’Agenda 21, et de compléter ce texte en y intégrant les nouveaux enjeux du développement durable qui ont émergé depuis 1992 (changement climatique, OGM et biosécurité, etc.).
La préparation du sommet est l’initiative de la Commission sur le Développement Durable (ONU). Elle s’appuie sur des réunions nationales, régionales et mondiales, et sur des discussions croisées des principaux groupes d’intérêt (cf. 3ème section de l’Agenda 21). La première réunion mondiale (Prep’Com I), en mai 2001, établissait les modalités du processus de préparation. La deuxième, en février dernier, s’est attaquée à une revue de détail de la mise en œuvre de l’Agenda 21 et à l’intégration des nouvelles problématiques. La troisième, fin mars – début avril, se devait de finaliser ce bilan et d’établir l’agenda du sommet, mais n’a pas abouti, faute de consensus « américain », à l’élaboration du document final prévu. La quatrième et dernière commencera donc 4 jours plus tôt que prévu, fin mai - début juin prochain à Bali (Indonésie), et devra établir les priorités du sommet. Un sommet des peuples se tiendra en parallèle, qui sera l’occasion pour les ONG de coordonner et renforcer leurs actions de lobbying.

Conclusion ?


En réalité, peu de choses ont changé, même si beaucoup a été dit et écrit à et depuis Rio. La poursuite du développement alliée à la préservation de l’environnement au sud, identifiée en 1992 comme l’objectif n°1 et comme la responsabilité commune du nord et du sud, reste en pole position. Les défis ne changent pas, la situation a même empiré, et les rapports de force se sont accentués (cf. négociations à l’OMC et tutti quanti).
Depuis la conférence de Monterrey sur le financement du développement en Mars dernier, et suite à l’échec de la troisième réunion mondiale de préparation, la colère mêlée d’inquiétude monte au sein des ONG. En témoigne cet extrait de la déclaration de Greenpeace au lendemain de la Prep’Com III : « Il est clair que la règle du jeu des Etats-Unis est de ruiner systématiquement les tentatives du reste du monde pour parvenir à des accords significatifs de portée globale. Nous savons tous que la dégradation de l’environnement, l’inéquité sociale et la guerre ne respectent pas les frontières. Seulement des accords entre les nations nous donnent une chance de contenir ce flot ».
Aujourd’hui, nombreux sont les participants du sommet qui craignent une infiltration rhétorique généralisée des recettes néolibérales de développement (libéralisation des marchés, investissement privé direct, partenariats public privé, etc.) dans les programmes d’action issus de Jo’burg 2002, et ce, sans contrepartie équilibrée en termes de lois et régulations sociales et environnementales et de mécanismes de redistribution des richesses.
Malgré ce tableau peu amène, gageons que les autres pays et régions du monde sauront un jour, si ce n’est pas pour cet automne, ignorer l’arrogance criminelle des américains et tirer parti des immenses travaux que représente l’Agenda 21 pour œuvrer en grand à un développement durable de la planète.

- Source : site de la fondation Heinrich Böll, le meilleur site généraliste -et critique- sur le processus de Johannesburg 2002 (en anglais)
www.worldsummit2002.org
- Autres sites spécialisés sur le Sommet de Johannesburg
Site officiel de l’ONU : www.johannesburgsummit.org (en anglais)
Site portail francophone : www.sommetjohannesburg.org
Site du Sommet des Peuples à Bali : www.jakartapeoplesforum.org

P.-S.

Emmanuelle Piron, 14 mai 2002.

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