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Le général Ammar président du Comité d’organisation du SMSI

mardi 30 septembre 2003, par Joëlle Palmieri

A trois mois du Sommet mondial de la société de l’information, ses organisateurs ont décidé de nommer à leur tête un tortionnaire tunisien. Taquinerie ou mise au clair des réelles ambitions de ce premier sommet onusien tripartite ? N’essaie-t-on pas de museler la société civile depuis le début ? Ce témoignage donne quelques éléments de décryptage.

C’est officiel, le général Ammar a été reçu mardi 9 septembre 2003 par son conjuré, le général Ben Ali, en ses qualités de Président du Comité d’Organisation du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, Tunisia 2005. Cette manifestation internationale se tiendra en décembre 2003 à Genève et en novembre 2005 à Tunis. Mardi 16 septembre débutait au Centre International des Conférences à Genève (CICG) la 3e et dernière réunion préparatoire du SMSI. La PrepCom3 se terminera le 26 septembre.
Il y a deux ans, le général Ammar avait déjà présidé le Comité d’Organisation des Jeux Méditerranéens de Tunis (septembre 2001) en remplacement du général Escheikh, décédé avant la tenue de la manifestation.
Outre le mauvais goût de nommer un militaire qui n’a aucun lien avec l’information et la communication, outre celui de la répression et de la censure, cette nomination est un indicateur de la militarisation de la vie publique en Tunisie. Le régime gère les affaires du pays avec un esprit de renseignement militaire.
Fait rare au journal de TV7 (la télévision nationale tunisienne, séquestrée par la propagande du régime), on a montré le général Ammar au bureau de l’actuel président de la République, et non seulement à l’entrée du perron de Carthage. La télé a montré les deux généraux, sans faire mention de leurs qualités et titres militaires.
Cette nomination ne peut être interprétée que comme marque de durcissement de la part du régime qui donne les signaux d’une rentrée forte, faite de tabassage sur la voix publique de son allié Tlili, d’arrestations arbitraires et de condamnation de Zouari, de bafouement des droits de la défense et de durcissement des conditions d’incarcération de Yahyaoui... Le régime semble nous dire qu’il s’en fiche et qu’il accorde peu d’égards aux revendications de la société tunisienne.
Et pourtant, le dossier du général Ammar est lourd, très lourd même. Il a sur la conscience la liquidation du Commandant Mansouri dans ses locaux du ministère de l’Intérieur. Il a aussi le fiasco des Jeux méditerranéens où sa présidence fut critiquée par l’OMCT (Comité d’Organisation des Jeux Méditerranéens) et par nombre d’ONG et de personnalités tunisiennes de l’Intérieur et de la diaspora. Il y a cette scène inoubliable d’un Jacques Rogge, président du CIO refusant de lui serrer la main et exigeant une tribune spéciale, loin de celle de Ammar et de celle du trio : Ben Ali, Trabelsi (Leila) et Bouteflika. Et puis d’un Luciano Pavarotti refusant l’offre d’ouvrir la cérémonie. Et enfin celle de Felipe, l’Infant de la Cour d’Espagne déclinant l’invitation, pourtant dans les règles olympiques, voulant que le pays organisateur de la prochaine édition soit l’invité d’honneur de celle en cours. Et puis et surtout les huées du public qui ne voulait pas de lui au Stade de Radès, dont la dictature insiste à lui donner le nom du 7 novembre et dont je propose celui de "Farhat Hachad", le militant syndicaliste mort pour la patrie à quelques mètres des lieux.
Je reviendrai à cette nomination et ses implications plus précisément pour notre lutte en faveur de la liberté en Tunisie. Et en tête desquelles celles de la presse et d’internet, avec au préalable la libération de nos journalistes emprisonnés : Hamadi Jébali, Zouhair Yahyaoui, Ajmi Lourimi et Abdallah Zouari.

P.-S.

Wa Fi Dhalika Fal Yatanafas Al Moutanafisoun - Paris, le 9 septembre 2003

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