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G8 2003 - Contre-sommet

ZAAGE, autogestion à la suisse

dimanche 1er juin 2003, par Josefina Gamboa

Spontanéité et liberté. Voilà les slogans de la zone autogérée genevoise, dite Zaage. Attaqués, provoqués, ses habitants s’attachent au principe d’occuper et soutenir les lieux occupés. Et leur moteur est de faire comprendre qu’on doit renouer les liens avec la nature, pour sortir de la manipulation qu’on subit.

image 156 x 216 La Zone Autogérée à Genève s’est installée sur un terrain discret, au bord d’une route, cédé par la commune de Vessy pour l’occasion. Si la zone semble cachée, la conjonction montagne-rivière environnante est spectaculaire. Le projet est né en décembre dernier, et les habitants ont commencé à arriver le 23 mai, pour préparer une quinzaine de jours de cohabitation. Si la population ne dépasse pas la soixantaine de personnes, des nouveaux et nouvelles citoyen-nes sont attendu-es ce soir et demain.
Loin du VAAAG français en taille et en complexité logistique, au ZAAGE, c’est la spontanéité qui gouverne. La cuisine est faite par celui ou celle qui a faim, une assemblée est tenue idéalement au quotidien, le soir, sans horaire ni thématiques fixes. Pour les habitant-es, il ne s’agit pas de montrer un modèle de fonctionnement, sinon d’occuper le lieu et de soutenir les autres. Par exemple, le village Oulala à Lausanne manquait de monde, et solidairement, des Zaagien-nes sont parti-es les appuyer en nombre dans leur occupation.
Karl vient de Lucerne. Il explique pourquoi il n’est pas forcément là pour le G8. « On croit à l’occupation de l’espace pour vivre autrement, nous aimerions voir une zone autogérée permanente naître ici à Genève », affirme-t-il. Au ZAAGE, la population est peut-être moins nombreuse qu’ailleurs, mais certes plus colorée. Irakiens, Iraniens, Américains, Israéliens, Suédois, Tchèques partagent non seulement les problèmes de communication, mais surtout l’organisation quotidienne.
Tant du côté suisse que français, des villages séparés ont été créés, et cela répondrait à une différence idéologique, trop lourde pour cohabiter dans la tolérance. Selon Vincent, le camping du bout du monde est extrêmement récupéré par Attac-Suisse, qui a reçu une somme importante de l’Etat pour organiser le contre-sommet. « Nous ne pouvons pas adhérer à une démarche où, d’une part, il y a un discours contestataire fort, et d’une autre, ils se font sponsoriser par ceux qu’ils attaquent. »

Sécurité et provocation

De même, la solidarité s’est manifestée par l’accueil des gens refoulés à la frontière française, visant les villages d’Annemasse. Car un des soucis majeurs ces jours-ci est celui de traverser la frontière. « On peut sortir mais pas rentrer lorsqu’on n’est pas de nationalité suisse. Les voitures sont fouillées à l’extrême, des amis se sont fait démonter les pneus », explique Vincent.
Si la plupart des réactions des passants montre l’approbation, le ZAAGE a aussi reçu des coups. Un jour, un homme a été découvert en train de fouiller une tente. « Il a tracé et est monté sur sa BMW sportive. » Aussi, des insultes et des cris provocateurs, tels que « vive le G8 ! », ont été adressés aux habitants du village. « Ils essayaient de nous allumer pour qu’on crée des problèmes, mais nous essayons de rester indifférents », signale Vincent.
La curiosité a entraîné non seulement les médias traditionnels, mais aussi des touristes. Les prises de vue imposées sont rejetées fermement. « On n’a rien contre les médias, mais on ne traite pas avec ceux qui ont une approche irrespectueuse et envahissante, ni avec ceux qu’on considère comme extrémistes », s’énervent les deux jeunes.

Rompre avec la manipulation

Pour les Zaagien-nes, il s’agit de retourner aux sources. Vivre autrement, relier avec la nature, multiplier partout des zones autogérées permanentes comme celles existantes en Australie ou Allemagne. Et le contre G8 n’est que le point de départ. Vincent est embarqué dans le projet. « Je voudrais habiter à Genève dans un espace comme celui-ci, car j’aime la Suisse, sa diversité botanique, je fais mes propres remèdes homéopathiques, et toutes ses traditions sont aujourd’hui perdues. Il y a des gens ici qui ne savaient même pas faire un feu. Même quand on fait nos courses au supermarché, on est manipulés, et il est temps de retrouver les liens avec la nature. »
Comme tant d’autres, ils essayeront de rester au-delà du 3 juin, jusqu’à l’éviction par la commune, si elle a lieu. En attendant l’opportunité d’un espace propre et permanent, ils préparent les affiches pour le concert de la soirée.

P.-S.

Josefina Gamboa - 1er juin 2003

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