Accueil du site > Dossiers > Sous dossiers > Résistance en Haïti

Résistance en Haïti

vendredi 31 octobre 2003, par Dominique Foufelle

Le 28 septembre était jour de campagne pour la dépénalisation de l’avortement en Amérique latine et dans les Caraïbes. En Haïti, une quarantaine de femmes représentant quatorze associations se sont réunies dans l’atelier " Sexualité, santé et violence contre les femmes ", pour cerner les problèmes, discuter librement de leurs attentes et établir une liste de préconisations.

Du 19 au 23 septembre 2003 s’est tenu au local de l’Organisation de défense des Droits des Femmes, Enfofamm, un Atelier sur la Sexualité, la Santé et la Violence contre les Femmes. Prévu initialement pour vingt-cinq femmes, l’atelier a pu compter sur la participation de quarante-deux membres d’organisations de femmes (des féministes, des organisations impliquées au niveau de la santé et/ou de l’accompagnement des femmes victimes de violences). Quatorze organisations étaient représentées : Afasda-Cap (Asosyasyon Fanm Solèy d’Ayiti), Anapfeh, Aprosifa, Caritas Nationale, Collectif des Femmes Universitaires, Centre de Promotion des Femmes 0uvrieres (CPFO), Centre de Recherche et d’Action pour le Développement (CRAD), Enfofamm, Fanm Deside de Jacmel, Fanm Yo La, Kay Fanm, REFRAKA (Rezo Fanm Radyo Kominotè), SPI (Syndicat du Personnel Infirmier) et SOFA (Solidarite Fanm Ayisyèn).
Ces femmes, militantes pour la plupart ou simplement intéressées à la problématique des rapports sociaux de sexes, ont participé activement, pendant cinq jours, aux discussions sur les thèmes proposés. L’atelier s’est déroulé dans une ambiance amicale et de confiance ; conditions indispensables pour que toutes les femmes puissent exprimer leurs idées et leurs questionnements, apporter leur contribution aux débats et approfondir leurs connaissances sur une question aussi personnelle et intime que la sexualité. Il a été animé avec la collaboration de Luiza Huber, une féministe brésilienne, spécialisée dans les questions liées à la sexualité.
La méthodologie, basée sur une participation active et interactive de toutes les participantes, a permis d’aborder les différents sujets à partir du vécu (émotif, corporel et intellectuel), des idées propres et des interrogations. La participation de la comédienne belgo-rwandaise Estelle Marion, du Théâtre de Poche de Bruxelles, qui a présenté des extraits de la pièce de théâtre de Eve Ensler " Les Monologues du Vagin " a constitué un atout important, qui a favorisé les échanges en aidant à se départir des préjugés et de la gêne et en encourageant à plus d’ouverture sur sa propre sexualité.

Grossesses forcées = danger


L’ensemble des travaux a permis aux femmes de réfléchir sur la réalité du vécu sexuel des femmes haïtiennes qui, bien souvent, se traduit en grossesse forcée et en violence. Aussi, les grossesses non désirées ont-elles été abordées sous l’ange du droit des Femmes à la Santé de la Reproduction, en tant que Droit Humain. Il est ressorti des discussions que ce Droit des Femmes est constamment bafoué dans la société haïtienne, en raison de :

- L’absence de politique en matière de santé ;

- L’inaccessibilité (économique et géographique) aux soins de santé ;

- Le manque de ressources (ressources humaines et matérielles, équipements.).
Le fait que les soins de santé ne soient pas axés sur les clientes, implique l’absence de possibilité de choix pour les femmes qui ne sont pas informées et dont l’éducation en matière de sexualité laisse à désirer. L’équité de genre n’est pas prise en compte car, les programmes de planification familiale ne s’adressent d’une manière générale qu’aux femmes, touchent peu les hommes qui ont pourtant le contrôle de la sexualité et n’œuvrent pas pour que les responsabilités soient partagées.
Dans ce contexte, les femmes se retrouvent très souvent en situation de grossesse non désirée. C’est un moment de grande solitude qui place la femme concernée face à un grave dilemme : l’avortement clandestin ou la grossesse forcée. Dans les deux cas, il s’agit d’un drame car, l’état de grossesse n’a pas résulté d’une décision prise en toute liberté et en connaissance de cause.
La pénalisation de l’avortement oblige les femmes à faible revenu, à risquer leur vie en ayant recours à l’avortement dans de mauvaises conditions. C’est un grand risque pour la santé des femmes, qui se traduit par un taux élevé de mortalité maternel. La pénalisation frappe également celles qui peuvent se payer les services de médecins car, en cas de mauvaise pratique, elles ne peuvent avoir aucun recours.

Responsabiliser la population masculine


L’étude sur l’avortement réalisé en 2000 a démontré que, contrairement à une opinion répandue, les populations du pays ne se positionnent pas contre l’avortement. Elles considèrent qu’il est justifié d’y recourir lorsque la situation de la femme concernée l’exige ; et cette dernière est généralement considérée comme la meilleure juge en la matière.
L’atelier sur la sexualité a préconisé un ensemble de mesures à prendre, qui alimentent et renforcent les différentes actions menées en Haïti, depuis 1998, dans le cadre de la Campagne du 28 septembre :

- Plaidoyer permanent en faveur de : la santé des femmes, afin qu’elle soit prise en considération comme un droit acquis (accès à la santé, à l’information et à l’éducation) ; l’adoption d’une législation sur le droit à la santé de la reproduction ; la légalisation de l’avortement ; et l’accès des femmes aux méthodes contraceptives, en particulier l’accès aux préservatifs féminins qui doivent être plus accessibles et moins chers.

- Promotion de la responsabilité des partenaires masculins, par rapport aux conséquences de la négation du droit à la sexualité pour les femmes.

- Sensibilisation et éducation des femmes sur leur droit à disposer de leur corps et de leur vie.

- Campagne pour la création d’un centre d’accueil.

P.-S.

Myriam Merlet, pour la Coordination de Enfofamm - Port-au-Prince, le 28 septembre 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0