Accueil du site > Ressources > Amina Lawal, toujours dans l’attente

Amina Lawal, toujours dans l’attente

mardi 5 août 2003, par sophiec

Amina Lawal, jeune femme nigérienne, a été condamnée le 21 mars 2001 à être exécutée par lapidation après le sevrage de sa petite fille en septembre 2003 pour adultère par le tribunal d’un des Etats du Nord du Nigéria où est appliquée la loi Charia. Aujourd’hui, elle est toujours dans l’attente d’une décision en appel. Lors d’une conférence de presse le 26 mai dernier organisée par Femmes Solidaires, son avocate Awa Ibrahim nous a exposé la situation d’Amina mais aussi son travail d’avocate en tant que femme, nigérienne et musulmane.

Amina Lawal a été condamnée le 21 mars 2001 et lors de cette première audience, elle n’avait pas d’avocat pour la défendre. Cette décision a ensuite été confirmée le 11 août 2002. L’avocate d’Amina Lawal, Awa Ibrahim,avait réussi à obtenir une audience pour faire appel de la décision. Une première audience aurait dû avoir lieu le 25 mars 2003 qui a été reportée au 3 juin dernier. Et aujourd’hui encore, l’audience est reportée au 27 août prochain.
Durant toute la procédure, Amina Lawal est restée dans son village à s’occuper de sa petite fille. Dernièrement, à cause des élections du représentant fédéral, son avocate a préféré la mettre à l’abri pour garantir sa sécurité. Aujourd’hui, Awa Ibrahim lutte pour des procès équitables avec le droit à être défendu par un avocat et le droit à être jugé de la même manière que l’on soit un citoyen ou une citoyenne, que l’on soit riche ou pauvre. En effet, prenons l’exemple de l’adultère. Les preuves requises pour être condamné-e à avoir commis un adultère peuvent être une confession, 4 témoignages (uniquement d’hommes) et la grossesse. C’est évidement une loi discriminatoire.

Pas facile d’être avocate


Awa Ibrahim est une des rares avocates nigérienne et musulmane. Sur les 36 états du Nigéria, 19 se situent dans le Nord. Ces 19 états du Nord sont majoritairement musulmans et ceux du centre et du sud, chrétiens. Parmi ces 19 états, 12 ont adopté la loi Charia. Ce sont aussi les plus touchés par la pauvreté. Sur les 120 millions d’habitants du Nigéria, environ les 2/3 vivent dans le états du Nord. Il n’y a pas de routes, pas d’électricté, très peu de moyens de communication. Alors que 86% de la population nigérienne est lettrée, seulement 2,6% de la population des états du Nord sait lire. Il est donc très difficile d’acquérir une formation et de poursuivre des études secondaires pour les habitants. La population est très vulnérable et surtout les femmes.
Elles sont sans voix et donc sans pouvoir. En plus d’Amina Lawa, Awa Ibrahim s’occupe de 47 autres cas ( dont 15 cas de condamnation pour adultère). Sur les 47 personnes dont elles s’occupent, très peu d’entre elles connaissait la loi Charia. Elles ne savaient pas que certains actes étaient condamnables pour cette loi et surtout quelles peines elles encouraient. Et les peines peuvent être très lourdes : la lapidation pour un adultère, l’amputation pour un vol, des coups de fouets pour avoir bu de l’alcool ou encore pour s’être rendu coupable de mensonge. Par ailleurs, le droit nigérien repose sur le droit anglo-saxon et les lois sont même codifiées en anglais. Ainsi, le travail de traduction que cela induit ajouté au travail d’interprétation de certaines lois amoindrit les chances d’obtenir véritablement justice.
Enfin, Awa Ibrahim, certes avocate, est une femme. Et en sa qualité de femme, elle ne peut s’adresser directement à la Cour, elle ne peut donc pas plaider directement mais par l’intermédiare d’un avocat homme.

La place du soutien local et international


Sur place, les associations de femmes font un énorme travail pour aider les autres femmes qui se retrouvent dans des situations critiques. C’est d’aileurs grâce à l’une d’entre elles, l’association Baobab, qu’Awa Ibrahim a eu écho du cas d’Amina Lawal. L’aide internationale est aussi nécessaire afin de faire pression sur les dirigeants politiques. Les ambassadeurs, notamment des pays de l’Union Européenne, doivent relayer les informations. Et d’ailleurs ce fut le cas pour nombre d’entre eux lors du procès d’Amina Lawal. Quand l’Union Européenne a dû prendre une position, les ambassadeurs et l’avocate d’Amina Lawal ont travaillé ensemble pour que le communiqué soit le plus positif possible afin de ne pas compromettre les chances d’Amina. Les pétitions aussi sont importantes car elles sont véritablement un moyen de pression et aujourd’hui le Nigéria a besoin de ce moyen de pression. Si la société internationale ne porte pas son regard sur le Nigéria, les choses tarderont à changer et la situation restera difficile.

P.-S.

Sophie Caussanel- juin 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0