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Défier les conflits armés par le travail

mardi 30 septembre 2003, par Joëlle Palmieri

A Khan Younis, camp de réfugiés situé au sud de la bande de Gaza, un Centre de femmes aide ses habitantes à créer leur propre outil de travail. La broderie, transmise de génération en génération, est une voie pour laquelle il est nécessaire de chercher des débouchés commerciaux à l’extérieur des territoires. Une façon aussi de sortir de l’isolement.

Khan Younis, camp de réfugiés palestiniens, situé au sud de la bande de Gaza, abrite 60000 personne sur 2 km2. Entouré de colonies juives, ce camp fait l’objet de pilonnages répétés par l’armée israélienne, qui rendent toute circulation difficile ou impossible et qui engagent des travaux de reconstruction continuels. En son cœur, un Centre de femmes, créé comme lieu de rencontres et d’exposition et aussi pour accueillir les habitantes en grande difficulté, sans diplôme, non scolarisées, sans grande perspective d’autonomie sociale ou financière. Certaines animatrices du centre dont Zhana Ali, formatrice en esthétique et coiffure et administratrice, Khawla Mohamad, sociologue à l’Unrwa (United Nations Relief and Works Agency - Aide des Nations Unies pour les réfugiés de Guerre) et Fatima Abou Chamila, directrice, ont pour projet d’aider ces femmes à créer leur propre outil de travail. Or, les Palestiniens possèdent une tradition ancestrale : la broderie. En brodant, les femmes remplissent deux objectifs : créer les moyens de leur autonomie financière, perpétuer leur identité, une façon de garder l’héritage, de faire acte de mémoire. 500 femmes sont concernées par le projet. Toutes se retrouvent dans une situation de grande précarité : mari sans travail ou absent, famille nombreuse, entre 7 et 12 enfants, pas ou peu de revenus. Toutes repérées par le Centre, leur travail consiste à venir chercher la matière première (le fil de couleur) et le dessin des motifs de broderie - les motifs sont très liés à la tradition et varient selon le type de produits -, à broder chez elles puis, à venir redéposer leur production.

Diffuser : un vrai problème

« Ce projet est facile », explique Khawla. « Il ne nécessite pas de formation donc facile à démarrer ». Les produits sont très variés : robes, jaquettes, vestes, sacs, sacoches, coussins, draps… Le Centre achète 5000 bobines par mois à un dollar pièce. Le prix de vente des produits est fixé par l’Unrwa à 3,75$ la bobine. Le revenu de la production est donc lié à la quantité de broderies et aux couleurs utilisées. De fait, les femmes sont payées à la bobine. Une bobine correspondant à une journée de travail, elles gagnent à peu près le salaire moyen estimé à 20 shekels par jour.
« Le plus grand problème reste la distribution », ajoute-t-elle aussitôt. A cause du problème des frontières, les réseaux de distribution sont inaccessibles. Après la 2e Intifada, la situation a empiré. Avant il y avait les touristes des pays du Golfe qui venaient acheter dans le cadre d’expositions. « Maintenant il n’y a plus de permis pour entrer » et sur la ville, il est difficile de vendre, « les gens sont plus intéressés à trouver des médicaments » ! Ce manque de débouchés empêche de payer les femmes, ce qui a pour conséquence directe de les décourager. Pourtant le projet aspire essentiellement à faire travailler les femmes pour qu’elles ne restent pas isolées et sans rien faire. Les trois femmes cherchent donc 35000$ pour redynamiser le projet.

Sortir de l’isolement

Aujourd’hui, le Centre essaie d’engager des contacts à l’international dans les filières commerce équitable pour la distribution d’artisanat traditionnel. Selon elles, la distribution est plus importante que les finances « pas de réseau, pas de vente, pas de revenus ». La diaspora apporte moins de soutien qu’avant, parce que les contacts avec l’extérieur sont difficiles voire impossibles et il n’y a pas à proprement parlé de soutiens internationaux. Pour l’instant, l’Unrwa propose une vente à distance des produits d’autres centres via leur site dans le cadre de son programme « microfinance et microentreprise » , mais l’agence est aujourd’hui plus focalisée sur le Nord de la bande. En effet, l’Unrwa, créée en 1949 sur la base de la résolution 194 des Nations Unies pour traiter spécifiquement du problème des réfugiés palestiniens en participant activement à l’élaboration des programmes de développement, de santé et d’éducation, manque aujourd’hui cruellement de moyens. Totalement dépendante de ses donateurs, l’agence observe désormais la défection de I’Autorité palestinienne et des différents bailleurs de fonds qui, dans le cadre des accords de paix, concentrent davantage leurs efforts sur les territoires palestiniens autonomes, plutôt que sur les camps de réfugiés. Pourtant, l’Unrwa demeure le premier employeur des réfugiés palestiniens… La pression devient donc extrême et le devenir de Khan Younis incertain d’autant que l’agence s’en ira du camp dans dix ans. Une autre forme de pression, plus insidieuse, moins clamée par les représentantes du Centre, est celle exercée par le Hamas - très puissant à Gaza -, ses crimes d’honneur, son fondamentalisme religieux… qui renvoie de plus en plus de femmes chez elles.

P.-S.

Joelle Palmieri - 23/09/03

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