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Pologne

Comment les femmes sont-elles affectées par les processus de transition et de mondialisation ?

lundi 30 juin 2003, par Dominique Foufelle

Qu’est-ce qui a changé pour les femmes polonaises depuis ces dix dernières années ? Qu’ont perdu certains groupes et d’autres gagné ? Si nous comparons la situation des femmes sous le régime des anciennes économies planifiées et depuis la transformation orientée du marché, les changements négatifs les plus visibles concernent le marché du travail et la santé.

Jusqu’en 1989, les femmes ont joué un rôle actif et stable dans le domaine professionnel. L’ancien système, par définition, avait créé le plein emploi et ce faisant empêché la visibilité des discriminations de genre sur le marché du travail. Le fort taux d’emploi des femmes résultait ainsi non seulement de la reconnaissance idéologique de l’émancipation féminine, mais également d’un besoin du travail des femmes dans le processus d’industrialisation accéléré de la nation. S’est ajouté à cela le besoin d’apporter un soutien supplémentaire aux familles ne pouvant subsister avec un seul salaire.
Le haut niveau de participation des femmes sur le marché du travail n’a cependant pas automatiquement transformé le modèle de la famille, en instaurant un nouveau basé sur le partenariat. Les femmes, en dehors de leur rôle professionnel, étaient considérées comme avant tout responsables de la famille et on attendait d’elles qu’elles jouent un rôle traditionnel à la maison. Cette double charge imposée aux femmes était très difficile à assumer en ces temps de privations économiques, alors que les citoyens étaient confrontés à des problèmes pour se fournir en produits de base pour les familles.
Depuis la transformation politique et économique de la Pologne en 1989, le statut des femmes a changé de façon drastique. De nombreux éléments démontrent que les ajustements économiques ont influencé de façon différente les femmes et les hommes.

Affaiblies sur le marché du travail


Bien que les femmes soient plus instruites que les hommes (43% des femmes contre 25% des hommes ont un haut niveau d’études universitaires), leur position sur le marché du travail s’est encore affaiblie et elles n’occupent que très rarement des postes de dirigeants.
La diminution de l’accès aux équipements de prise en charge et de soin des enfants et l’augmentation du prix des services ont sérieusement affecté les opportunités du marché du travail pour les femmes, particulièrement pour celles les moins payées.
La tendance à moins payer les femmes se maintient, tout comme celle des bas salaires dans les professions typiquement féminines. Elles sont les premières à être congédiées et les dernières à être engagées. Les offres d’emplois spécifient souvent le sexe et à l’âge requis, ce qui dans la pratique discrimine les femmes. L’apparence physique des femmes est souvent jugée, et la plupart se voient offrir des emplois de secrétaires quand les hommes obtiennent des postes de direction.
La situation des femmes sur le marché du travail empire. Cela est confirmé autant par leur forte proportion parmi les chômeurs (50,9% en 1990, 60,4% en 1997, 57,7% en 1999) que par la durée moyenne de leur période de chômage : en 1999 le nombre de chômeuses ne retrouvant pas de travail après plus d’un an se montait à presque la moitié du nombre total de chômeuses, au lieu de 27% d’hommes dans le même cas. Pour les femmes, la période moyenne de chômage est de 23 mois. Le fait le plus préoccupant est que très souvent ce sont les jeunes femmes qui affrontent le chômage : 30% des chômeuses ont moins de 24 ans et 31% entre 25 et 34 ans.
Le nombre de formations et les nouvelles opportunités professionnelles diffèrent de manière significative pour les hommes et les femmes. Les femmes ne participent que très rarement aux programmes offerts par les services de l’emploi, comme les interventions et le travail auprès du public (10% de participantes sur 1600 réponses), la formation continue (7%), les clubs d’entreprise (4%). Seule la moitié des femmes obtiennent des prêts pour démarrer leur propre activité économique. Quant aux programmes gouvernementaux, 45% des chômeuses sont familières avec le programme pour les invalides, alors que 7% seulement sont au courant du programme pour les femmes.

Appauvries


Le chômage est le facteur déterminant de la hausse de la pauvreté. Suite au processus de transformation, le pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté a considérablement augmenté. La plupart sont des femmes (près de 57%), et elles sont en grande majorité parmi ceux qui perçoivent des aides sociales.
Autre facteur crucial, la monoparentalité : on dénombrait 1,5 million de mères célibataires pour 200.000 pères célibataires en 1998. Les mères célibataires sont cinq fois plus dépendantes des aides sociales que les hommes dans la même situation, bien qu’elles aient souvent un travail et un assez haut niveau d’études.
L’invalidité entre aussi dans les causes du chômage(sur près de 2,7 millions de femmes handicapées, 16% seulement exercent un emploi), ainsi qu’enfin, l’âge avancé.
Parmi les facteurs de la féminisation de la pauvreté figurent la ségrégation professionnelle sur le marché de l’emploi, les salaires plus bas pour les femmes, et leur âge précoce de retraite. Par exemple, en 1997 le pourcentage de femmes gagnant le salaire moyen (1500 PLN) ou plus n’était que de 11% alors que ce même chiffre s’élevait à 25% pour les hommes. Le salaire moyen dans tous les domaines professionnels est significativement inférieur pour les femmes que pour les hommes. Dans les professions majoritairement féminines (par exemple les infirmières), les salaires sont de manière générale plus bas que dans celles majoritairement masculines (par exemple les mineurs). La nouvelle loi sur les retraites (en vigueur depuis janvier 1999) n’a pas équilibré les âges de retraites des femmes et des hommes, ce qui se traduit par des pensions inférieures de 40% pour les femmes, pour un salaire égal durant leur période d’activité.
Les femmes dans les campagnes sont dans une situation particulièrement défavorable, cela étant dû tant à la dissolution des coopératives agricoles appartenant à l’Etat qu’aux difficultés résultant de la faible demande de produits provenant de très petites exploitations. En conséquence, la pauvreté affecte près de 60% des familles des régions rurales. En Pologne, tout ce qui concerne la pauvreté est avant tout résolu par le biais des aides sociales, or le financement de ce secteur a été durant ces dernières années réduit au quart alors que les besoins ont considérablement augmenté.

L’Etat fait l’autruche


Le phénomène de paupérisation des femmes ne fait l’objet d’aucune étude ni veille sociales. Il n’y a ni volonté politique ni climat favorable à ébaucher une stratégie d’action pour faire progresser la situation des femmes vivant dans la pauvreté.
De nombreuses femmes se lancent en indépendantes. Ce nombre croissant de femmes entrepreneures est plus le résultat de leur détermination à rechercher l’épanouissement et à obtenir des revenus raisonnables, que l’effet des actions du gouvernement. Cela montre également que beaucoup de femmes désirent vivre une carrière professionnelle et refusent le chômage.
Jusqu’à récemment, l’existence même d’une quelconque discrimination envers les femmes était communément niée. Aujourd’hui cependant, face au taux élevé de chômage, la gravité de la discrimination envers les femmes et leur position défavorisée sur le marché du travail ont finalement été reconnues. D’après un sondage d’opinion publique datant de 1999, 37% des femmes déclarent subir une discrimination sur le marché du travail.

Santé : trop catholique


Les actions du gouvernement et les services médicaux visant à l’amélioration de la santé des femmes restent limités aux soins des mères et de leurs enfants. Bien que l’on ait vu ces dernières années s’améliorer les conditions d’accouchement dans les hôpitaux publics (grâce à une action soutenue par les médias), des cas de mauvais traitements envers les femmes sont toujours courants, comme les forcer à mettre au monde et prendre en charge des enfants malgré leur situation, les obliger à l’accouchement naturel et refuser les césariennes même quand cela met en danger la vie de la mère ou celle du bébé. Il y a des cas où des hôpitaux publics déclarent ouvertement ne pratiquer qu’exclusivement des accouchements naturels.
Bien d’autres besoins dans le domaine de la santé des femmes au cours des diverses périodes de leur vie, identifiés mais depuis longtemps négligés, ne sont toujours pas pris en considération. La réforme sur la santé introduite en 1999 a visiblement compromis l’accès (existant mais insuffisant) aux traitements et diagnostics spécialisés. Cela a empiré de façon dramatique les conditions d’accès aux services médicaux pour les femmes, et a eu également pour résultat un recul considérable des soins médicaux préventifs prodigués.
Le système de santé actuel n’a pas créé des conditions égales d’accès aux soins pour les hommes et les femmes, puisqu’il ne fournit pas l’accès aux produits et aux services médicaux spécifiquement nécessaires aux femmes. Il est notamment d’opinion courante de dire que les femmes sont en meilleure santé puisqu’elles vivent plus longtemps, alors que dans le même temps les indicateurs de maladies chroniques ou d’invalidité permanente sont plus élevés chez les femmes que chez les hommes. Ces facteurs aggravent sérieusement la qualité de vie des femmes âgées.
Au cours des dix dernières années, la politique des naissances polonaise a été instable. C’est un sujet de discussion politique et idéologique, qui est surtout perçu comme l’élément d’une politique d’Etat à tendance religieuse et nataliste.
Pendant les deux années qui ont suivi la conférence de Pékin, la loi sur l’avortement a été libéralisée, autorisant l’avortement pour raisons sociales. Cette loi stipulait le besoin de subventionner les contraceptifs oraux et obligeait le ministère de l’Education à inclure dans ses programmes scolaires des cours d’éducation sexuelle. Après les élections de 1997, la situation a radicalement changé. A la fin de l’année, la nouvelle coalition conservatrice au pouvoir a amendé la loi sur l’avortement, de manière à bannir les avortements pour raisons sociales. La nouvelle loi restrictive sur l’avortement ne l’a cependant pas aboli, elle s’est contentée de le rendre illégal... Un des effets les plus visibles de cette loi anti-avortement est la persistance d’un grand nombre de cas d’infanticides ou d’abandons de nouveau-nés.

Qui y gagne ?


Quelles sont les conséquences de la mondialisation dans le pays en général et pour les femmes en particulier ?
C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre, car aucune recherche ni statistique à ce sujet ne sont disponibles dans notre pays. Le processus de mondialisation a commencé chez nous par l’ouverture des frontières aux capitaux étrangers. Cela a coïncidé précisément avec le début de la transition économique. L’impact négatif du processus de transformation sur le chômage et la pauvreté des femmes est bien visible, malgré le fait que les effets de la mondialisation soient plutôt perçus comme un facteur de développement économique et de création d’emploi, notamment dans les supermarchés.
D’un autre côté, il y a la conscience du fait que les capitaux étrangers n’entrent dans le pays que grâce au moindre coût de la main d’œuvre. Les supermarchés (la plupart étant français) sont connus pour être les employeurs qui offrent les plus bas salaires, et ils embauchent principalement des femmes. Le temps de travail est de sept jours par semaine. Il y a encore quelques années de cela, il y avait en permanence des annonces d’offres d’emplois pour des postes inférieurs dans le secteur des hypermarchés, mais la hausse constante du chômage en Pologne (14-15%) a fait que de telles offres n’existent plus aujourd’hui.
Malgré l’existence d’un mythe selon lequel les compagnies étrangères offriraient de meilleures conditions d’emploi, les statistiques démontrent que les entreprises polonaises n’offrent pas de moins bons salaires. Notre marché a été largement ouvert aux produits et capitaux étrangers. L’Union Européenne a déjà eu beaucoup à gagner au processus de transformation. Reste la question de savoir si elle est intéressée ou non par l’accélération de son élargissement.

P.-S.

Kinga Lohmann, coalition de Karat
Traduction de l’anglais : Magali Guenequand

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