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Je veux "juste" être libre !

samedi 30 août 2003, par Dominique Foufelle

Lancer des discussions, des réflexions, créer des enjeux autour du foulard et seulement autour de lui, n’est-ce pas une façon de noyer le poisson ?

Que comprendre, quand les politiques de gauche et de droite et tous ceux qui se disent "apolitiques" (O.N.G.) font toutes ces démarches pour aller à la rencontre des défenseurs de la religion et de ceux qui la conçoivent comme un système politico-économique et social.
Que comprendre, quand les politiques avec les deniers publics, l’argent du contribuable, reçoivent et aident les porteurs des idées intégristes.
Que comprendre, quand les étrangers, pour ne pas dire les afro-maghrébins, laïques de culture musulmane, ne sont pas entendus, ne sont pas sollicités et ne sont pas soutenus.

Tout ce tapage autour du foulard, en tant qu’Algérienne, me fait rire et pleurer en même temps. Arrivée dans le pays des droits de l’Homme, de l’égalité entre les sexes, du respect de soi et des autres, bref dans le pays où les fondements de l’universalité sont profondément enracinés, du moins le croyais-je, je me retrouve dans la même spirale, les mêmes questionnements que là-bas.
Si aujourd’hui, la démocratie est réduite à sa simple expression, les élections et le nombre de voix obtenues, les politiques qui aspirent à la prise de pouvoir ont raison de se rapprocher des extrémistes religieux, toutes tendances confondues ; ils ont raison d’ignorer les souffrances, les aspirations de tous ceux qui meurent pour la liberté.

Mais comment, dans un pays laïc, où théoriquement il est impossible d’avoir des statistiques sur les pratiques religieuses des citoyens, peut-on déterminer avec précision le nombre de musulmans, de juifs et de chrétiens ? Sur quels critères se base-t-on pour affirmer par exemple que l’islam est la deuxième religion de France ? Est-ce en rapport avec les noms, est-ce en rapport avec les pays d’origine ? Mais alors, moi étant algérienne, je serais donc comptabilisée "musulmane" et aurais donné délégation à une instance qui serait élue pour me représenter et m’indiquer le droit chemin. En conclusion, me remettre dans une case et une cage, un peu plus propre et plus brillante que celle de laquelle je me suis enfuie comme beaucoup de démocrates.

Lancer les discussions autour du foulard, aujourd’hui, n’est-ce pas une façon de fournir aux démocrates, aux intellectuelles et aux militant-e-s des droits de la personne humaine de quoi s’occuper afin de faire passer le plus gros, le plus dangereux en douce ?
La formation du Conseil National des Musulmans de France dans la précipitation, en priorité, constitue un danger pour la laïcité. Sans parler de communautarisme, nous pouvons rappeler que l’islam n’est pas une affaire personnelle, mais un mode de gestion de la vie publique. Les craintes de dérapage sont justifiées en ce qui concerne la gestion des individus, des familles et des groupes.
Le port du foulard n’est qu’une partie du processus d’enfermement des individus, des femmes dans un premier temps, autorisé par la Charia, elle-même tolérée par les politiques.
Il serait plus intelligent et plus judicieux de placer ces discussions dans un débat plus général tourné vers la défense de laïcité, de l’égalité entre hommes et femmes, de l’accès pour tous aux services publics et au travail. Il s’agit aussi de clarifier les principes de base et de prendre des positions politiques en rapport avec des actes, quitte à se remettre en cause. Affirmer sa position contre le port du foulard dans les espaces publics (école, travail, transport …), c’est dire non au communautarisme, à la création d’"esclaves" pour les esclaves de la mondialisation économique.

S’opposer aux élus qui cherchent à contenter des islamistes en nous invoquant la tolérance et le droit à la différence, tout en oubliant l’élan et l’opposition du peuple français un certain mois d’Avril et de Mai 2002 pour dire "non" aux extrémismes et aux fascismes, c’est dire non au foulard.
Revendiquer le droit des enfants d’origine étrangère à la connaissance de l’histoire des colonisations ; réformer le système éducatif dans le sens d’une ouverture culturelle sans stigmatisation et se donner les moyens de cette politique, c’est aussi dire non au foulard.
Faire pression sur les politiques pour que la liberté, l’égalité des droits entre hommes et femmes et la laïcité ne soient pas reléguées au second plan derrière les impératifs économiques, c’est encore dire non au foulard.
Réfléchir à une alternative idéologique dont pourraient se saisir les jeunes, les femmes et les hommes épris de justice et de liberté, c’est aussi et encore dire non au foulard.

P.-S.

Salima Déramchi, Association des femmes algériennes laïques et démocratiques d’ici et de là-bas – Août 2003

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