Accueil du site > Portraits > Mariko Mitsui, féministe et femme politique

Mariko Mitsui, féministe et femme politique

samedi 30 août 2003, par Josefina Gamboa

Au Japon, les femmes ne manquent pas de raisons d’être en colère. Mariko Mitsui est une de ces femmes "énervées" comme elle dit. En juillet dernier, Mariko était de passage à Paris. Elle collectait des affiches féministes pour une exposition qu’elle prépare dans le centre d’information des femmes qu’elle dirige à Osaka. Elle nous a esquissé la situation des femmes dans son pays et présenté ses convictions et ses combats. Un maître mot : la politique.

Le Japon est un pays largement dominé par les hommes. Son contexte politique est défavorable à l’émancipation des femmes, le parti démocratique libéral, très conservateur, est au pouvoir depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans le monde du travail par exemple, si les plus jeunes sont nombreuses à travailler, elles s’arrêtent pour élever leurs enfants et ne retrouvent ensuite que difficilement des emplois précaires et à temps partiels. Leurs salaires sont inférieurs de 56% à ceux des hommes. Les discriminations et les harcèlements sont fréquents. Les violences verbales font partie du quotidien. En juin, un parlementaire a choqué lors d’un congrès d’institutrices/teurs, public essentiellement féminin. Il a commenté le viol collectif d’une étudiante comme un acte positif, signe d’une grande énergie. Le secrétaire d’état à l’égalité des genres lui-même, a renchéri : beaucoup de femmes japonaises souhaitent être violées et s’habillent pour cela de façon provocante, il faut donc comprendre les hommes qui sont obéissent à des instincts animaux. Ces insultes ont été présentées par Mariko comme une anecdote parmi d’autres. Cela illustre le climat de violence qui règne contre les femmes au Japon. Beaucoup de femmes sont blasées par ces violences et les femmes en colère ne sont pas particulièrement solidaires. Les nombreux mouvements féministes présents dans les années 80 ont pour la plupart disparu. Il ne reste que quelques groupes travaillant sur des sujets précis comme le viol ou l’utilisation du nom de jeune fille pour les femmes mariées.

Faire de la politique : le seul moyen de changer

Mariko Mitsui est militante depuis les années 70. Elle est très tôt convaincue que le meilleur moyen d’améliorer la situation des femmes est de faire de la politique pour rentrer dans les organes de décisions et faire voter des lois. Il faut dire que les femmes sont particulièrement peu représentées au Japon. En 1996, l’assemblée ne compte que 4% de députées. Lors des élections régionales de 1987, elle est élue puis réélue comme candidat du parti socialiste à l’assemblée de Tokyo. Elle s’y fait très vite remarquer pour ses positions radicales en faveur des femmes. Elle prend des positions courageuses, brise les tabous et sort du carcan où les rares femmes politiques étaient jusque là confinées : la maternité et le foyer. Ses combats ont en particulier fait évoluer les mentalités et la législation en matière de quotas sexués dans certaines écoles et universités, de discrimination, de harcèlement sexuel, et de sexisme dans les médias et la publicité.
En 1993, sa démission du PS fait grand bruit ; elle reproche au parti son manque de démocratie et le peu d’intérêt (au mieux) porté aux membres féminins. Elle termine son mandat en indépendante mais, sans appui d’un parti, ne réussit pas à se faire réélire.
Le combat continue. Mariko est plus que jamais déterminée à rendre les femmes visibles en politique. L’ Alliance of Feminist Representatives est créée en 1992. Mariko est membre fondateur. Le but de cette association est d’encourager les femmes à faire de la politique, former et soutenir des candidates indépendantes. Son objectif, lors de sa création, était d’arriver à une représentation de 30% dans toutes les assemblées en commençant par les assemblées locales. Cette cible est difficile à atteindre car les systèmes d’élection sont peu représentatifs. Pourtant les dernières élections législatives sont encourageantes. 35 femmes ont été élues ce qui représente une augmentation de plus de 50%. Ces chiffres ainsi que d’autres résultats à des élections régionales ou locales, constituent la plus grande réussite de Mariko. Certes elles ne sont que 7,3% à l’assemblée (105ème rang mondial), il y a encore du travail. Pour accélérer cette tendance, l’Alliance of Feminist Representatives milite en faveur d’une "discrimination positive". Mariko envie les français pour leur loi sur la parité : "c’est ce dont nous avons besoin".
Entre les périodes électorales, Mariko Mitsui écrit des livres et avec l’Alliance of Feminist Representatives fait des propositions, de la sensibilisation et de l’information. Comme par exemple lancer une pétition sur internet pour réclamer la démission du secrétaire d’état à l’égalité des genres.

Visitez le site de Mariko

P.-S.

Laurence Vouillot - août 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0