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Education de qualité

Changement de perspective dans l’éducation des filles

samedi 30 août 2003, par Dominique Foufelle

La communauté Meo habite dans la région de Mewat, une poche englobant le nord-est du Rajasthan et la partie sud du Haryana en Inde. Un programme de partenariat d’Aide et Action et Ibtada (Inde), avec l’accent sur l’éducation des filles, a été lancé dans la région de Mewat au Rajasthan. Les écoles alternatives ont été ouvertes dans le Bloc de Ramgarh du District d’Alwar. L’appellation de l’organisation partenaire IBTADA est d’origine urdu, signifiant le commencement.

Les Musulmans Meo, arriérés du point de vue social et éducatif, font partie des communautés minoritaires de l’Inde. Les Musulmans Meo dominent la zone du projet. Selon le recensement du gouvernement indien de 1991, le taux d’alphabétisation des femmes dans le Bloc de Ramgarh Block n’était que 11,21, le total étant 25,79.

Discriminations évidentes


Aide et Action a facilité la conduite d’une enquête préliminaire au début du projet en 2002 en vue de connaître l’état de l’inscription dans la zone. Les analyses des données recueillies à partir de 8 habitations dans lesquelles aucune structure scolaire n’existe, ont révélé que 63% des 754 enfants dans l’âge de scolarisation ne vont pas à l’école. Des écarts considérables existent entre les genres en ce qui concerne l’inscription. Environ 89% des filles se trouvent en dehors de l’école, contre 41% des garçons.
Parallèlement, les analyses des données recueillies de 8 habitations dans lesquelles les enfants ont accès à l’école dans le village lui-même dévoilent que 30% des enfants ne fréquentent pas l’école. De nouveau, la discrimination contre les filles est évidente. 45% des filles contre 20% des garçons sont en dehors de l’école.
Les chiffres cités ci-dessus sont indicatifs de la discrimination contre les filles qui sévit dans cette société. Cette structure sociale est patriarcale. L’homme s’arroge le pouvoir de décision et détient le contrôle des ressources. Les enfants du sexe masculin ont clairement la préférence lorsqu’il s’agit de l’éducation.
La communauté conservatrice ne trouve pas utile d’envoyer les filles à l’école. Au contraire, les filles sont censées faire le ménage et les travaux agricoles. Le facteur religieux est également responsable de la faible inscription des filles. Grande est influences de la mosquée et des madrasas locales, qui découragent l’éducation des filles dans les écoles.

Permettre l’expression des besoins des femmes


Aide et Action a encouragé Ibtada à faciliter le processus de pensée critique avant de formuler le contenu pédagogique du programme. On a intensifié la sensibilisation et des exercices SWOC (Strength Weakness Opportunities and Challenges – Forces, Faiblesses, Opportunités et Défis) ont été menés avec l’Organisation. Les communautés ont été encouragées à créer un scénario alternatif pour comprendre les problèmes relatifs à éducation et à trouver des solutions.
Les groupements d’entraide féminins (SHG) ont été promus en tant qu’une stratégie de point d’entrée. Ibtada a ainsi pu créer des rapports avec les femmes. L’organisation a fourni à ces dernières un espace où elles peuvent analyser leur statut dans la société et définir leur propre rôle. Ces SHG sont devenus un moyen pour les femmes de s’émanciper, de prendre des décisions relatives à leurs vies et à leurs enfants, y compris leurs filles.
Les femmes ont commencé à influencer la communauté en ce qui concerne leurs droits. Les SHG constituaient une plate-forme favorisant leur participation au programme éducatif. Une convergence des perceptions des femmes sur les besoins éducatifs s’est ainsi avérée possible.
Le processus de planification a créé une demande pour l’éducation dans la communauté, et l’éducation des filles est devenue une des priorités.

L’apprentissage de l’autonomie


Le projet a répondu à cette demande par l’ouverture des Ecoles Alternatives là où l’accès posait un problème et par la formulation des stratégies pour la valorisation des écoles gouvernementales existantes.
Les Ecoles Alternatives accueillent au maximum 30 apprenants. Un seul groupe peut rassembler des enfants de 5 à 14 ans. Les enseignants accordent une attention suffisante et individualisée à chaque enfant. Le projet comprend 13 groupes d’apprentissage avec 152 garçons et 169 filles dans 7 villages.
Le processus d’apprentissage dans les Ecoles Alternatives est différent de l’enseignement conventionnel. Il a apporté des changements dans l’ensemble du système de scolarisation. L’apprentissage est facilité par la participation active de l’apprenant. Les enfants acquièrent des connaissances par expérience. Ils renforcent ainsi leur maîtrise des outils nécessaires tels que la langue, le raisonnement de base, les aptitudes analytiques et les structures conceptuelles fondamentales.
Les enseignants dont les concepts sont déjà développés n’imposent pas leurs propres idées, mais aident les enfants à organiser leurs expériences en vue de développer leur structure conceptuelle, leurs valeurs et leurs attitudes.
Les élèves ont la liberté de penser et d’exprimer leurs sentiments. On les encourage à prendre des décisions de manière autonome. Il est reconnu que la liberté constitue un droit fondamental des enfants, indispensable à leur développement. Dans une ambiance de peur, la curiosité, la créativité ainsi que l’imagination des enfants ne feraient que pâtir. Les enfants seraient contraints d’accepter les choses sans les comprendre.
Les Bal Panchayats (groupements d’enfants) ont été constitué dans chaque groupe d’apprentissage, les enfants prenant eux-mêmes des décisions concernant les activités et la gestion de salle de classe. Les réglementations et le code de conduite sont formulés au moyen de processus démocratiques. Dans la salle de classe, les enfants font leurs travaux de manière autonome tout en respectant la liberté des autres.
Alors que tous les enfants possèdent l’aptitude à apprendre, les intérêts ainsi que les capacités de chaque enfant sont uniques. Cela s’explique par la différence dans le contexte social, historique et culturel. Une Ecole Alternative n’a pas une structure de classes. Si on considère un groupe comme une entité homogène, la liberté et la vitesse d’apprentissage ne sont pas garanties. Il faut au contraire respecter l’individualité de chaque apprenant. C’est pourquoi l’enseignement multi-niveaux est pratiqué. L’enseignement / apprentissage est organisé tel que les enfants apprennent à une vitesse qui leur est adaptée ; ainsi les élèves à des niveaux différents d’apprentissage dans les différentes matières se trouvent dans le même groupe. Un élève peut se trouver au Livre 1 dans la langue Hindi et au Livre 3 en mathématiques. Un autre au Livre 3 en Hindi et Livre 1 en mathématiques.
Les enseignants ne sont pas vus comme les seuls détenteurs du savoir. Les enfants sont encouragés à apprendre de leur famille, des adultes, des amis et d’autres membres de la communauté. Ils ont la possibilité de mettre en application leurs capacités d’observation, de classification, de comparaison et de tirer des conclusions pendant le processus d’apprentissage. Ils comprennent ainsi que le savoir est créé par l’intellect humain, dégagent des significations à partir de leurs expériences et orientent leurs vies.
Les travaux demandés de chaque enfant dépendent de ses besoins et de sa vitesse d’apprentissage. Le rôle de l’enseignant est d’une importance capitale. L’enseignant doit constamment s’impliquer pour déterminer quoi et comment enseigner, le matériel pédagogique à utiliser, etc. pour s’assurer que tant le contenu que le processus d’apprentissage sont adaptés aux besoins de chaque apprenant.
L’enseignant évalue tous les jours ce que chaque enfant a appris, comment et dans quelle mesure. Les évaluations simultanées de chaque élève dans toutes les matières sont effectuées afin de connaître sa vitesse d’apprentissage. Un journal individuel est tenu pour enregistrer les évaluations journalières de chaque apprenant.
En vue de garantir l’efficacité de leur travail, les enseignants préparent un plan journalier de ce que chaque enfant fera le lendemain. De même, des plans hebdomadaires sont formulés pour tous les élèves. L’enseignant consacre ainsi son temps à l’enseignement, à la planification ainsi qu’à la mobilisation sociale. Cela a contribué à valoriser le profil des enseignants. Le Projet a mis en œuvre des initiatives pour construire une compréhension globale des problèmes dans le domaine éducatif et pour renforcer les compétences pratiques des enseignants.

Des répercussions sur toute la communauté


Les approches d’apprentissage adoptées par les Ecoles Alternatives ont donné lieu à une vague d’enthousiasme dans la communauté. Au départ, les villageois se demandaient comment les enfants pouvaient apprendre par des méthodes ludiques, sans punition et sans examen. Toute la communauté observait le système entier à la loupe. Mais, les villageois, surtout les femmes, n’ont pas tardé à se rendre compte que les filles apprenaient plus vite que les garçons qui fréquentaient les autres écoles. Ainsi motivées, les femmes ont assumé la responsabilité d’envoyer leurs filles aux écoles du projet. Les questions portant sur l’inscription, la rétention, la qualité et le genre sont pris leur place dans l’ordre du jour des réunions des mères des élèves. A présent, les mères pensent à un nouvel avenir pour leurs filles. Elles croient que grâce à l’éducation, les conditions de leurs filles s’amélioreront et que celles-ci pourront choisir une profession comme médecin, enseignant ou administrateur, tout comme les garçons. Elles perçoivent un nouveau rôle pour leurs filles, un rôle juste et digne.
Le programme éducatif intégrateur des genres est en train de faciliter l’évolution sociale. La communauté a choisi un lieu pour le centre d’apprentissage. Pour la première fois après l’Indépendance de l’Inde, la communauté Meo a célébré la Fête de la République le 26 janvier 2002 dans les locaux scolaires. La communauté s’est chargée de l’organisation de cet événement et a distribué des sucreries aux enfants. Après avoir vu le programme culturel, les parents ont été étonnés de l’articulation et de la personnalité que leurs enfants avaient acquises. Maintenant les parents sont fiers d’envoyer leurs filles à l’école. Le contenu de l’éducation s’est avéré un levier pour faciliter l’évolution de la perspective de la communauté sur l’éducation des filles.

P.-S.

Aide et Action - Programme 2003

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