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Falun Gong : des femmes témoignent

mardi 30 septembre 2003, par Joëlle Palmieri

Sorte de gymnastique, le Falun Gong s’est taillé une place de choix dans le panorama des polémiques engagées contre la Chine. Secte, mouvement pacifique ? Le fait est que la répression chinoise est féroce.Témoignages de femmes.

Le Falun Gong, une des méthodes du qijong [1] (yoga chinois), a été introduit en Chine en 1992. Cette méthode, composée de mouvements lents et souples, pratiqués dans les parcs, permet de faire circuler l’énergie dans le corps. « Cela produit un très bon effet sur la population, améliore notablement la moralité et la santé », affirme Dominique Soufaché de l’association Falun Gong France. La « pratiquante », comme elle se qualifie, insiste sur la gratuité, sur le volet éducation populaire de la pratique– « grâce à l’enseignement spirituel, issu du bouddhisme et du taoïsme, qu’offre le Falun Gong, 100 millions de Chinois se sont convertis, le double du nombre de membres du parti ». Et, toujours prolixe, elle attaque d’emblée le gouvernement chinois, communiste, insiste-t-elle, qui y aurait alors « trouvé son gagne-pain » et surtout une entrave à sa politique de « contrôle des individu-es, qui ainsi deviendraient libres, alors que tout, dans ce pays, doit se passer en groupe ». Elle assène : « bouddhisme et communisme sont incompatibles ».

Une répression sans merci

Le 20 juillet 1999, Jiang Zemin, le chef du gouvernement chinois, décide que le Falun Gong est dangereux et entame une campagne d’éradication, accompagnée d’une propagande aux niveaux national et international. « La Chine a mis en place un chantage économique, alors que la production sort des prisons », affirme la militante. Des scènes d’immolation sur la place Tian’anmen auraient été totalement mises en scène afin de faire régner la terreur. « Les hôtels, les écoles ont été interdits aux pratiquants qui ne renonçaient pas à leur croyance ». Des pratiquants ont alors été arrêtés, envoyés en camp de rééducation, en asile, pour y subir des tortures physiques et psychologiques. Deux Chinoises, réfugiées en France, témoignent dans leur langue maternelle. Chen zu Mei, âgée de plus de 60 ans, victime de dénonciation, a été enlevée place Tian’anmen, amenée dans un lieu dit agence de police et rouée de coups. Tous les biens qu’elle détenait sur elle lui ont été confisqués ainsi que son passeport. Interrogée sans cesse, on lui a interdit de téléphoner, d’aller aux toilettes, de dormir. Puis, elle a été déplacée. Elle a alors subi un bilan sanitaire. Des dents lui ont été arrachées. Dans sa cellule, un bout de bois, pour s’asseoir. L’interdiction de parler, de bouger. L’obligation de se dénuder. « La nourriture était mauvaise », ajoute-t-elle, d’où une diarrhée permanente. Traitement pendant trente jours jusqu’à ce quelle « renonce ». Elle a alors été relâchée avec l’injonction de ne pas parler sous peine de poursuite et a bénéficié du statut d’expatriée, jugé régime de faveur par les autorités.

Une politique de lavage de cerveau

La deuxième, Chen Ying, très jeune, se présente comme la femme de l’ambassadeur chinois en France, en poste en 1999. Cette année-là, Chen Ying retourne en Chine pour voir sa famille. Arrêtée place Tian’anmen alors qu’elle expliquait en quoi le Falun Gong était une bonne méthode, elle est emprisonnée pendant un mois. Même régime que Chen zu Mei : interdiction de s’asseoir, de dormir, de parler… Libérée, elle retournera neuf mois plus tard en prison. Pour un mois. Tabassée, des bleus sur tout le corps, elle souffre de maux de tête, de sifflements dans les oreilles. Elle entame une grève de la faim. Une semaine plus tard, elle est conduite à l’hôpital où on lui « injecte un produit inconnu ». Elle se sent alors « coupée en deux », prise de convulsions sur la moitié du corps. A peine relâchée, de nouveau emprisonnée. Pour un an. En plein hiver – il fait très froid -, on l’a totalement déshabillée, on lui a injectée de l’eau « très froide », on lui a donné à boire de l’eau salée, on l’a laissée dehors. Puis on l’a changé de place. « Au début, c’était très doux ». Puis, un autre manège s’est mis en place. Obligation de rentrer en cellule les mains sur la tête, la tête baissée. Cellule de 12 m2 contenant 20 personnes. Pas de lit. Deux minutes accordées pour se rendre ensemble aux toilettes. 4 à 5 heures maximum par jour pour dormir. Travail obligatoire : fabrication des baguettes jetables, dans la plus grande crasse puisque interdiction est faite de se laver. Lecture quotidienne de la propagande gouvernementale obligatoire, visionnage de films, avec rapport écrit à la clé. A l’appel, obligation de répondre « présent ! » très fort, sous peine de répéter sans cesse. « Pour le repas, il fallait demander à genou. Je me suis sentie humiliée », éclate en pleurs Chen Ying. Elle affirme que les matons étaient des criminels, des prisonniers de droit commun. Devant son refus de « renoncer », elle subit des coups de matraques électriques. A la fin, « on se sent dingue, on perd la mémoire. On se demande s’ils n’ont pas raison ». Sortie de prison, arrivée en France depuis mars 2003 grâce à l’intervention de son mari, elle raconte : "je me sens déjà morte ».

Des témoignages contradictoires

« Nous vivons la répression depuis quatre ans », s’indigne avec un air choisi Sandra Génin de l’association française Falun Dafa – droits de l’homme en Chine. Et de s’empresser d’ajouter : « l’Onu, Amnesty International ont reconnu l’atteinte aux droits de l’homme ». On compterait officiellement 700 morts, mais « 1600 personnes ont été torturées à mort ». 100000 Chinois auraient été enfermés dont beaucoup de femmes. Les pratiquants hors Chine organisent des « marches pacifiques », des campagnes d’information, en particulier dans les quartiers chinois et cherchent le soutien des politiciens. En France, à leur palmarès : Jacques Lang, Alain Lipietz, Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac… photos à l’appui.
Certes Dominique Soufaché, comme Sandra Génin, reconnaît qu’il existe un maître, Li-Honghzi, aujourd’hui exilé aux Etats-Unis, mais s’empressent d’ajouter « qu’il n’existe pas de hiérarchie ». Dans l’organisation, dans la gestion du culte ? ne s’agit-il plus d’une méthode ? « En Occident, on nous qualifie de secte, alors que nous sommes un mouvement », précise la responsable de l’antenne française. Alors croyance ou mouvement ? Les contradictions ne manquent pas, la mise en scène très rodée, les outils de communication donnés sans compter, les stratégies de propagande très fines. Une conclusion s’impose : on ne doute pas que la Chine est l’un des Etats les plus perfectionnés en matière de propagande et de répression. On ne doute pas non plus que ceux des pratiquants du Falun Gong qui sont entrés en croisade, demeurent très suspects.

P.-S.

Joelle Palmieri - 20/09/03

Notes

[1] Le qigong (maîtrise de l’énergie vitale) est une discipline traditionnelle chinoise qui a traversé les siècles en engendrant un nombre incalculable de variantes. Toutes sont basées sur la maîtrise du mouvement, de la respiration et la pensée.

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